Ghislain Abel, un homme sans antécédent judiciaire, a plaidé coupable à des voies de fait graves sur son père.

Ghislain Abel: geste antisocial ou détresse?

Ghislain Abel a tenté d’étouffer son père, qui agonisait sous ses yeux depuis une semaine. La Couronne réclame une peine de 18 mois de prison pour ce geste «profondément antisocial». La défense demande au juge de faire preuve d’humanité.

Au départ accusé de tentative de meurtre, Abel, 54 ans, de Sainte-Agathe-de-Lotbinière, a plaidé coupable à des voies de fait graves sur son père Louis-Maurice, 80 ans.

Les parents de Ghislain Abel se sont séparés à la fin des années 80. Louis-Maurice n’a pas donné de nouvelles pendant 20 ans. 

En 2009, Louis-Maurice Abel refait surface; il vit dans la rue et a besoin d’aide.

Son fils Ghislain le place dans une résidence de Lotbinière puis dans une seconde. Il le visite régulièrement, achète des vêtements, s’assure de son bien-être.

Le vieil homme de 80 ans ne parle presque pas, mais sourit à ses visiteurs.

Le 2 avril 2015, la conjointe de Ghislain Abel, Sylvie Bernard, voit son père mourir du cancer. Deux semaines plus tard, la mère de Ghislain Abel décède dans une résidence.

Au même moment, Louis-Maurice Abel, qui souffre de démence sévère, est hospitalisé à l’Hôtel-Dieu de Lévis.

Le 17 avril, les médecins estiment que Louis-Maurice n’a plus qu’environ 24 heures à vivre. Ghislain Abel fait le choix que son père reçoive uniquement des soins de confort.

La semaine passe et l’état de Louis-Maurice Abel empire. Il est fiévreux, avec une respiration rapide et bruyante. Bientôt, il sombre dans l’inconscience. «On se sentait tellement démuni», se souvient Sylvie Bernard, en témoignage devant la cour.

Ghislain Abel se rend seul au chevet de son père en fin d’après-midi le 23 avril.

Une infirmière le verra à côté du mourant, appuyant une couverture assez fort pour laisser des marques sur le visage de l’octogénaire.

«Je ne suis plus capable de voir mon père comme ça... Ça fait une semaine... Pouvez-vous me comprendre?» lance-t-il à l’infirmière. Cette dernière appelle la sécurité et Abel sera arrêté.

Louis-Maurice Abel mourra finalement le 25 avril d’une sepsie urinaire.

La détresse d’un fils

Aux yeux de la procureure de la Couronne Me Julie Roy, Ghislain Abel, un homme sans antécédent judiciaire, a eu «un comportement profondément antisocial, sérieux et grave». 

Même si tout le monde peut comprendre la détresse d’un fils, le fait que Louis-Maurice Abel était en fin de vie ne constitue pas un facteur atténuant selon la Couronne, qui réclame une peine de 18 mois de détention.

L’avocat de défense Me Réjean Lavoie insiste sur le côté impulsif et émotif du geste de son client, un père de famille, bon travailleur. «C’était inhumain pour M. Abel et sa conjointe de voir ça et il ressentait une grande culpabilité», insiste Me Lavoie, qui réclame une sentence suspendue. 

Le juge Jean Asselin de la Cour du Québec a demandé à l’avocat de défense si une telle suggestion de peine n’enverrait pas un message dangereux à la société. Ça reviendrait à dire dorénavant lorsqu’une personne est mourante, en fin de vie, vous pouvez décider de mettre un terme à la vie de quelqu’un et qu’il n’y aura pas trop de conséquences?» soumet le juge.

Ghislain Abel connaîtra sa peine le 4 février 2019.