Grève des ingénieurs: des bouchons à prévoir

Si l’impasse persiste entre le gouvernement du Québec et ses ingénieurs, de gros bouchons de circulation sont à prévoir à partir du 13 novembre à Québec, à Lévis et à Montréal. Des viaducs, ponts et bretelles d’autoroute qui sont normalement inspectés de nuit devront l’être en plein jour.

Pierre Arcand, président du Conseil du trésor, et André Fortin, ministre des Transports, ont fait une sortie vendredi matin pour tendre la main à l’Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec (APIGQ). Ils souhaitent reprendre les négociations, qui durent depuis près de trois ans. «On ne peut plus être dans une situation où personne ne se parle», croit M. Arcand. Le gouvernement dit être prêt à bonifier sa dernière offre, qui date de juin, mais en respectant une certaine «cohérence» avec les autres employés de l’État.

Le ministre Arcand n’est pas allé jusqu’à brandir vendredi la menace d’imposer les conditions de travail des ingénieurs par une loi spéciale. Le gouvernement a toutefois déposé une demande au Tribunal administratif du travail jeudi soir afin de faire reconnaître l’inspection de nuit de 39 structures routières importantes comme un service essentiel. Le ministre des Transports considère que si ces inspections sont faites entre 7h30 et 18h30 les jours de semaine, comme l’exigent les moyens de pression actuels des ingénieurs, l’impact sur la circulation sera beaucoup trop grand. 

Le Tribunal devrait rendre une décision à cet effet au cours de la semaine prochaine. Si elle est négative et que les négociations avec le syndicat continuent de piétiner, les automobilistes peuvent s’attendre à des entraves majeures à partir du 13 novembre. 

À Québec, les cinq structures visées sont situées sur l’autoroute 40, de Cap-Rouge à l’intersection de l’autoroute Henri-IV, tandis qu’à Lévis, les 15 structures à inspecter sont situées en majorité sur l’autoroute 20 et l’autoroute 73, près des ponts. Les 19 autres structures sont situées dans la grande région de Montréal. 

Le gouvernement souhaite que ces inspections soient réalisées avant les premières neiges, soit avant le 30 novembre dans la région de Québec et avant le 15 décembre à Montréal. 

«Pour des raisons de sécurité, il est primordial de procéder à l’inspection de ces structures cette année», a lancé le ministre Fortin. Bien qu’il n’y ait pas de danger imminent qui guette ces structures, M. Fortin soutient que le calendrier des inspections de son ministère doit être suivi «à la lettre». 

Le syndicat veut régler

Marc-André Martin, président de l’APIGQ, a salué vendredi les récents changements de ministres aux Transports et au Trésor. «On sent que la synergie pourrait revenir», a-t-il réagi. Il a l’intention de répondre positivement à «la main tendue» du ministre Arcand, et de s’asseoir à la table pour négocier, si le gouvernement a quelque chose de «significatif» à proposer. 

Le syndicat demande au gouvernement de lui donner le temps d’évaluer l’urgence de procéder aux 39 inspections. M. Martin considère que les gestionnaires du ministère des Transport «viennent de se réveiller» et qu’ils auraient pu planifier ces inspections l’été dernier, alors que les ingénieurs de l’État avaient mis leur grève des heures supplémentaires sur la glace. 

«On est conscients que le conflit s’éternise, mais ce que le monde faut qu’il comprenne, c’est que nous les ingénieurs, on n’est pas pressés de signer une mauvaise entente», soutient M. Martin. Le syndicat demande des hausses de salaire de 16,5% sur sept ans, alors que la grande majorité des employés de l’État a obtenu des hausses de 9,5 % sur cinq ans. «Nous sommes les ingénieurs les moins bien payés de la province [...] S’il faut, on est prêts à en faire un enjeu électoral l’année prochaine.»