Selon le président directeur général du Centre médical de Charlesbourg, Éric Caron, au moins 12 000 patients sans médecin de famille ont utilisé le sans rendez-vous de la clinique l’an dernier.
Selon le président directeur général du Centre médical de Charlesbourg, Éric Caron, au moins 12 000 patients sans médecin de famille ont utilisé le sans rendez-vous de la clinique l’an dernier.

Fini le sans rendez-vous au Centre médical de Charlesbourg

Un autre service sans rendez-vous vient de fermer ses portes aux patients orphelins à Québec. Après le CLSC Haute-Ville et la Clinique médicale Pierre-Bertrand, c’est au tour du Centre médical de Charlesbourg de prendre – à contrecoeur – cette décision, faute d’effectifs médicaux pour répondre aux exigences du modèle de superclinique imposé par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette. Pour ce dernier, le problème en est surtout un de «compétition» entre les cliniques.

La nouvelle a été annoncée mercredi en conférence de presse, qui avait lieu dans une section de la salle d’attente du centre médical. Dorénavant, la clinique du boulevard Henri-Bourrassa sera réservée à ses 10 700 patients inscrits et n’ouvrira que de 7h à 17h. 

Selon le président directeur général du Centre médical de Charlesbourg, Éric Caron, au moins 12 000 patients sans médecin de famille ont utilisé le sans rendez-vous de la clinique l’an dernier. 

«Depuis 2014, la clinique-réseau était ouverte 363 jours par année, du matin au soir, sans aucune découverture médicale. Elle était accessible à tous les patients, avec ou sans médecin de famille, de toute la couronne nord de Québec», a souligné Éric Caron. 

Sauf que voilà, la clinique n’était pas en mesure de se qualifier pour devenir superclinique et ouvrir 84 heures par semaine, soit 11 de plus qu’à l’heure actuelle, a expliqué M. Caron. «Il nous aurait fallu de trois à cinq médecins de plus», a-t-il calculé. Le Centre médical de Charlesbourg compte seulement sept médecins de famille, dont cinq à temps plein. Et ils sont «au bout du rouleau», a souligné M. Caron.

Pour rappel, les cliniques-réseau doivent prouver qu’elles veulent et peuvent devenir supercliniques pour conserver leur financement et leurs ressources professionnelles et administratives. Le Centre médical de Charlesbourg avait en principe jusqu’en juin pour se qualifier, mais il a néanmoins pu poursuivre sa mission réseau jusqu’à mercredi. «On est sans budget et sans ressources depuis le 1er octobre, et on n’a pas eu d’autorisation de continuer», a mentionné M. Caron.

Problématique connue

Selon lui, la problématique du manque d’effectifs médicaux était connue «de toutes les instances». Le député de Charlesbourg, François Blais, et le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, ont notamment été rencontrés, mais il n’y aurait pas eu de suite.

Il faut une «volonté politique» de favoriser une desserte médicale pour la population de la couronne nord de Québec, «et on ne la sent pas», a dit M. Caron. Pourtant, a-t-il souligné, la population du secteur nord, vieillissante, est «captive» de l’offre de services. «C’est impossible pour elle de se déplacer facilement» vers les supercliniques de Lebourgneuf, du centre-ville ou de Sainte-Foy. 


« On est sans budget et sans ressources depuis le 1er octobre, et on n’a pas eu d’autorisation de continuer »
Le pdg du Centre médical de Charlesbourg, Éric Caron

De toute façon, la superclinique la plus proche, celle de MAclinique Lebourgneuf, et la clinique-réseau située juste à côté, celle du Centre médical Le Mesnil, ne pourront pas absorber le flux supplémentaire de patients causé par la fermeture du sans rendez-vous du Centre médical de Charlesbourg, a-t-il averti. Les deux cliniques sont déjà débordées en raison notamment de la fermeture du sans rendez-vous aux patients non-inscrits de la Clinique médicale Pierre-Bertrand. Les patients de la couronne nord risquent donc de devoir consulter à l’urgence, se désole M. Caron. 

