Bien que les risques liés à l’hyperhydratation soient faibles en période de canicule, les personnes âgées ou plus vulnérables demeurent à risque, rappelle la Dre Isabelle Goupil-Sormany.

Gare à la déshydratation et à... l’hyperhydratation

Buvez beaucoup d’eau, nous répète-t-on depuis le début de la canicule. Oui mais… gare à l’hyponatrémie, ou hyperhydratation, qui peut-être grave, voire mortelle, si elle n’est pas traitée.

Avec la canicule qui frappe le sud du Québec depuis quelques jours, les messages de la santé publique rappelant aux gens de bien s’hydrater, de boire «même si on n’a pas soif», s’accumulent.

Sauf que trop, c’est comme pas assez. Sur Twitter, mardi, un médecin a rapporté qu’un homme qui craignait de se déshydrater avait bu «jusqu’à s’intoxiquer à l’eau» et qu’il avait dû être hospitalisé pour hyponatrémie.

Selon ce médecin, qui se présente sous le pseudonyme Hal Dol, l’hyponatrémie chez une personne en bonne santé est une condition très rare. «Ces derniers jours, c’est vraiment la déshydratation qu’on voit. C’était la première fois que je voyais de l’hyperhydratation en période de canicule», nous a-t-il confié.

L’hyponatrémie désigne un faible taux de sodium dans le sang, la normale étant de 135 mmol/L. Les symptômes comprennent des maux de tête, des ballonnements, un dégoût de l’eau, une perte d’appétit, des nausées, des vomissements, de la fatigue et de la confusion. Dans les cas les plus graves, l’hyponatrémie peut entraîner des convulsions, un coma et même la mort.

«Ce qu’on recommande, ce n’est pas de caler un litre d’eau avant de sortir dehors, c’est de boire l’équivalent d’un demi verre d’eau aux 20 minutes quand on est à la chaleur. Le message, c’est : “Vous êtes dehors, hydratez-vous, buvez un petit peu toute la journée.” Une personne qui n’est pas malade peut gérer des apports d’eau sans problèmes. Pour les personnes âgées, vulnérables, ou dont les reins fonctionnent plus lentement, il faut faire plus attention. Pour ces gens-là, ce qu’on suggère, c’est de se peser. Si on prend trop de poids dans la journée, on peut diminuer notre apport d’eau», recommande la Dre Isabelle Goupil-Sormany, adjointe médicale à la direction de la Santé publique de la Capitale-Nationale.

La Dre Goupil-Sormany insiste : le risque lié à la canicule, ce n’est pas l’hyperhydratation, «très rare», mais la déshydratation.

Surtout chez les athlètes

Dans le site de l’Association canadienne des entraîneurs, on rapporte que des cas d’intoxication à l’eau ont été observés plus fréquemment au cours des dernières années chez des athlètes récréatifs qui se surhydratent lors d’épreuves sportives.

Le chirurgien-orthopédiste Jean-François Bégin, qui court de longues distances depuis quelques années — il a notamment parcouru un total de 1780 km dans six déserts et fait deux courses de 100 km —, en connaît un bout sur les risques liés à l’entraînement. «Comme ultramarathonien, il faut s’informer. Et on voit qu’il y a beaucoup de mythes reliés à l’hydratation pendant l’entraînement. Quand on dit qu’il faut boire aux 5 ou 10 minutes, qu’on ait soif ou non, c’est la première erreur à ne pas faire», estime le Dr Bégin.


« Ce qu’on recommande, ce n’est pas de caler un litre d’eau avant de sortir dehors, c’est de boire l’équivalent d’un demi verre d’eau aux 20 minutes quand on est à la chaleur »
Dre Isabelle Goupil-Sormany, adjointe médicale à la direction de la Santé publique de la Capitale-Nationale

Prendre de l’eau flat, sans électrolytes, sans sodium, quand on s’entraîne, c’est courir à la catastrophe, avertit-il. «Il faut s’écouter, boire à la soif. La soif ne ment pas. Et il faut boire les bonnes choses. Il n’y a pas de recette miracle dans la littérature. Il faut trouver des solutions avec un certain nombre d’électrolytes, y aller par essai-erreur, et surtout, être très attentif aux symptômes de l’hyponatrémie. Dans mon cas, un des premiers signes, c’est une altération de la vigilance», témoigne le médecin.

Sa recette à lui — «et c’est très personnel» —, c’est une solution électrolyte qu’il dilue parce qu’il la trouve trop sucrée, et des capsules de sel pour compenser. «Quand les symptômes de l’hyponatrémie se manifestent, il faut prendre du sel, ou du solide, comme du fromage», suggère l’ultramarathonien, qui a assisté deux personnes «à plat» lors du Québec Méga Trail au Mont Sainte-Anne, en fin de semaine. «L’une d’elles étaient probablement en hyponatrémie et en déshydratation, car on peut très bien avoir les deux problèmes», souligne-t-il.