Mireille Dion, directrice générale adjointe aux affaires éducatives à la commission scolaire de la Capitale, a expliqué en quoi l’école Cardinal-Roy gagnerait à ne desservir que la clientèle du sport-arts-études.

Fin du programme régulier à Cardinal-Roy: le début d’un «grand pèlerinage»

La commission scolaire de la Capitale entame un «grand pèlerinage» pour faire valoir son projet d’une école entièrement dédiée au programme sport-arts-études à l’école secondaire Cardinal-Roy, qui exclurait les élèves du secteur général et ceux d’adaptation scolaire.

Une première rencontre a eu lieu mercredi soir lors de l’assemblée générale des parents et du conseil d’établissement de Cardinal-Roy, à laquelle une quarantaine de personnes ont assisté. Si plusieurs questions ont été posées, l’heure était avant tout à l’écoute.

Mireille Dion, directrice générale adjointe aux affaires éducatives à la commission scolaire (CS) de la Capitale, a présenté, nombreux chiffres à l’appui, en quoi l’école publique gagnerait à ne desservir que la clientèle du sport-arts-études, qui représente 85 % des élèves inscrits. Pour l’année scolaire 2018-2019, l’école compte 854 élèves sur une capacité fonctionnelle d’accueil de 980. «Déjà à 850-875 élèves, on commence à être à l’étroit», signale Mme Dion. Selon les prévisions de la commission scolaire, la capacité maximale serait atteinte à partir de 2022.

Pour faire davantage de place aux élèves du sport-arts-études — «au-delà de 100 élèves admissibles ont été refusés l’an dernier», note Mme Dion — la CS de la Capitale souhaite «redéployer» les élèves du territoire de Cardinal-­Roy vers d’autres écoles du centre-ville, tel que le révélait Le Soleil dimanche. Ainsi, les élèves des écoles primaires des Berges, Marguerite-­Bourgeoys et Sacré-Cœur poursuivraient leur cheminement général aux écoles secondaires de la Cité (premier cycle), Jean-de-Brébeuf et Vanier, où il y a davantage de capacité d’accueil. Ces écoles comptent aussi des classes en adaptation scolaire, souligne Mireille Dion.

La CS fait valoir le faible nombre d’élèves qui s’inscrivent au «régulier» à Cardinal-Roy, qui offre seulement le premier cycle : pour la rentrée scolaire 2018 en secondaire 1, sept proviennent de l’école Marguerite-Bourgeoys, aucun de Sacré-Coeur, et 16 de l’école des Berges.

Pourquoi ne pas simplement agrandir? a-t-on demandé dans l’assistance. «Les critères du ministère [de l’Éducation] sont très stricts pour permettre un agrandissement, et l’école [Cardinal-Roy] ne les rencontre pas», a répondu Mme Dion.

Préoccupations

Certaines personnes ont fait part de leurs préoccupations quant au redéploiement des élèves. «Au départ, une école publique, c’est fait pour desservir le bassin du secteur», a souligné une dame, qui se questionnait sur l’augmentation du temps de déplacement des jeunes vers les autres écoles. Un jeune homme qui a fait son cheminement en adaptation scolaire a aussi soulevé ce point, signalant que «c’est déjà un fardeau de se rendre à l’école, alors ça ajoute un obstacle si c’est plus loin».

«Vraie consultation»

La péquiste Agnès Maltais, députée sortante dans Taschereau, a souligné l’importance «que les gens d’ici aient accès aux écoles d’ici, à des écoles de proximité». «Il faut être très attentif à ne pas déshabiller un quartier», a-t-elle ajouté, précisant au Soleil s’être fait interpeller sur la question par des citoyens au cours des derniers jours. Elle s’est cependant dite «rassurée» par la «vraie consultation» que met en place la commission scolaire.

Au cours des prochaines semaines, la CS de la Capitale entame un «grand pèlerinage», indique Mireille Dion, qui se rendra d’abord aux assemblées des écoles primaires du bassin de Cardinal-Roy avant une séance publique d’information le 3 octobre à l’école secondaire. Une assemblée publique de consultation aura lieu le 30 octobre, toujours à Cardinal-Roy. Toute personne ou tout organisme souhaitant participer doit adresser une demande avant le 10 octobre auprès du Secrétariat général de la CS de la Capitale.

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DES CITOYENS INQUIETS

Juste avant la rencontre à l’École secondaire Cardinal-Roy, le Comité des citoyennes et des citoyens du quartier Saint-Sauveur (CCCQSS) tenait un souper-discussion à quelques rues de là, où plusieurs parents ont soulevé des questions et manifesté leurs inquiétudes.

«On pensait avoir peut-être huit personnes motivées, mais on est une bonne trentaine ici ce soir», a indiqué Éloïse Gaudreau, animatrice-coordonnatrice du CCCQSS. 

Les citoyens présents — dont plusieurs parents — ont dit s’inquiéter des impacts que la fermeture du secteur régulier à Cardinal-Roy aurait sur le quartier, l’un des plus pauvres de la ville. Certains craignent l’accroissement des inégalités engendré en favorisant des programmes en sport ou en arts, non accessibles à tous, au détriment du cheminement général. 

La rencontre avait aussi pour but de déterminer des actions à entreprendre d’ici les consultations publiques du 30 octobre.