Regret et émotion

Présent à la conférence de presse, le Dr Pierre Morency, qui compte pas moins de 50 ans de pratique, voit ses 2500 patients au Centre médical de Charlesbourg depuis 2014. «C’est avec grand regret que nous devons tourner la page sur notre projet d’offrir plus de services aux citoyens de Charlesbourg», a-t-il dit, visiblement ébranlé. Malheureusement, a-t-il ajouté, «nos appels à l’aide répétés sont restés sans réponses». À défaut de considération «politique», la situation aurait mérité selon lui plus de considération «humaine». 

Une patiente orpheline habituée du sans rendez-vous du Centre médical de Charlesbourg a accueilli l’annonce avec émotion. «Ça fait trois ans que je suis sur la liste d’attente. J’ai beaucoup de problèmes de santé […]. Je me sens délaissée par le système, dépourvue, abandonnée», a-t-elle laissé tomber dans un sanglot. 

Le ministre se défend

Au bout du fil, le ministre Barrette a affirmé que son ministère «s’adressait» déjà à la problématique du manque de médecins dans la couronne nord. «On a resserré les règles pour y amener des médecins. On est les premiers à faire ça. Sauf qu’il n’y a pas une seule clinique, il y en a plusieurs», a fait valoir le ministre de la Santé, ajoutant qu’il n’avait pas le pouvoir légal de diriger ces médecins vers une clinique précise. «Il y a une limite à notre pouvoir de dirigisme», a-t-il dit.

Selon lui, il y a une compétition entre les groupes de médecins et les cliniques pour attirer des effectifs, et le Centre médical de Charlesbourg «ne semble pas avoir gagné la compétition par rapport à d’autres milieux». «À la base, c’est leur responsabilité de mettre en place les conditions» gagnantes, a-t-il laissé entendre. 

Le ministre Barrette s’est par ailleurs dit d’avis que la situation des patients orphelins de la couronne nord était «temporaire» dans la mesure où les médecins ont changé leurs pratiques et qu’ils inscrivent plus de patients. 

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BARRETTE «DÉCONNECTÉ» DES BESOINS DES PATIENTS

Le ministre Barrette ne peut pas se permettre de perdre un service comme celui qu’offrait le Centre médical de Charlesbourg, estiment la Coalition Avenir Québec et le Parti québécois. 

«On a ici une clinique-réseau, un modèle qui fonctionne […]. On a 63 000 patients dans le secteur de Québec Nord qui sont orphelins, sur le guichet ou pas sur le guichet. Et les statistiques des consultations sans rendez vous de la clinique parlent d’elles-mêmes», a souligné le caquiste François Paradis, présent à la conférence de presse.

Selon lui, «on abolit un modèle qui fonctionne au profit d’un modèle qu’on impose et qui fait qu’au bout du compte, ces patients là […] se demandent où aller et quoi faire». «On ne peut pas se permettre de perdre un point de services comme celui-là. Sa fréquentation oblige une réaction», a-t-il ajouté, invitant le ministre Barrette à se «mettre dans la peau des patients».

Pour la péquiste Diane Lamarre, la situation démontre «à quel point le ministre est déconnecté des besoins et de la détresse des gens sur le terrain». «C’est un caprice du ministre [les supercliniques]. Ça ne répond à aucune logique», a dénoncé au bout du fil la députée de Taillon.

Selon elle, les supercliniques ne sont rien d’autre qu’une «illusion». Une superclinique, rappelle-t-elle, doit offrir plus de consultations qu’une clinique-réseau. Or pour les 16 cliniques-réseau converties en supercliniques actuellement en opération, les cibles fixées par le ministre sont trop basses. 

«Si elles étaient restées cliniques-réseau, elles auraient pu voir 42 000 patients de plus. Et ça nous aurait coûté 1,8 million $ de moins», a calculé la députée de Taillon à partir de chiffres obtenus à la suite d’une demande d’accès à l’information.