Sans dire qu’il en a assez d’être dans l’ombre de sa voisine d’en face, le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, sent qu’il y a un momentum à saisir pour gagner en indépendance.

Gilles Lehouillier au Soleil: Lévis sort de l’ombre

En 15 ans, Lévis a quadruplé sa richesse foncière et son taux d’emploi a augmenté de 37 %. Des chiffres révélés au moment où la Ville annonce une opération charme pour attirer les familles et un investissement de 45,5 millions $ dans le développement de ses parcs industriels. Lévis semble connaître des jours ensoleillés qui lui donnent l’envie de sortir de l’ombre de Québec.

«Le fameux élément Lévis, ville de banlieue, je vais te dire là…» La phrase laissée en suspens laisse poindre de l’exaspération. Déjà, en début d’entrevue, le maire Gilles Lehouillier veut «détruire les mythes». Il y a deux semaines, son administration dévoilait d’ailleurs une stratégie marketing avec la signature Vivez le courant Lévis pour faire connaître ce qu’est le Lévis d’aujourd’hui.

«La donne a changé. Y’en a qui ont l’image de Lévis d’il y a 10, 15 ans. Ça a évolué énormément», ajoute-t-il, statistiques à l’appui. La Ville de 145 000 habitants possède 37,5 % du produit intérieur brut de la Chaudière-Appalaches et sa richesse foncière est passée de 4,5 milliards $ en 2001 à 18,1 milliards $ l’an passé.

Depuis trois ans, il se construit deux fois plus d’unités d’habitation que la projection annuelle de 800. Alors que la population a augmenté de 17,5 % en 15 ans, la croissance de l’emploi est de 37,5 %, «contre seulement 18 % à Québec», prend-on soin de souligner dans un document. Comme quoi le jeu de la comparaison entre les deux villes, souvent au désavantage de Lévis, ne peut plus se faire. Une époque révolue, selon le maire.

«On dépend de moins en moins de la capitale. Les gens ont encore l’impression que les fonctionnaires s’en vont travailler à Québec alors que 54,4 % des Lévisiens travaillent à Lévis. On est un pôle [économique], un carrefour. On n’est plus une ville de banlieue», insiste M. Lehouillier.

Profiter du momentum

Sans dire qu’il en a assez d’être dans l’ombre de sa voisine d’en face, le maire sent qu’il y a un momentum à saisir pour gagner en indépendance. «On n’est pas là pour se substituer à la capitale, mais pour être complémentaire.»

Même s’il évite d’employer le terme «avantage concurrentiel», M. Lehouillier sait pertinemment que Québec n’a plus d’espaces, ou si peu, pour de nouveaux parcs industriels et que le port de Québec commence à être à l’étroit sur la rive nord. «On a un port en eau profonde [ex-projet Rabaska], un centre de transfert ferroviaire à Charny et de l’espace dans nos parcs industriels», se plaît-il à dire.

Mais attention, Lévis n’est pas la grenouille qui veut devenir plus grosse que le bœuf. Selon lui, il y a même un élément à conserver qui différencie Québec et Lévis. «Il y a un caractère mi-urbain, mi-rural que ne possède pas Québec. Les gens veulent des lieux où ils sont bien [des parcs et des services] dans un cadre convivial», exprime-t-il en substance.

«Il est normal dans une capitale que le gouvernement investisse dans des équipements. Nous, ça ne sert à rien de construire un PEPS. Ce qu’on fait, c’est construire un complexe aquatique semi-olympique. Même chose pour l’amphithéâtre. On peut être fier parce que ça crée un rayonnement», illustre-t-il.

«Il ne faut pas se placer en concurrence. Beaucoup de gens choisissent Lévis parce qu’ils savent que la capitale est proche. Voyons ça comme un ensemble. Une complémentarité est souhaitable», entre les deux villes, soutient-il.

De tous les sondages et statistiques, il y a par-dessus tout deux choses dont le maire tire satisfaction.

La première est que le Quai Paquet incarne maintenant la fierté d’une ville. «C’est devenu un lieu identitaire, les gens nous le disent. Il y a une identité propre à Lévis qui est en train de se forger. Ça nous manquait un peu.»

La seconde repose sur un pourcentage. «Soixante-dix-neuf pour cent des Lévisiens sondés pensent que leur ville deviendra plus prospère d’ici cinq ans alors que ce pourcentage est de 46 % dans d’autres villes de 150 000 habitants et plus. Je l’aime, celle-là», conclut-il.

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GILLES LEHOUILLIER SUR..

Ses relations avec Régis Labeaume: 

«Dans l’intérêt de la population, on devrait resserrer les coudes et travailler sur des bases nouvelles. On aurait intérêt à reprendre le dialogue. Les membres du conseil partagent mon point de vue.»

... l’élection d’un gouvernement caquiste:

«Depuis l’arrivée de la CAQ, les régions sont mieux positionnées. Le premier ministre à cette dimension régionale. Nous, actuellement, le positionnement de la CAQ dans le développement de Lévis correspond plus à nos orientations.»

... le troisième lien:

«L’option d’un tunnel m’apparaît toujours la meilleure parce qu’il faut protéger le caractère patrimonial de l’île d’Orléans. L’accès à l’île se ferait par un pont indépendant.»