«Il y aura un rassemblement à Québec le 5 avril pour lancer la mobilisation en vue du G7», indique Marie-Ève Duchesne, permanente au Comité populaire Saint-Jean-Baptiste.

G7: première action militante dès avril

EXCLUSIF / Les altermondialistes, environnementalistes, anticapitalistes et autres militants pour un monde plus inclusif s’activent en prévision du sommet du G7 qui se tiendra à La Malbaie en juin. Et une première action est prévue dès avril pour saluer les influents représentants du monde des affaires en provenance des puissances occidentales qui seront à Québec afin de préparer leurs «recommandations» à l’adresse des chefs d’État.

À trois mois du sommet, quelques rencontres ont déjà eu lieu pour établir la fondation de la contestation. À l’échelle régionale, le Regroupement d’éducation populaire en action communautaire (RÉPAC) a pris les devants pour réunir les forces, autant dans la capitale que dans Charlevoix.

Une première annonce : «Il y aura un rassemblement à Québec le 5 avril pour lancer la mobilisation en vue du G7», indique au Soleil Marie-Ève Duchesne, permanente au Comité populaire Saint-Jean-Baptiste; elle a été déléguée pour répondre (laconiquement) à nos interrogations. «Il y a différents groupes sociaux qui vont organiser un rassemblement dans le cadre du B7 à Québec.»

«Business Summit 7»

Le B7? Oui, vous avez bien lu «B7», pour «Business Summit 7». Car les «plus grands groupes d’affaires» des sept puissances — Canada, France, Allemagne, Italie, Japon, Royaume-Uni et États-Unis — se réunissent avant chaque rencontre des chefs d’État pour faire des propositions aux élus, explique le directeur des affaires publiques et des relations avec les médias de la Chambre de commerce du Canada, Guillaum Dubreuil. Et ils ont choisi la capitale pour poursuivre la tradition.

«On parle, au total environ, d’une centaine de personnes». L’importance du groupe n’est pas dans le nombre, somme toute limité; plutôt dans l’influence dont jouissent les participants, précise-t-il.

Nous ne saurons toutefois pas où les visiteurs de prestige causeront. «Pour des raisons de sécurité, on préfère ne pas partager l’information.»

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ATTAC, AMNISTIE, FTQ ET COMPAGNIE

De grandes organisations nationales établissent les bases d’un contre-sommet du G7 et d’au moins une marche populaire.

Selon les informations grappillées, les architectes des animations planifiées en marge de la rencontre politico-­économique des 8 et 9 juin voudraient s’installer dans la capitale.

Au nombre des fondateurs : l’Association québécoise pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne (ATTAC-Québec); la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ); Amnistie Internationale…

«La société civile est en train de s’organiser en vue du G7», expose au Soleil la responsable des communications pour la branche du Canada francophone d’Amnistie internationale, Anne Sainte-Marie. Il serait cependant prématuré de détailler la forme que prendra la réplique au G7. Mais réplique il y aura : «Il va y avoir certainement une réponse ou une manifestation de la société civile. On ne peut pas laisser passer un événement pareil sans rappeler à nos chefs d’État quelles sont les préoccupations de la population».

Amnistie ne sait pas encore de quelle nature sera son implication dans l’organisation du contre-sommet. Mais il est acquis qu’elle sera sur place. Peut-être que ses représentants se cantonneront dans le rôle d’observateurs des manifestations. Peut-être pas.

Mme Sainte-Marie souligne que dans le passé, des organisations de défense des droits ont été reçues par les dirigeants des puissances du G7. Mais elle doute que l’expérience soit répétée cette année : «Je ne pense pas qu’ils nous invitent! […] La situation s’est peut-être un petit peu dégradée au niveau des principales démocraties. Disons que les gens autour de M. Trump [le président des États-Unis] ne sont pas des ardents défenseurs des droits humains. Donc, ça m’étonnerait qu’il y ait une invitation officielle, cette fois-ci, à des organisations comme la nôtre.»

Se faire entendre de loin

Celles-ci se feront donc entendre de loin. «Maintenant, avec les médias sociaux, c’est possible de rendre publiques des positions sans être présents. Mais il va y avoir aussi une présence physique en marge. Est-ce que c’est en marge à Québec ou est-ce que c’est en marge au milieu du fleuve? Ça, je ne peux pas vous dire.»

Au fait, d’autres grandes organisations habituées de ce type d’événement sondent le terrain. À la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et sa branche locale (le Conseil central de Québec-Chaudière-Appalaches), par exemple, des délégués ont participé à des «rencontres» pour «s’informer», nous dit-on. Mais aucun mandat officiel n’a encore été octroyé.

Au Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), il est déjà acquis que les groupes affiliés seront appelés à prendre la rue. «On a un mandat de participer à une ou des mobilisations autour du G7», note la porte-parole Véronique Laflamme. 

Les représentants de ATTAC et de la FTQ n’ont pas répondu à nos demandes d’entrevue. 

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«QUÉBEC, 7, 8, 9, JUIN, JE PRENDS CONGÉ!»

Le Réseau de résistance anti-G7 a commencé à s’afficher dans la capitale. L’autocollant vu au centre-ville est clair : «Convergence contre le G7. Québec, 7, 8, 9 juin, je prends congé!»

Le RRAG7, distinct des deux mouvements précédemment cités, est né à Mont­réal. Et il a tenu une quatrième assemblée générale, samedi dans la métropole, afin de peaufiner sa structure, afin de former ses comités : information et éducation populaire; mobilisation; finances et logistiques; légal «sortie de prison»…

Le regroupement citoyen invite les militants dans la capitale en juin. «Comme la plupart des négociations concrètes auront lieu dans la ville de Québec et que la ville de La Malbaie elle-même risque d’être difficilement accessible, l’assemblée générale du RRAG7 appelle à la convergence vers Québec du jeudi soir [7 juin] au samedi soir [9 juin]», lit-on dans la documentation diffusée en ligne. 

Il y aura une portion populaire à la programmation. «Une marche unitaire festive contre le G7, anti-impérialiste, anti-patriarcale, anti-colonialiste, anti-raciste, anti-capitaliste, contre l’extractivisme et contre les frontières est appelée pour le jeudi 7 juin au soir à Québec.»

Également une portion plus active : «L’assemblée générale appelle à une journée de perturbation des activités du G7 pour la journée du vendredi 8 juin.»

Parmi les groupes adhérents à la philosophie du RRAG7, une association étudiante aimerait recréer l’énergie de la mobilisation de 2012, l’époque des casseroles. L’asso du collège de Valleyfield a publié un journal militant en prévision du G7 étoffant les revendications et prônant l’unité des «forces progressistes» pour faire barrage aux seigneurs.