Chez Conception navale FMP, les frères Matthew et Francis Parisé ont dû agrandir leur chantier après deux ans, en raison des commandes de bateaux de pêche.

Gaspésie: la pêche en pleine expansion

NEWPORT ET SAINTE-THÉRÈSE-DE-GASPÉ — Les récentes années ont été fructueuses dans les pêches commerciales au Québec et ce contexte incite un nombre croissant d’entreprises gaspésiennes à prendre de l’expansion. C’est notamment le cas depuis quelques semaines du chantier maritime Conception navale FMP, de Newport, et de l’usine E. Gagnon et fils, de Sainte-Thérèse-de-Gaspé.

À peine deux ans après l’ouverture de Conception navale FMP à l’automne 2017, les frères Matthew et Francis Parisé investissent de nouveau 2,5 millions $ pour agrandir leurs installations, adjacentes au parc d’hivernement des bateaux de pêche de Newport, un arrondissement de Chandler. La demande pour de nouveaux bateaux de pêche justifie l’expansion.

À Sainte-Thérèse-de-Gaspé, près de Percé, la famille Sheehan investit 3 millions $ afin d’optimiser sa transformation de homard et de crabe des neiges dans un nouveau bâtiment de réception et de premier traitement des produits marins.

La dalle de béton de la nouvelle aile de Conception navale FMP a été coulée le 18 décembre. Elle sera prête à accueillir les équipements et les bateaux à construire au cours des premières semaines de 2020.

Plus de bateaux que prévu

Quand Matthew et Francis Parisé ont fait bâtir le chantier de Conception navale FMP, en 2017, ils visaient la construction de homardiers en aluminium, afin de satisfaire la demande venant des pêcheurs de ce crustacé. Cette demande était alimentée par deux facteurs, le nécessaire renouvellement d’une flotte vieillissante, et l’explosion des prises de homards en Gaspésie depuis quelques années.

Les frères Parisé n’avaient toutefois pas prévu que leur premier client serait un pêcheur de crabe. Ce bateau allait être bâti en acier, et non en aluminium, et il serait conséquemment beaucoup plus imposant qu’un homardier, dont la longueur oscille généralement entre 34 et 55 pieds. La construction de ce bateau de 72 pieds a mobilisé le chantier pendant toute l’année 2018.

«C’était un heureux problème et un bon départ pour nous. On connaît les crabiers en plus. Je suis pêcheur de crabe, avec mon père [Francis père]. Notre expérience fait qu’on peut donner des bons conseils à ceux qui viennent faire construire un crabier ici. Notre bateau, le Bel Onil, agit comme une sorte de banc d’essai, parce qu’on l’a refait complètement en 2012, en plus de l’allonger», précise Matthew Parisé, jeune capitaine travaillant à temps complet au chantier une fois terminée sa saison en mer.

Depuis le début des années 2010 et jusqu’en 2017, la petite équipe de ce qui allait devenir Conception navale FMP travaillait dans un abri fait de conteneurs superposés. La refonte complète du crabier Bel Onil étant aussi compliquée qu’une construction neuve, les frères Parisé ont graduellement élargi la vocation de l’entreprise, arrêtant leur choix sur la construction de homardiers en aluminium, et en mettant l’accent sur des bateaux à impact environnemental le plus limité possible.

Le contrat de construction du Cap-au-Vent, un crabier de 72 pieds, a reporté à 2019 la construction des deux premiers bateaux d’aluminium. La signature de deux autres contrats pour la construction de crabiers, de 72 et de 75 pieds, a forcé la main des frères Parisé vers l’expansion actuelle dans une nouvelle aile de 100 pieds sur 50. Elle s’ajoute au bâtiment initial de 150 pieds sur 60.

«Il y aura un espace pour les constructions d’acier et un autre pour les bateaux en aluminium», précise Francis Parisé. Deux autres homardiers ont aussi été commandés pour 2020, ce qui porte le nombre de bateaux à sept pour les trois premières années d’existence du chantier.

Son équipe comptait 29 personnes en mai, puis 32 au cours de l’automne et elle devrait atteindre 45 employés dans le courant de 2020.

En février, les frères Parisé s’envoleront pour Marseille afin d’assister à l’activité Euromaritime, le «salon de la croissance bleue, maritime et fluviale» au cours duquel ils comptent rester en phase avec ce qui se fait de mieux sur le plan technologique.

«On veut voir s’il y a des techniques qui nous permettraient d’être encore plus efficaces et voir s’il y a moyen de réduire encore l’impact environnemental des bateaux de pêche, pour la propulsion, par exemple», précise Matthew Parisé.

