Justin Trudeau a rencontré François Legault vendredi.
Justin Trudeau a rencontré François Legault vendredi.

François Legault demande au Bloc d’appuyer l’ACEUM

Pierre Saint-Arnaud
Le Presse Canadienne
MONTRÉAL — C’est une assiette bien garnie que le premier ministre François Legault a présentée à son homologue fédéral Justin Trudeau pour leur première rencontre depuis la réélection de ce dernier, cet automne.

À l’issue de la rencontre, c’est toutefois au chef bloquiste Yves-François Blanchet que M. Legault a envoyé le message le plus direct: «Je demande à Yves-François Blanchet et au Bloc d’appuyer l’Accord (de libre-échange avec les États-Unis et le Mexique), de ne pas retarder les travaux, de ne pas faire comme on dit de ‘filibust’ et que ce soit adopté rapidement».

François Legault a balayé les craintes de voir l’industrie de l’aluminium, concentrée au Québec, perdre des plumes en marge de cet accord, affirmant qu’au contraire, «il y a des gains importants pour les travailleurs de l’aluminium.»

Il a rappelé qu’avant la conclusion de cet accord, l’administration Trump avait imposé des tarifs punitifs à l’aluminium canadien. Il a soutenu que «c’est un gain puisqu’on est assurés qu’il n’y aura pas de tarifs», tout en reconnaissant que l’entente n’était pas parfaite et qu’il aurait été préférable «qu’il n’y ait pas une clause d’évitement où le Mexique peut s’approvisionner avec de l’aluminium qui provient de Chine (...) Ce n’est pas idéal, mais c’est un gain et je pense qu’il faut sauter sur ce gain rapidement.»

Dans cette optique, le premier ministre a affirmé que «le Bloc québécois doit défendre les intérêts des Québécois et c’est dans les intérêts des Québécois que cette entente soit ratifiée, adoptée.» M. Legault n’a pas manqué d’évoquer le surplus de 20 milliards $ de la balance commerciale du Québec avec les États-Unis pour justifier le besoin de «protéger le marché» en ratifiant l’entente.

La réponse du chef bloquiste ne s’est pas fait attendre. Dans un courriel à La Presse canadienne, M. Blanchet a répliqué que sa formation «travaille exclusivement dans l’intérêt des Québécois, de tous les Québécois, de toutes les régions» et qu’elle demande «que nos travailleurs de l’aluminium aient droit à la même protection que les travailleurs de l’acier, quitte à renégocier. Nous voulons la meilleure entente possible pour notre monde».

Plus tôt dans la journée, pourtant, l’Association de l’aluminium du Canada a également demandé aux parlementaires de ratifier l’entente. Son président-directeur général Jean Simard, conclut qu’après «un examen détaillé» de l’Accord Canada États-Unis Mexique (ACEUM), celui-ci «contribuera à assurer un avenir durable» à l’industrie. «Cet accord fournit un cadre durable et prévisible pour notre commerce et jette les bases d’une modernisation de la façon dont nos trois pays font des affaires afin de tirer le meilleur parti de cet espace commercial renouvelé», ajoute-t-il.

Demandes de financement

François Legault a profité de la présence de Justin Trudeau pour revenir à la charge sur les demandes de financement fédéral pour le transport en commun, en l’occurrence les nouveaux projets de tramway, maintenant que le financement de celui de Québec est ficelé.

Selon lui, le gouvernement Trudeau «est très ouvert» aux projets, mais ceux-ci ne correspondent pas nécessairement aux critères des programmes d’infrastructure fédéraux, ce qui vient alourdir les démarches, au grand déplaisir de M. Legault. «J’aimerais que ça se fasse plus rapidement pour les projets dans l’Est de Montréal, à Longueuil, entre Chambly et Saint-Jean(-sur-Richelieu), à Laval et à Gatineau», a-t-il souhaité.

«Je souhaiterais aussi que le train Québec-Trois-Rivières-Montréal-Toronto-Windsor se fasse le plus rapidement possible», a-t-il ajouté à un menu déjà lourd.

Par ailleurs, François Legault a évoqué avec son vis-à-vis la question de taxer les géants du web, une direction qui semble devenue incontournable: «La position est commune, c’est-à-dire qu’on souhaiterait que la TPS soit appliquée le plus rapidement possible, comme on l’a déjà fait au Québec avec la TVQ. Pour ce qui est de l’impôt sur les profits qui passerait par un 3 pour cent sur les revenus, on préfère attendre en 2020 que ce soit fait avec l’OCDE», a-t-il dit, réitérant une position déjà exprimée, le Québec voulant agir avec la force du nombre plutôt que de s’attaquer seul à ces puissantes entreprises.

Laïcité: le désaccord persiste

«J’ai quand même insisté pour revenir sur la Loi 21 (sur la laïcité) et le respect de la nation québécoise» a déclaré M. Legault au sortir de la rencontre avant même d’être interrogé là-dessus.

«C’est important que, même si le gouvernement fédéral n’est pas d’accord avec certaines décisions du gouvernement du Québec, qu’il respecte ces décisions. C’est appuyé par une majorité de Québécois, ç’a été adopté en bonne et due forme à l’Assemblée nationale», a-t-il fait valoir.

«Je ne demande pas son accord à Justin Trudeau, mais je demande qu’il respecte la décision de la nation québécoise.»

Justin Trudeau ne s’est pas adressé aux journalistes à l’issue de la rencontre, se contentant d’un court mot d’usage à son arrivée pour insister sur les sujets qui font l’objet d’une entente entre les deux gouvernements, tout en ajoutant qu’ils discuteraient aussi de ceux «sur lesquels on va continuer de travailler ensemble», euphémisme choisi par Justin Trudeau pour désigner cette pomme de discorde.

Les deux hommes, accompagnés de leurs ministres des relations intergouvernementales, Chrystia Freeland et Sonia LeBel et du lieutenant québécois de M. Trudeau, Pablo Rodriguez, étaient réunis dans les bureaux montréalais de M. Legault.

Une courte manifestation d’une cinquantaine de personnes opposées à la construction de pipelines et en soutien aux peuples autochtones s’est tenue devant l’édifice du centre-ville de Montréal ou les chefs de gouvernement du Québec et du Canada se rencontraient.