Le ministre responsable de la région de Québec, François Blais, a confirmé dimanche le début des travaux d'élargissement de l'autoroute Laurentienne dès cet été.

Grève des ingénieurs: les constructeurs de routes s'impatientent

Les constructeurs de routes du Québec tapent du pied: ils soutiennent qu'il sera impossible de rattraper le retard dans les chantiers de l'été si le gouvernement et ses ingénieurs en grève ne s'entendent pas rapidement.
«Il y a des contrats qui ne se feront pas», appréhende le directeur général de l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec, Pierre Tremblay. «On est carrément en train de perdre la saison.»
Quand les ingénieurs de l'État mettront fin à leur grève débutée le 24 mai, il leur faudra plusieurs jours pour se remettre au boulot, rouvrir les dossiers, autoriser les travaux, craint-il. Les entreprises devront aussi prendre le temps de rappeler les travailleurs, déployer la machinerie. «Tous les contrats vont partir en même temps. Tout devra se faire en deux mois.»
Sur le terrain, les impacts sont bien réels. Quelque 250 projets sont repoussés, ralentis ou carrément arrêtés, évalue le ministère des Transports (MTQ). Difficile toutefois de pointer ces chantiers, le ministère refuse de diffuser la liste. 
À Québec, le MTQ cite seulement en exemple l'arrêt des travaux sur le pont Pierre-Laporte et l'autoroute Dufferin-Montmorency.
Élargissement de Laurentienne
Il y a bien sûr des conséquences, convient le secrétaire-trésorier de l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec (APIGQ), Andy Guyaz. Autour de 90 projets sont interrompus dans la province. Plus ou moins 150 autres sont ralentis.
Dans la capitale, la poursuite de la chaussée de béton sur Charest Est et le report des travaux préparatoires pour l'élargissement de l'autoroute Laurentienne sont les plus importants, note M. Guyaz. Mais il y en a plusieurs autres: du pavage par-ci, des ponceaux à refaire par-là. «Et il y a beaucoup de réfection à faire à la tête des ponts. Tout ça a été mis sur la glace.»
Chez Bitume Québec, une autre association d'entrepreneurs, on a recensé pour 20 millions $ de projets paralysés dans la Capitale-Nationale et pour plus de 4 millions $ dans le Bas-Saint-Laurent. À l'échelle du Québec, leurs membres ont jusqu'à maintenant identifié l'arrêt de contrats évalués à quelque 115 millions $. 
«On est coincé»
«La saison est très courte, 22 ou 23 semaines de pavage», prévient le président, Martin Pelletier. C'est dire que la grève vient d'amputer le calendrier de travail de 10 %, note-t-il.
«Nous, ce qu'on veut, c'est que ça se règle le plus vite possible», explique M. Pelletier. «Nous, on est coincé entre les deux.» 
Pendant ce temps, les revenus sont moindres pour certaines compagnies, des travailleurs restent à la maison, fait-il remarquer. «Il y a énormément d'emplois en jeu.»
Les parties semblent toutefois camper sur leurs positions. Le président du Conseil du Trésor, Pierre Moreau, maintient la ligne dure; il affirme vouloir négocier une entente, mais brandit l'adoption possible d'une loi spéciale pour forcer le retour au travail des 1400 ingénieurs de l'État.
Andy Guyaz, de l'APIGQ, avertit cependant le gouvernement qu'il devra «donner un coup de barre» pour que la négo débloque. «Ça prend du courage politique pour sortir du cadre financier.»
Les ingénieurs demandent notamment un rattrapage salarial avec le secteur privé de 20 % sur 7 ans en échange duquel ils accepteraient de travailler environ 60 heures de plus par année. «On est à la remorque du marché.»
Labeaume veut des changements
Les nombreux chantiers routiers qui perturbent la circulation en haute ville depuis quelques jours agacent le maire Régis Labeaume.
«On a eu une grosse discussion au comité exécutif ce matin [mercredi]. On veut des changements à certaines places», a-t-il indiqué en marge d'une annonce à l'hôtel de ville.
D'importants bouchons de circulation se sont formés dans la foulée de la fermeture du boulevard René-Lévesque et de la côte Salaberry, et d'une partie de l'avenue Holland. La Côte-du-Palais, dans le Vieux-Québec, et le boulevard Champlain ne sont également pas épargnés.
«Avoir des cônes oranges c'est normal, mais il faut que la circulation soit le plus fluide possible. On n'a pas le choix, il faut se dépêcher parce que la pluie et la grève [des employés de la construction] ne nous ont pas aidés. Mais je crois aussi qu'il y a eu un problème de coordination. Il y a eu une erreur quelque part». La Ville compte effectuer davantage de travaux de nuit afin de rattraper son retard sur les échéanciers.  Normand Provencher