Funérailles de trois victimes à Montréal: «Vive le Québec!»

La cérémonie funéraire en hommage à trois victimes de l'attentat de Québec s'est transformée en communion nationale, jeudi, à Montréal. L'imposante foule, composée principalement de musulmans, a accueilli les messages d'amour et de tolérance des dignitaires avec des applaudissements nourris et des acclamations à saveur nationaliste. «Vive le Québec!»
Environ 5000 personnes se sont déplacées en plein après-midi, en semaine, pour assister à ce grand rendez-vous à l'aréna Maurice-Richard, situé près du stade olympique. La grosse majorité des participants étaient de confession musulmane. Ils ne connaissaient pas nécessairement les victimes, mais voulaient témoigner leur appui aux familles éprouvées.
Dans un coin de la patinoire, recouverte d'un plancher de bois noir pour l'occasion, trois cercueils étaient alignés. Le drapeau d'Algérie recouvrait ceux de Khaled Belkacemi, 60 ans, professeur au Département des sols et de génie agroalimentaire de l'Université Laval, et d'Abdelkrim Hassane, 41 ans, analyste programmeur au Centre de services partagés du Québec. Le cercueil d'Aboubaker Thabti, 44 ans, chef d'équipe chez Exceldor, était plutôt drapé des couleurs de la Tunisie.
Politiciens
Les proches et les dignitaires étaient placés debout tout près. On pouvait voir les premiers ministres du Canada et du Québec, les maires Régis Labeaume et Denis Coderre, le chef du NPD Thomas Mulcair, celui du Parti québécois Jean-François Lisée ainsi que François Legault, de la Coalition avenir Québec. Les députés de la région de Québec Jean-Yves Duclos et Joël Lightbound aussi. Derrière eux, le parterre et les estrades étaient pratiquement pleins.
Aussi respectueux qu'enthousiastes, les participants ont applaudi chaleureusement le premier ministre canadien Justin Trudeau à la seule évocation de son nom. «Cet après-midi, c'est tout un pays qui se joint aux familles des victimes pour célébrer la vie de ceux qui étaient des époux, des papas, des amis, des collègues», a-t-il souligné, rappelant leur désir comme tous les parents «de donner à nos enfants le meilleur du monde».
Mais c'est Philippe Couillard, premier ministre du Québec, qui a transporté la foule le premier. «Encore une fois, une des leçons qui doit rester avec nous : les mots prononcés, les mots écrits aussi ne sont pas anodins. C'est à nous de les formuler, de les choisir», a-t-il d'abord lancé sous les vivats. L'effet a été encore plus important quand il a scandé: «Sachez que vous êtes ici chez vous.» Inspiré par des spectateurs criant «Vive le Québec!», le premier ministre a répété «Vive le Québec tout le monde!» Au parterre, un homme a profité de l'occasion pour crier : «Arrêtez les radios poubelles!»
À son tour au micro, le maire de Québec a parlé des rêves des défunts. Régis Labeaume a aussi déclaré que «la tragédie ne doit pas nous aveugler ou obscurcir notre regard sur ce qu'il y a de beau, de bon chez nous et qui les avait convaincus de venir vivre ici».
Son homologue de Montréal, Denis Coderre, n'a pas fait de quartier et qualifié l'acte de dimanche de «terroriste, raciste et islamophobe», à la grande satisfaction d'une foule gagnée d'avance. Il a lui aussi invité ses concitoyens à la plus grande prudence avec les mots. «Il est temps de réaliser que les mots prononcés ont un impact, que chaque message, tous les messages dans les médias sociaux ne doivent pas être pris à la légère», a-t-il martelé.
«On n'est pas des terroristes»
Mohammed Yangui, président du Centre culturel islamique de Québec, a pour sa part exprimé le souhait que «la communauté québécoise et toutes les communautés à travers le monde comprennent une chose essentielle, que nous les musulmans modérés, on n'est pas des terroristes». «C'est pas nous les terroristes, nous on pratique un islam qu'on utilise à tous les jours avec le coeur», a-t-il répété alors que les spectateurs hochaient de la tête en signe d'assentiment.
Les quatre imams qui se sont ensuite succédé à l'avant ont tapé sur le même clou de la tolérance et du partage, demandant tout de même aux gouvernements de lutter contre l'islamophobie.
Après plus d'une heure et demie de discours, il a fallu quelques minutes seulement pour prononcer la prière funéraire appelée «janaza». Tournés vers La Mecque, les musulmans ont prié en choeur sous la direction de l'imam Cheikh Belafrij. L'effet était moins saisissant que pour la prière du midi, dirigée spontanément par un imam montréalais, puisque tout le monde est resté chaussé et debout.
Une fois la partie religieuse complétée, la foule s'est sagement dispersée. Les membres des familles ont reçu les condoléances et les dignitaires sont partis en fuyant les caméras. Les dépouilles quitteront le Québec vendredi pour être enterrées en Algérie et en Tunisie.
Bouharras Abdallah, venu de Québec pour rendre hommage à son ami Abdelkrim Hassane avec qui il jouait au soccer samedi dernier encore, a trouvé la cérémonie émouvante de solidarité. «Habituellement, c'est plus simple pour assurer la paix des morts, mais je comprends que c'est un cas exceptionnel, tout le monde se sent concerné», a-t-il témoigné.
«On est tous peinés. Ça fait du bien de vivre cela ensemble. Ça montre qu'on est solidaires, unis au Québec», s'est aussi réjoui Benzine Kader, un Montréalais qui ne connaissait pas personnellement les victimes, mais était très touché par le drame.