La chef de Démocratie Québec, Anne Guérette, a rencontré Le Soleil mercredi.
La chef de Démocratie Québec, Anne Guérette, a rencontré Le Soleil mercredi.

Guérette: les promoteurs doivent virer au vert

Jean-François Néron
Jean-François Néron
Le Soleil
Anne Guérette critique souvent «les gros projets» immobiliers qui lèvent de terre à Québec. Mais pas question de jeter le blâme sur les promoteurs. La chef de Démocratie Québec propose de mieux les encadrer, voire de les accompagner. Un devoir dont ne s’acquitte pas l’administration sortante, soutient-elle.

«On ne veut pas s’attaquer aux promoteurs, rassure Mme Guérette, qui a récemment fait une sortie contre le projet Centropolis dans le secteur Duplessis. Je viens d’une famille d’entrepreneurs. Je sais c’est quoi faire des affaires. Et si j’étais promoteur, moi aussi je voudrais 75 étages. Pis si la ville me le donne, c’est ben correct. Le problème, c’est pas les promoteurs. Le problème, c’est les décideurs.»

Même si Mme Guérette parle souvent d’une ville à échelle humaine, elle ne veut pas opposer les promoteurs plus importants aux plus petits. Elle dit viser un meilleur «équilibre» entre les deux et des règlements limpides et équitables pour tous. «Le cadre n’est pas assez clair, c’est le flou. Les promoteurs ne savent plus où aller. Il manque d’efficacité dans la livraison des permis. On ne les aide pas assez. Il n’y a pas de direction.»

Direction : développement durable

La direction qu’elle veut prendre est intimement liée au développement durable. Un chemin que tous souhaitent emprunter, avance la chef. «Il faut donner une plus grande place à l’entrepreneuriat jeunesse qui se soucie davantage du développement durable, de la qualité des matériaux, etc. Il y a également de la place pour les grands promoteurs qui veulent aussi faire du développement durable. Il faut juste que la ville s’en mêle un peu plus.»

«Il y a des projets de plus en plus gigantesques qui prennent place et qui n’ont aucun critère de développement durable, illustre-t-elle. En 2017, ça devrait être obligatoire d’avoir un système de récupération de matières organiques.»

Comme autre exemple, Mme Guérette évoque le projet Centropolis du Groupe Dallaire autour du futur IKEA dans le secteur Duplessis. «Le maire dit : ‘‘On ne s’en mêle pas.’’ Comment, on ne s’en mêle pas? Quand un promoteur arrive avec un projet de 300 millions de dollars, il faut s’en mêler» objecte la chef de DQ.

«Si on décide à la ville qu’on veut des toits verts, il faut développer un programme d’implantation de toits verts [lire incitatifs financiers]. Les promoteurs ne feront pas seuls des pavés alvéolés, des systèmes de récupération d’eau, des stationnements souterrains. On doit mettre des budgets pour soutenir un développement immobilier plus durable.»

Des programmes qui, à long terme, sont rentables sur le plan économique, plaide-t-elle. «Avec des systèmes de récupération d’eau et des toits verts, on désengorge notre système de traitement des eaux parce qu’il y a moins d’eau à traiter puisqu’elle est captée à la source», fait remarquer l’aspirante mairesse.

Attirer la jeunesse

Cet axe de développement durable rejoint un autre objectif de sa formation politique : convaincre plus de jeunes d’habiter la capitale. «On a une population vieillissante. On doit s’en occuper, mais on a aussi besoin de relève. Qu’est-ce qu’on construit à Québec? Des mégablocs à 500 000 $ l’unité. M. Labeaume c’est le passé, la vieille façon de faire. Les jeunes veulent de nouvelles formes d’habitat. On pense très grand, mais d’une autre manière», conclut-elle. 

+

ANNE GUÉRETTE SUR...

Anne Guérette en entrevue éditoriale avec Le Soleil

Le tramway

C’est l’index posé sur le plan de son réseau de transport structurant qu’Anne Guérette réplique aux critiques du maire Régis Labeaume. Celui-ci écarte tout projet de tramway pour, dit-il, mieux organiser le transport en commun au nord et à l’est de la ville. Or, Démocratie Québec y a pensé aussi, fait valoir la chef de l’opposition. Pour compléter un tramway reliant Sainte-Foy à Saint-Roch en passant par la colline parlementaire, son équipe détournerait le Métrobus 804 afin qu’il se déploie sur un axe nord-sud, étirerait le 803 jusqu’à L’Ancienne-Lorette et tablerait sur les 800 et 801 pour desservir Beauport et Charlesbourg. Mme Guérette plaide «la logique» du réseau redessiné. «C’est quelque chose que le maire de Québec aurait dû avoir été capable de faire. Nous, on l’a fait et on est convaincus que si on se retrouve dans quatre ans ou dans cinq ans, ça va être ça l’épine dorsale du projet de transport structurant pour la ville de Québec», dit Mme Guérette.  Annie Morin

Jean-François Gosselin

«C’est simpliste, c’est populiste et c’est électoraliste.» Ainsi réagit Anne Guérette à la volonté du chef de Québec 21 de réduire du quart le nombre de cadres à la Ville de Québec ainsi que les salaires du directeur général et de ses adjoints. «C’est une recette politique qu’on connaît. C’est à la fois surprenant et décevant de voir un jeune faire de la politique du passé en faisant des promesses faciles», ajoute-t-elle. Au lendemain d’un débat où Jean-François Gosselin n’a parlé que du troisième lien routier Québec-Lévis, la candidate à la mairie n’a pas hésité à le dépeindre comme «l’homme d’un seul projet». Un projet qui, selon elle, ne va pas changer la vie de la grosse majorité des gens de Québec. «C’est plus un projet qui va avoir un impact sur les citoyens de la rive sud que sur nos citoyens à nous», dit-elle. Se ralliant à Régis Labeaume pour une rare fois, la chef de l’opposition craint également que la congestion augmente à Beauport advenant la construction d’un nouveau pont ou tunnel dans l’est.  Annie Morin

Les idées empruntées

Paniers de basketball, étalement des paiements de taxes, laissez-passer universel… Démocratie Québec voit des thèmes qui lui sont chers repris par Équipe Labeaume. «On est contents parce que nos idées font du chemin!» lance la chef Anne Guérette. Puis elle se fait un plaisir de rappeler que le maire Régis Labeaume s’est déjà vanté d’être un «copieur professionnel» au retour d’un voyage à Bordeaux. «Prendre des idées d’autres villes, essayer de les imposer sur notre territoire, je ne pense pas que ce soit la bonne approche. Nous, on veut développer des projets qui vont s’intégrer parce qu’on a une ville qui est unique», souligne la candidate à la mairie. Critique des grands événements et d’un maire qui «fait du showbusiness», Mme Guérette croit possible de «faire rayonner notre ville jusqu’à l’international parce qu’on est des leaders en matière de démocratie et de développement durable».  Annie Morin