Ceux qui ont déjà croisé le chemin de Gertrude Bourdon reconnaissent la travailleuse acharnée. Sa «carrière» a commencé il y a presque 60 ans, alors qu’elle charriait de la roche sur la ferme familiale.

Gertrude Bourdon, candidate du PLQ dans Jean-Talon: la ténacité d’une fermière devenue infirmière

En vue de l’élection provinciale partielle dans la circonscription de Jean-Talon, le 2 décembre, à Québec, Le Soleil rencontre les candidats des quatre partis représentés à l’Assemblée nationale. Aujourd’hui : Gertrude Bourdon, du Parti libéral du Québec.

«Dans ma famille, j’étais un peu le clown! Ma mère m’appelait comme ça, j’aimais faire rire pour unir. Et j’ai continué ça dans mon travail. J’ai fait ça toute ma vie, unir.»

On connaît Gertrude Bourdon pour le poste de directrice générale du CHU de Québec, qu’elle a occupé durant neuf ans, puis pour sa dure défaite électorale de l’an dernier, dans de Jean-Lesage. D’aucuns ont été surpris de la voir se présenter à nouveau un an plus tard, dans la circonscription presque voisine de Jean-Talon.

Mais ceux qui ont déjà croisé son chemin reconnaissent la travailleuse acharnée. Sa «carrière» a commencé il y a presque 60 ans, alors qu’elle charriait de la roche sur la ferme familiale.

Quatrième d’une famille de huit enfants, Mme Bourdon a grandi à Saint-Cyprien, dans Bellechasse. «Mon père était forestier et ma mère était à la maison. Maman qui cousait, faisait son potager et gagnait des concours avec son potager!» raconte la femme qui célèbre son 64e anniversaire ce samedi.

«On avait une vingtaine de vaches, on les connaissait toutes par leur prénom. On avait des chats, des chiens, des lapins, des poules, des cochons... J’ai beaucoup aimé ça. Assez aimé ça pour être sûre que je n’aurais jamais une ferme! C’est tellement de travail. On travaillait tout le temps! Maman nous faisait des listes qu’on finissait au plus vite pour aller jouer», se remémore-t-elle.

La petite Gertrude a donc vite pris goût à l’école. «J’ai toujours aimé l’école et les études. On travaillait moins à l’école qu’à la maison», lance Mme Bourdon.

Petit aparté. Son prénom, Gertrude, l’a toujours fait sortir du lot, pour le meilleur et pour le pire. Mais elle n’aurait pas détesté Catherine, prénom que lui avait pourtant choisi sa mère.

«Dans ce temps-là, ils nous baptisaient encore le jour de notre naissance. Mon père et ma grand-mère sont partis me faire baptiser. Mais quand le curé et ma grand-mère ont vu que ma mère voulait m’appeler Catherine — c’était pour Catherine Tekakwitha, c’était une païenne! —, ils ont regardé le calendrier [des saints] et le 16 novembre, c’était sainte Gertrude! Ils n’ont pas eu la gentillesse de garder Catherine aussi, ce qui aurait pu être une bonne idée», laisse-t-elle tomber, sourire en coin.

Bébé et déco

Elle quitte la maison à 16 ans pour venir étudier la psychologie à Québec. Devient enceinte à 19 ans.

«On s’est regardés dans les yeux en se disant que de toute façon, on aurait plusieurs enfants. Finalement, on en a eu un!» explique-t-elle, à propos de celui qui a été son amoureux pendant près de 20 ans. Leur fils, Sébastien, a aujourd’hui deux filles de 12 et 13 ans, Emma et Olivia.

Un nouveau-né modifie une trajectoire de vie. Le couple s’ouvre une boutique, Décoration Beauport étant leur deuxième bébé pendant six ans.

«Mon conjoint avait étudié en marketing et en administration. Mais moi, le côté commercial me nourrissait moins. J’ai décidé de retourner aux études et de devenir infirmière.»

Elle a gravi les échelons, un à un. Jusqu’à devenir grande patronne du plus important centre hospitalier au Québec, avec jusqu’à 17 000 personnes sous sa gouverne.

Emploi qu’elle n’a pourtant décroché qu’au deuxième ou même troisième affichage, se rappelle-t-elle. Tenace, vous dites?

«Je n’avais pas le profil qu’ils recherchaient. J’étais une infirmière, pas une administratrice de carrière. Ma confiance n’était pas acquise, mais je me sentais portée et encouragée. Finalement, ils me l’ont donné», résume celle qui a été dg du CHU de Québec de 2009 à 2018.

Ne pas renier le passé

Chaise qu’elle a abandonnée pour la politique. Elle voyait le temps passer et s’est sentie prête à sauter, sans se douter qu’elle serait candidate à deux élections en 14 mois.

Sur ce que plusieurs ont vu comme du magasinage de parti, Mme Bourdon était heureuse de d’abord jaser avec François Legault, alors seulement chef de la Coalition avenir Québec (CAQ). «J’ai eu le privilège d’être sûre que je n’irais jamais à la CAQ! Ce n’est pas du tout ma vision d’un Québec moderne», tranche-t-elle.

La candidate vedette s’est ensuite tournée vers le Parti libéral du Québec (PLQ), qu’elle représente encore aujourd’hui et «pour la vie», assure la dame.

Elle doit maintenant défendre son propre passé et celui par moment peu reluisant de son parti, pour qui Jean-Talon demeurait le seul bastion à l’est de Montréal.

«Les gens sont francs et osent me poser les questions. Et je suis bien contente de leur répondre. Quand on n’a pas de passé, on n’a pas construit», indique celle qui considère le PLQ comme «le seul parti qui vise à unir». Comme elle.

Une défaite le 2 décembre ne coupera pas court à son implication, ce qu’elle appelle sa «deuxième vie». «À la blague, je disais à mon fils que je ferai ça pour 30 ans. Disons qu’à 93, 94 ans, je vais commencer à penser à arrêter», conclut-elle. Tenace, qu’on vous dit.

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ENJEUX DE CIRCONSCRIPTION

Les aînés

On doit avoir une préoccupation constante envers les besoins des aînés. Lors de la récente mise à jour économique, j’étais très déçue de ne rien voir là-dessus. Les gens attendaient ça. Je compte être la voix des citoyens, mais aussi la voix des citoyens qui ont moins de voix.

Pénurie de main-d’œuvre

Ça réduit le potentiel de développement de notre circonscription. Il n’y a pas un commerce qui n’a pas de problème de main-d’œuvre, ils m’ont tous dit ça! En ce moment, il se fait trop rien et c’est incompréhensible.