Fin de session forte en émotions à Québec

Pleurs, rires, accolades, mais aussi quelques tirs de boue bien sentis: la dernière journée de la session parlementaire a été forte en émotions à l’Assemblée nationale. Alors qu’environ le quart des députés actuels ont annoncé qu’ils quittaient la politique, plusieurs pourraient aussi perdre leur siège à la lumière des derniers sondages qui laissent entrevoir un brassage majeur des cartes aux élections du 1er octobre. Aperçu des bilans à saveur électorale des différents partis.

PLQ: «L’instabilité économique est à nos portes»

Philippe Couillard a fait de l’économie le thème central de son discours. Pour dire à quel point «le Québec va mieux», mais aussi que cette réussite est fragile. «L’instabilité économique est à nos portes», croit le chef du Parti libéral, en raison de la guerre commerciale qui se dessine entre le Canada et les États-Unis. 

«Nous sommes dans un monde où les alliés d’hier peuvent représenter aujourd’hui une menace pour nos entreprises», croit M. Couillard. Selon lui, seuls les libéraux ont une équipe assez forte pour gouverner dans ce contexte. «Pourquoi prendre un risque? C’est fragile tout ça.»

Si son parti est deuxième dans les sondages, M. Couillard n’a pas voulu le laisser paraître, en ne prononçant pas le nom de François Legault dans son discours. Il a plutôt ressorti le slogan de 2014 et souligné que son gouvernement s’est occupé «des vraies affaires». 

Le premier ministre a l’intention d’être présent sur le terrain cet été, mais pas de faire campagne activement alors que les Québécois sont en vacances. «Les gens veulent pas avoir nécessairement de climat comme ça, d’opposition, d’agressivité, pendant l’été.» Et même à l’automne, M. Couillard se promet de garder un ton posé. «Je vais faire une campagne dans la bonne humeur, je pense que les Québécois aiment ça.»

CAQ: «À la peur, on va opposer l’espoir»

François Legault est persuadé que les libéraux vont essayer de «mener une campagne de peur» l’automne prochain pour lui nuire. 

«Mais à la peur, on va opposer l’espoir», lance-t-il. L’espoir d’un gouvernement intègre, qui fait plus et mieux. 

M. Legault a décidé dans son discours de s’attaquer au règne libéral des 15 dernières années, en soulignant que la «pire décision» de Philippe Couillard a été de couper dans l’aide aux enfants en difficulté dans les écoles. Sa pire tache? «Les scandales et le copinage». 

Le chef de la CAQ a tenté de démontrer qu’il pouvait très bien rivaliser avec Philippe Couillard sur le terrain de l’économie. «Est-ce que vous aimez mieux avoir un premier ministre qui est un docteur, ou un premier ministre qui est un homme d’affaires?», a-t-il questionné. 

La fin de la session de la CAQ a toutefois été assombrie par les révélations faites sur Stéphane Le Bouyonnec, le président du parti et candidat dans La Prairie. Jusqu’à jeudi, il possédait des actions dans une compagnie qui octroyait des prêts à taux usuraires.  

«Pour moi, c’est une erreur», a commenté M. Legault. Mais une erreur qui n’est pas suffisante «pour le mettre dehors du parti.» La CAQ a souvent répété que pour elle, c’était «tolérance zéro» en matière d’intégrité. M. Legault explique toutefois que dans ce cas-ci, il ne s’agit pas de corruption, mais des valeurs du parti. 

PQ: «Soyez patients»

Jean-François Lisée dit qu’il se «fiche» de tirer de l’arrière dans les sondages. Parce que les dernières campagnes électorales, au fédéral par exemple, ont donné à lieu à des revirements spectaculaires. «Soyez patients», répond le chef du Parti québécois aux journalistes qui veulent savoir pourquoi son message ne passe pas. 

Le PQ ne prévoit pas choisir une nouvelle stratégie ou un nouveau message durant la saison estivale. «On ne doit pas changer. On doit rester vrais et authentiques», plaide M. Lisée. 

Le chef reconnaît que toute la saga entourant la leadership de Martine Ouellet au Bloc québécois sur la scène fédérale ce printemps, «ça a pas aidé» son parti et l’option souverainiste. À quel point? «On ne le saura jamais.»

Pour M. Lisée, les électeurs doivent comprendre que le Parti libéral et la Coalition avenir Québec se ressemblent énormément. «On a de la difficulté à distinguer l’original de la copie.» Mais il prédit que «la lune de miel» de François Legault achève et que les électeurs verront que le parti qui s’occupe vraiment de «donner des services aux gens», c’est le PQ. 

QS: «Intéressez-vous à nous!»

Maintenant que les travaux parlementaires — et sa convalescence — sont terminés, la co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé dit qu’elle et ses collègues auront plus de temps pour aller sur le terrain. 

Elle demande aux électeurs de prendre connaissance des idées de QS au cours des prochains mois, afin de constater qu’elles ont du sens. «Intéressez-vous à nous!», lance-t-elle, ajoutant que «Québec solidaire est beaucoup plus que la caricature qui en est faite». 

QS est confiant de faire élire davantage que trois députés lors du prochain mandat. «Nous ne sommes pas que la conscience du parlement», plaide Mme Massé, mais une alternative à «trois partis de l’establishment, davantage intéressés par le pouvoir et prêts à tous compromis».