Les musulmanes qui travaillent pour l'État, même celles qui portent le voile, ne sont pas contre la laïcité, bien au contraire.

Fonctionnaires voilées en faveur de... la laïcité

CONGRÈS DE L'ACFAS / «Dans le débat sur le voile islamique dans la fonction publique, un des arguments qu'on a entendus le plus souvent veut que le port du hijab équivaut à un non-respect de la laïcité. Mais c'est une erreur.»
Bertrand Lavoie en sait quelque chose : il a consacré sa thèse de doctorat à cette question, notamment. Et les résultats qu'il a présentés lundi, au congrès de l'Association francophone pour le savoir (ACFAS), sont très clairs. Les musulmanes qui travaillent pour l'État, même celles qui portent le voile, ne sont pas contre la laïcité, bien au contraire.
M. Lavoie a interviewé 30 femmes qui portent le voile et qui travaillent pour l'État au Québec - ou qui terminaient une formation menant à un poste dans le public, comme en sciences infirmières - et autant en France, afin de savoir l'idée qu'elles se font de la laïcité et comment elles réagiraient si une loi leur interdisait de porter leur voile. 
Dans l'échantillon québécois, une seule sur les 30 aurait refusé net d'enlever son voile et aurait déménagé. Quatre étaient carrément en faveur de l'interdiction et 25, tout en étant contre, auraient tenté de concilier les deux, par exemple en jouant sur ce qu'il demeurerait permis de porter ou en s'adressant aux tribunaux. Les résultats en France étaient très semblables. Mais dans tous les cas, il ne s'agissait pas d'une opposition à la laïcité.
«Il y a chez elles une complète acceptation des fondements de la laïcité, comme la neutralité religieuse ou la séparation entre l'État et le religieux, explique M. Lavoie. [...] Mais pour elles, la laïcité implique le respect des religions, elles avaient intégré une sorte de laïcité ouverte. Elles étaient en désaccord avec l'idée d'interdire le hijab aux fonctionnaires, mais ce n'était pas un désaccord avec la laïcité.»
Le sociologue, qui a fait son doctorat à l'Université de Montréal, s'est dit «surpris» de voir un tel appui pour la laïcité chez ces femmes voilées, parce que «ce n'est pas une position qu'on a entendue beaucoup dans ce débat-là». Mais cela montre que l'idée, fort répandue, d'opposer le port du voile à la laïcité de l'État est fausse, dit-il.
«Pour elles, l'identité professionnelle était très importante et elles ne voulaient pas freiner leurs aspirations professionnelles pour des raisons religieuses», explique-t-il.
Réflexion personnelle
Fait intéressant, l'échantillon de M. Lavoie comportait à parts à peu près égales des immigrantes de premières et de deuxièmes générations, de même que des musulmanes de «générations 1,5» - nées à l'étranger, mais arrivées au Québec avant l'âge scolaire. Hormis quelques-unes qui ont commencé à porter le voile vers la fin de l'enfance ou au début de l'adolescence, «la plupart m'ont dit qu'elles avaient décidé de le porter vers 17 à 19 ans, à la suite d'une réflexion personnelle». Aucune ne portait le voile par contrainte ni ne connaissait de cas de la sorte, bien qu'elles admettaient que cela demeure possible (mais rare).
Le 85e congrès annuel de l'ACFAS se tient à l'Université McGill cette année et se prolonge jusqu'à la fin de la semaine.