La bactérie qui cause la gonorrhée résiste de mieux en mieux aux antibiotiques.

Gonorrhée: la résistance aux antibiotiques continue d’empirer

La bactérie qui cause la gonorrhée résiste de mieux en mieux aux antibiotiques, s’inquiète la santé publique. Jusqu’en 2013, seulement 2 % des souches toléraient bien ou partiellement l’azithromycine, l’antibiotique le plus utilisé pour contrer la bactérie, mais cette proportion a grimpé 31 % en 2017, selon un rapport publié récemment sur le site de l’Institut national de la santé publique (INSPQ).

«Jusqu’à récemment, l’azithromycine était utilisé en monothérapie [ndlr : sans autre antibiotique]. Mais avec l’apparition de la résistance, il y a eu un changement, et c’est donné en association avec les céphalosporines [ndlr : une autre “famille” d’antibiotique], explique Brigitte Lefebvre, microbiologiste à l’INSPQ et auteure principale du rapport.

Le problème est connu des autorités publiques depuis longtemps et a fait l’objet de quelques articles de presse ces dernières années. Le rapport publié le mois dernier par l’INSPQ est une sorte de «mise à jour» de ce qu’on savait déjà — mais une mise à jour qui montre que le problème a encore empiré. Bien qu’il existe d’autres traitements efficaces disponibles, l’Institut qualifie cette montée de la résistance d’«inquiétante».

Mutations à l’ADN

Les bactéries peuvent acquérir une résistance aux antibiotiques par des mutations à leur ADN, mais elles sont aussi capables d’acquérir de nouveaux gènes. Contrairement aux animaux et aux plantes, qui ne peuvent pas s’échanger de gènes, les bactéries, elles, sont capables de se passer des gènes de l’une à l’autre. Or celle qui donne la gonorrhée, Neisseria gonorrhoeæ de son petit nom, est particulièrement bonne pour ces «échanges» de gènes, et c’est la raison pour laquelle la résistance est apparue et a progressé si rapidement dans son cas, explique Mme Lefebvre.

«Le problème qui commence à pointer maintenant, c’est l’apparition de souches résistantes aux céphalosporines de troisième génération. Il n’y en a pas beaucoup, mais ça reste inquiétant», poursuit-elle.

En 2017, selon le type de céphalosporine, seulement 1 à 2 % des souches de gonorrhée testées montraient une sensibilité réduite. Les chiffres de l’INSPQ ne montrent pas de tendance claire de ce point de vue depuis 2010, mais il y a quand même quelques souches résistantes aux céphalosporines de 3e générations au Québec et, si elles se répandaient, «ça pourrait devenir compliqué de traiter la gonorrhée. Pour l’instant, les thérapies actuelles fonctionnent bien, mais ça nous préoccupe», dit Mme Lefebvre.

Précision : une version antérieure de ce texte a été modifiée pour clarifier ce que disent les données sur la présence de quelques souches résistantes aux céphalosporines de 3e génération.