Les conseillers financiers de Desjardins Simon Boucher, Chantal Fortin et Caroline Morin Bernatchez constatent de plus en plus de cas d’aînés victimes d’abus financiers.

Finances personnelles: de plus en plus d’aînés victimes d’abus

RIMOUSKI — Avec le vieillissement de la population, de plus en plus d’aînés sont victimes d’abus financiers. C’est ce que constatent les conseillers financiers des trois caisses Desjardins de la MRC Rimouski-Neigette. Parmi ces victimes, l’augmentation est d’autant plus marquée lorsqu’il s’agit d’exploitation financière commise par des membres de leur famille. Dans une population comme celle du Bas-Saint-Laurent, où une personne sur quatre est âgée de plus de 65 ans, le phénomène prend une ampleur considérable.

C’est ce qui est notamment ressorti d’une conférence sur le sujet prononcée vendredi à Rimouski, en marge du colloque «Bien vieillir dans Rimouski-Neigette». Organisée à l’initiative du député de Rimouski Harold LeBel, l’activité a réuni quelque 200 aînés et intervenants.

Simon Boucher a présenté le cas de Joséphine, qui avait remis sa carte bancaire et son numéro d’identification personnel (NIP) à sa petite-fille Sophie afin de faire quelques courses pour elle. Mais Sophie se servait de la carte de sa grand-mère pour des dépenses personnelles.

«Il ne faut jamais donner sa carte personnelle et ne jamais divulguer ni écrire son NIP quelque part, recommande le conseiller financier. Il ne faut pas non plus choisir un NIP avec sa date de naissance ou en lien avec des informations qui nous concernent ni choisir 12345.» Dans ce cas, il conseille une carte de procureur. Il souligne aussi l’importance de vérifier son relevé de compte et de ne pas hésiter à appeler son institution financière pour obtenir des explications.

On a aussi raconté l’histoire de Louise, 75 ans, qui vit seule dans son appartement. Comme elle n’a pas d’enfant, elle a signé une procuration et paie son neveu Mario pour s’occuper de ses affaires. Un jour, elle reçoit un appel de sa caisse pour l’informer que son neveu avait fait un virement de 8000 $ vers son compte.

Selon la conseillère financière Chantal Fortin, «il ne faut donner une procuration qu’à quelqu’un en qui on a entièrement confiance afin de s’assurer que la personne agira en toute loyauté». Si l’état de la personne âgée se détériore, il est prudent de signer un mandat de protection, qu’on appelait autrefois un mandat d’inaptitude.

La fraude romantique ou l’arnaque amoureuse est une autre situation d’abus financiers. Les arnaqueurs, qui sont des manipulateurs, manifestent un faux attachement sentimental afin de gagner la confiance de leur victime, profitant souvent d’un moment de vulnérabilité de celle-ci. Ils commencent par soutirer des petits montants. Mais le stratagème se répète avec de plus grosses sommes. Pour la victime, il s’agit souvent des économies d’une vie. Cette fraude l’accule parfois à la faillite, ce qui a un impact sur toute sa famille. Certaines des victimes vont même jusqu’à se retrouver à la rue. 

Humiliation

Caroline Morin Bernatchez fait état de 760 Canadiens qui, en 2018, ont été la cible d’une telle arnaque, pour des pertes totales de 22,5 millions $. «Parce que c’est humiliant, ces cas sont ceux de personnes qui ont accepté de dévoiler leur situation, indique la conseillère financière. Même si les chances de récupérer ces montants sont extrêmement minces, il faut dénoncer.» 

Pour l’experte, la règle d’or est de ne jamais envoyer d’argent à l’étranger, même si la personne insiste sur l’urgence de la situation, allant jusqu’à insinuer qu’elle est en danger de mort. Elle met aussi les gens en garde contre de présumés cabinets d’avocats qui se disent experts dans ce type de fraude. «Les gens se font frauder une deuxième fois», déplore la conseillère.