Mélanie Gagné et Jonathan Labbé trinquent à la réouverture de leur bar, Le Nelligan, alors qu’en arrière-plan, le Dr Arruda annoncent la bonne nouvelle aux propriétaires d’établissements.
Mélanie Gagné et Jonathan Labbé trinquent à la réouverture de leur bar, Le Nelligan, alors qu’en arrière-plan, le Dr Arruda annoncent la bonne nouvelle aux propriétaires d’établissements.

Fin d’une attente interminable pour les bars

Quand Mélanie Gagné et Jonathan Labbé ont mis la clé dans la porte du bar Le Nelligan, à la mi-mars, pour répondre à l’ordre de confinement collectif, jamais ils n’auraient pensé que l’attente serait aussi longue avant de servir leur prochaine bière. Tout comme le couple a été étonné d’apprendre jeudi que le gouvernement permettait la réouverture illico des bars, brasseries et tavernes, sans aucun délai comme pour les autres secteurs.

Rencontrés à leur pub irlandais de la Côte Sainte-Geneviève, dans le quartier Saint-Jean-Baptiste, les deux propriétaires étaient fébriles face à l’idée de voir revenir les clients. «Il était temps que ça débloque. C’est un stress qui tombe», confie Mélanie.

Au plafond, les banderoles de la fête de la Saint-Patrick témoigment d’une fête qui n’a jamais eu lieu, l’hiver dernier. Au sous-sol, la bière repose en quantité industrielle, prête à étancher la soif d’un bataillon.

Au-delà des inquiétudes financières, le couple craignait de voir partir leurs employés, et, surtout, que le Nelligan disparaisse de l’écran radar des citoyens. «On est un bar de quartier, on a eu peur que les gens nous oublient. Quand tu vois le monde aller boire et manger dans les parcs, tu te dis : ‘Y va arriver quoi avec Le Nelligan?’», lance Mélanie.

«Comme entrepreneur, la seule chose qu’on voulait savoir du gouvernement, c’est une date (de réouverture). On s’est fait enlever l’élément le plus important : l’outil de planification», ajoute Jonathan, occupé à brancher son ordinateur sur RDI afin de voir la conférence de presse du Dr Arruda. Par souci d’économie, le câble avait été débranché de la télé du bar pendant la fermeture.

La décision gouvernementale de permettre aux restaurants d’ouvrir, la semaine dernière, tout en oubliant les bars, laisse un goût amer au couple. De guerre lasse, certains propriétaires sont allés jusqu’à servir nachos, pogos et hot-dogs, et non des mets préparés, afin de faire illusion qu’ils respectaient la loi.

«On aurait pu (faire la même chose), mais ce n’est pas dans nos valeurs. On n’a pas voulu embarqués là-dedans. On a joué la vraie game», explique Mélanie. Lors de ses promenades dans le quartier, le couple a vu plein d’établissements ne pas jouer franc jeu. «On a trouvé ça désolant de voir du monde pouvoir aller au resto prendre une bière, mais ne pas manger. Ça ne donne pas une belle image.»

Au moment de la visite du <em>Soleil</em>, le couple ne savait pas encore que le Dr Arruda permettait la réouverture des bars sur le champ, pour ceux qui le pouvaient. Ce qui n’était encore le cas au Nelligan.

Au moment de la visite du Soleil, le couple ne savait pas encore que le Dr Arruda permettait la réouverture des bars sur le champ, pour ceux qui le pouvaient. Ce qui n’était encore le cas au Nelligan. «Il faut installer le plexiglas, faire un grand nettoyage, rencontrer le staff», énumère Mélanie.

«On pensait qu’on aurait sept jours pour se préparer, mais on devrait être capable d’ouvrir lundi», a finalement confirmé Jonathan, en fin d’après-midi.


« Il était temps que ça débloque. C’est un stress qui tombe »
Mélanie Gagné

Le couple voit la suite des choses avec optimisme. Les banderoles de la Saint-Patrick vont rester accrochées. Pas question que la fête, tenue traditionnellement en mars, soit annulée. «On va la faire en septembre, comme ça on est sûr d’avoir du beau temps et qu’il ne neigera pas...», termine Mélanie, un sourire accroché au visage.

Attente interminable

Pour l’Association des propriétaires de bars, brasseries et tavernes du Québec, l’annonce de la réouverture met fin à une attente interminable. Au bout du fil, le directeur général Renaud Poulin ne cache pas que l’impatience avait gagné ses 1200 membres depuis un bon moment. «On savait qu’on serait dans les derniers (à rouvrir), mais on ne pensait jamais que ce serait aussi long. Dans le pire des scénarios, on pensait pouvoir ouvrir le 1er juin...»

Plusieurs propriétaires de bars, déjà mal en point, éprouveront beaucoup de mal à traverser la crise, croit-il. «Il y en a beaucoup qui vont fermer d’ici le 1er janvier. Les dettes se sont accumulées, et pas sûr que l’argent va continuer à rentrer comme avant.»