En l'absence d'entente sur les services essentiels, les parties sont convoquées devant un conciliateur. 

Grève du RTC le 13 mars: Labeaume prédit une «révolte» des citoyens

Les 950 chauffeurs d'autobus du Réseau de transport de la Capitale (RTC) déclencheront une grève générale illimitée le lundi 13 mars à partir de 4h, à moins d'une entente avec l'employeur qui s'avoue pris de court.
Un avis de grève a été expédié mercredi matin au Tribunal administratif du travail (TAT) ainsi qu'à la direction du RTC. À défaut d'un revirement à la table de négociation, le Syndicat des employés du transport public du Québec métropolitain (SETPQM), affilié à la CSN, exercera le 13 mars le mandat de grève obtenu dimanche en assemblée générale. Le taux d'appui des chauffeurs était sans équivoque à 95%.
Le syndicat a déposé mardi sa proposition de maintien des services essentiels. La direction devra entériner cette suggestion. En cas de litige, les discussions se poursuivront devant le TAT, qui a avalé récemment le conseil des services essentiels. 
Lors de la dernière grève des chauffeurs, qui remonte à l'automne 2004, les autobus circulaient seulement aux heures de pointe, soit entre 6h15 et 9h15 le matin et entre 15h et 18h l'après-midi, du lundi au vendredi. De quoi répondre aux besoins de la moitié de la clientèle.
Après quelques jours, le conseil des services essentiels avait forcé l'ajout de bus sur les parcours express, puis les fins de semaine. La grève avait duré une semaine au total et avait pris fin après l'intervention d'un médiateur. 
Poursuite des négos
La prochaine rencontre de négociation est prévue jeudi. Le syndicat dit avoir une «pleine disponibilité» pour continuer à négocier et se dit prêt à «tous les efforts» pour en arriver à une entente. 
Le contrat de travail des chauffeurs du RTC est échu depuis le 30 juin 2016. Plus de 45 séances de négociations ont déjà eu lieu pour tenter de trouver une entente. Les points d'achoppement sont le régime de retraite, les salaires et l'organisation du travail. 
Dans un communiqué de presse diffusé quelques minutes à peine après l'annonce syndicale, le RTC a déclaré qu'il «prend acte de la décision du syndicat représentant ses chauffeurs de transmettre aujourd'hui un avis de grève aux instances concernées» et qu'il «l'analysera dans les prochaines heures». La réaction patronale devait être bonifiée en cours de journée, mais la direction a finalement choisi le mutisme. 
Le maire surpris
En après-midi, le maire de Québec semblait chercher ses mots pour témoigner de sa surprise devant l'imminence d'une grève au RTC. 
«On est complètement ébahis de ça. On est stupéfaits. Rien, rien, rien, rien ne laissait supposer ça. On ne trouve pas un élément sur la table qui justifie cette réaction-là. Tant et si bien qu'au moment où on se parle, je pense que le syndicat local a des directives d'en haut», a déclaré Régis Labeaume. Il a mis de l'avant l'impression de la partie patronale voulant que «les chauffeurs sont utilisés à d'autres fins, à des fins nationales».
Cela dit, il est passé à l'attaque. «Si ça s'arrange pas, moi je vais expliquer à la population les conditions de travail de tout ce monde-là et attendez-vous à une méchante révolte de la population. Les gens vont être révoltés si ces gens-là vont en grève, surtout qu'il n'y a aucune raison», a-t-il lancé. 
M. Labeaume a fait ressortir que la Ville de Québec s'est entendue avec les autres grands groupes de syndiqués. «On a eu des ententes négociées sur la base des nouvelles lois du partage des fonds de retraite. Ça a été négocié, ça a été réglé même s'ils contestent en cour, ils ont le droit, mais on a réglé quand même. Pis tout d'un coup, vous avez le syndicat des chauffeurs qui dit: non, pas nous autres», a-t-il relevé. 
Selon le politicien, «ceux qui écopent dans ces situations-là, ce sont aussi et surtout les plus démunis de notre société qui n'ont pas les moyens de se véhiculer». 
Questionné sur le moment de l'annonce syndicale, qui survient au lendemain du 1er du mois et donc de la vente massive de laissez-passer mensuels, M. Labeaume a admis qu'il ne savait pas si les clients allaient être remboursés en cas de rupture de service. Sur un ton badin, il a suggéré qu'il allait demander lui-même un remboursement pour le laissez-passer de sa fille acheté la veille.
Longue expérience de grève pour le DG du RTC
Le directeur général du Réseau de transport de la Capitale (RTC), Alain Mercier, a de l'expérience en matière de grève.
Quand il était aux commandes d'OC Transpo, le transporteur public de la Ville d'Ottawa, il est passé au travers de la plus longue grève des chauffeurs d'autobus de l'histoire locale. Le conflit de travail a duré 53 jours, à la fin de 2008 et au début de 2009.
Congédié par OC Transpo en 2012 avant d'être rapidement recruté par le RTC, M. Mercier s'était alors présenté comme un bouc émissaire de la grève, se disant victime du rôle de porte-parole officiel qui lui avait été attribué. «On prend des fois dans la presse une réputation qui n'est peut-être pas la réalité à l'intérieur avec nos collègues de travail», s'était défendu le gestionnaire lors de sa première sortie publique dans la capitale québécoise. Annie Morin