Le dégriffage des chats n’est pas sans conséquence pour l’animal qui peut développer des douleurs chroniques et des problèmes de comportement.

Fini le dégriffage des chats dans plusieurs cliniques

De plus en plus de cliniques vétérinaires au Québec ne veulent plus dégriffer les chats. C’est le cas de la douzaine de cliniques de Globalvet, qui mettront fin à cette pratique en janvier prochain. Le réseau présent sur la rive nord et la rive sud de Québec a pris cette décision parce qu’il devient «de plus en plus apparent que le dégriffage entraîne des conséquences négatives sur le bien-être des chats».

«C’est une décision très longuement réfléchie. […] Le bien-être des animaux est au cœur de notre mission, donc ça allait de soi qu’il fallait aller dans ce sens-là, mais on attendait d’être prêt pour donner des solutions alternatives aux clients», explique en entrevue au Soleil le Dr Martin Godbout, vétérinaire comportementaliste et président de Globalvet.

Le réseau Globavet, qui regroupe les cliniques vétérinaires L’Ancienne-Lorette, Beauport, Cap-Rouge, Caron (Charlesbourg), du Faubourg, Québec-centre, Lévis, Loretteville, du Littoral (Rimouski), Beauce-Appalaches (Saint-Georges de Beauce) et Saint-Nicolas, lancera prochainement une vaste campagne d’information, de sensibilisation et d’éducation, notamment sur le web et les réseaux sociaux. 

«C’est une habitude qu’on a pris de faire dégriffer notre chat, mais il faut se demander pourquoi on le fait, et savoir que cette pratique n’est pas sans conséquence pour l’animal», qui peut développer des douleurs chroniques et des problèmes de comportement, expose le Dr Godbout. Selon lui, un chat dégriffé peut par exemple avoir tendance à mordre davantage ou à uriner en dehors de sa litière «parce que le fait de gratter lui fait mal et qu’il associe ça à la litière», illustre le vétérinaire comportementaliste.

Si les gens font dégriffer leur chat, c’est parce qu’ils craignent les blessures causées par les griffes ou qu’ils veulent protéger leurs meubles, rappelle le Dr Godbout. Or, «il n’y a pas plus de risques qu’un chat griffe qu’un chien morde, et on n’enlève pas les crocs du chien pour autant», fait valoir le Dr Godbout, qui rappelle l’importance de comprendre le comportement félin et d’adapter l’environnement à l’animal. 

«Les chats qui font leurs griffes sur les sofas, c’est souvent pour marquer leur territoire, et ce n’est pas tous les chats qui le font. […]. On peut montrer à son chat en bas âge à faire ses griffes sur un griffoir. Même des chats adultes peuvent l’apprendre. Sinon, on peut faire tailler les griffes du chat», ou encore lui installer des couvertures de griffes, suggère le vétérinaire.

Selon le Dr Godbout, grâce à la sensibilisation, de moins en moins de gens demandent le dégriffage de leur chat. «Mais il y en a encore, parce que c’est une habitude quand même bien ancrée. Ces gens-là, on ne les laissera pas tomber, on a va les aider», assure-t-il.

Le mouvement d’opposition au dégriffage a gagné de l’ampleur autour du monde ces dernières années. La pratique est notamment interdite dans plusieurs pays européens, en Australie et dans quelques villes de la Californie. Au Canada, seulement deux provinces, la Nouvelle-Écosse et la Colombie-Britannique, interdisent de faire dégriffer son chat.

Une pratique «inacceptable»

L’an dernier, l’Association canadienne des médecins vétérinaires (ACMV) a fermement condamné cette pratique «inacceptable», la qualifiant d’«amputation partielle des doigts des félidés domestiques». Selon l’ACMV, «il est évident que les chats souffrent inutilement lorsqu’ils subissent cette chirurgie» non médicalement requise. 

Au Québec, l’Ordre des médecins vétérinaires interdit depuis l’an dernier à ses membres de pratiquer des chirurgies à des fins esthétiques sur les animaux, mais il n’est pas prêt à étendre cette interdiction au dégriffage des chats, préférant encore miser sur la sensibilisation et l’éducation. 

Selon le Dr Martin Godbout, ce n’est qu’une question de temps avant que l’Ordre interdise le dégriffage. «Il va se fier sur ses membres, qui sont sur le terrain, qui sont leaders dans leur domaine» et qui sont de plus en plus nombreux à délaisser le dégriffage, dit-il.