D’autres bateaux sont stationnés sur leurs bers, juste à côté du bâtiment de Conception navale FMP. «On continue de faire des réparations même si on se concentre surtout sur la construction», précise Francis Parisé, un double diplômé en électronique et en hydraulique industrielles.

Au début de décembre, il s’est rendu à La Nouvelle-Orléans pour assister à l’International Work Boat Show, une autre démarche pour trouver les meilleurs équipements disponibles pour les clients du chantier de Newport.

Le nouveau bâtiment ajouté au complexe d’E. Gagnon et fils sera assez polyvalent pour recevoir crabe des neiges et homard simultanément.

E. Gagnon et fils investit de nouveau

À Sainte-Thérèse-de-Gaspé, l’entreprise E. Gagnon et fils, la plus grande usine de transformation de crabe de neiges au Québec et le principal acheteur, investit 3 millions $ dans une expansion de son usine. C’est une addition modeste, considérant la taille du complexe, mais elle sera très utile.

«Le nouveau bâtiment va nous permettre d’optimiser les livraisons de homard et de crabe à l’entrée, pour le nettoyage et la précuisson surtout. Avant, la réception se faisait pour une espèce et il fallait changer les équipements quand on passait du crabe au homard, et inversement. On perdait du temps, deux ou trois jours des fois, et les employés attendaient, ce qui affectait leur nombre d’heures travaillées. Maintenant, on sera capable d’amorcer les deux productions à la réception, tant pour le homard que pour le crabe», précise George Sheehan, l’un des dirigeants de la firme. 

Ces équipements de première étape de transformation font partie d’un ensemble d’investissements entamés en 2016 dont le total approche la dizaine de millions de dollars. Un entrepôt frigorifique et un cuiseur format géant ont préalablement été ajoutés chez E. Gagnon et fils.

Le chiffre d’affaires de l’entreprise dépasse les 100 millions $ depuis quelques années et celle-ci embauchait 615 personnes pendant la période de pointe du printemps 2019.

«Les nouveaux équipements consolident les emplois. Il y aura un déplacement de 15 employés, mais vers d’autres secteurs de l’usine, où nous avons toujours besoin de monde. Nous aurons 55 Mexicains à notre emploi en 2020. Nous avons commencé avec six ou huit il y a quatre ans», précise George Sheehan.

Deux prix

Conception navale FMP et E. Gagnon et fils ont remporté deux prix nationaux décernés à des entreprises régionales le 15 octobre par les Créateurs d’emploi du Québec, des récompenses soutenues par le Fondaction de la CSN, la Corporation des parcs industriels et le Conseil du patronat du Québec.

D’autres chantiers maritimes gaspésiens se spécialisent dans la construction et la réparation de bateaux de pêche ou de bateaux de recherche et de sauvetage. Le Chantier naval Forillon de Gaspé, les Entreprises maritimes Bouchard de Rivière-au-Renard et les Ateliers de soudure Gilles Aspirault, aussi de Rivière-au-Renard, affichent aussi un seuil d’activité très intense depuis au moins 2017.

+

VALEUR DES PRISES QUÉBÉCOISES DE PRODUITS MARINS (EN MILLIONS $) 

  • 2013 : 169 
  • 2014 : 204 
  • 2015 : 239 
  • 2016 : 270 
  • 2017 : 388 
  • 2018 : 342 
  • 2019 : 373 (préliminaire)

+

UN CONTEXTE FAVORABLE AUX INVESTISSEMENTS

SAINTE-THÉRÈSE-DE-GASPÉ — La valeur des débarquements de produits marins au Québec constitue un excellent moyen de déterminer si les pêches vont bien, parce que cette valeur signifie généralement que les prix sont bons et que les volumes sont importants. En 2014, la valeur des produits marins débarqués dans les ports de pêche québécois a franchi le cap des 200 millions $ pour la première fois, à 204 M$. C’était loin d’être la dernière fois. En fait, cette valeur des débarquements n’a fait que croître depuis 2014, à une exception près. Le record est survenu en 2017, avec 388 M$, une année marquée par des quotas de crabe des neiges remarquables dans le sud du golfe du Saint-Laurent et des prix alimentés par une relative rareté sur les marchés internationaux. Les prises de homard ont aussi été caractérisées par des volumes records et de forts prix en 2017, et depuis. La valeur totale des prises québécoises a fléchi en 2018, à 342 M$, mais elle est remontée en 2019 à des prises valant 373,4 M$, une donnée encore préliminaire. Environ la moitié des prises québécoises de produits marins sont réalisées par des pêcheurs gaspésiens. La valeur de ces prises, une fois transformées, peut doubler. Gilles Gagné (collaboration spéciale)