La famille de la petite Mane Tchoutouo Michelle Solaye a trouvé la force, samedi, de se présenter à l’endroit où s’est produit le tragique accident.

Fillette happée par une déneigeuse: «elle aimait tellement la vie»

«Je suis sûr que Michelle Solaye est bien là où elle est. Je suis sûr que là où elle est, elle a réussi à vaincre tout ce qui était difficile.»

Peluches, lampions et mots de sympathies jonchaient le sol, samedi, à l’endroit où une jeune Camerounaise de 8 ans a perdu la vie 24 heures plus tôt, heurtée par un véhicule de déneigement alors qu’elle rentrait dîner à la maison. 

Au 1685, boulevard Louis-XIV, des proches et des membres de la communauté camerounaise continuaient d’affluer dans l’appartement de la famille Tchoutouo, arrivée au Québec il y a cinq ans. Comme tout au long de la soirée de vendredi, c’était le moment pour la diaspora, qui compte près de 1000 représentants dans la région, de se serrer les coudes, d’offrir du soutien et de partager la peine qui frappe toute la communauté. 

Quelques camarades de classe, un toutou ou une carte entre les mains, se sont aussi présentés sur les lieux du drame pour se recueillir. Entre pleurs et confusion, ces enfants du même âge que la victime auront aussi à faire leur deuil.

Mane Tchoutouo Michelle Solaye devait fêter son 9e anniversaire le 16 décembre. Elle fréquentait l’école du Bourg-Royal et rentrait dîner à la maison tous les jours avec sa grande sœur et des amis. Ses parents ont dû encaisser le choc à distance. Sa maman était au travail, elle qui vient tout juste de lancer sa propre entreprise, et son père à l’Université Laval où il poursuit des études en informatique. 

La famille a trouvé la force, non sans douleur, de sortir de son appartement et de se rassembler à l’endroit où s’est produit le tragique accident. Ils ont même accepté de partager leur souffrance devant les journalistes. «C’est une petite fille qui aimait tellement la vie… Elle aimait la neige», a dit son père, Hypolyte, qui quelques heures auparavant n’arrivait même plus à parler. 

Se montrant fort, le paternel a rendu hommage au «sourire» de sa défunte fille, «le sourire qu’elle aimait tant». «Je suis sûr que là où elle est, elle a réussi à vaincre tout ce qui était difficile. […] Elle part avec un grand sourire, il faut être fier.»

«Des 100 %»

Entouré de ses deux autres filles et de sa conjointe, le papa n’a pu contenir ses émotions plus longtemps en parlant de la jeune disparue. «Elle avait des 100 % à l’école. Elle a eu quatre 100 %, il en manquait un pour recevoir un cadeau de papa. Elle n’aura plus jamais le cinquième 100 %», a-t-il exprimé, avant d’éclater en sanglots. 

La famille a également eu une pensée pour les témoins de l’événement. Selon les dires du père, des amis ont assisté à la scène. «Je souhaite qu’on protège ces enfants», a-t-il affirmé. «Je demande qu’on les aide pour qu’ils oublient rapidement ce qu’ils ont vécu.»

Après avoir pleuré leur fille, les Tchoutouo devront prendre une décision importante pour l’ultime voyage de leur protégée. Il est de tradition africaine, du moins camerounaise, de rapatrier les dépouilles sur les terres natales.

Les différentes associations camerounaises du Canada ont mis sur pied une sorte d’assurance collective propre à leur communauté, appelée «RPN» pour «Retour au pays natal». Les Tchoutouo n’ont tout simplement pas eu le temps d’y penser. «Je n’ai jamais planifié qu’elle puisse être happée comme ça mortellement devant ses amis.»

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CHAUFFEUR «TERRIBLEMENT ÉBRANLÉ»

Le chauffeur du poids lourd qui a heurté mortellement une enfant de 8 ans, vendredi, est dévasté, selon son employeur. «Il est terriblement ébranlé.»

Simon Jourdain, propriétaire du Groupe Essa, qui détient le contrat de déneigement pour les Immeubles HSF, dans Charlesbourg, a passé la journée de vendredi et une partie de la nuit à essayer de joindre son chauffeur.

Victime d’un choc nerveux, ce dernier a passé un bon moment à l’hôpital, en plus de devoir rencontrer des enquêteurs du Service de police de la Ville de Québec. Le déneigeur de 36 ans originaire de la Gaspésie a finalement eu son congé, tard vendredi. Mais ce n’est qu’au petit matin, samedi, qu’il a parlé à son patron.

«Il pleurait sans cesse», a dit Simon Jourdain, contacté par Le Soleil. «On ne sait pas ce qui s’est passé, c’est ça qui est le pire. Il est encore dans l’ignorance. Il m’a dit : "C’est comme un mauvais rêve, mais je me réveille pas."»

Selon M. Jourdain, son employé n’a jamais eu connaissance d’un accident. Ce serait en regardant sur sa caméra de recul qu’il a constaté qu’un corps se trouvait à l’arrière. «Il est sorti pour porter assistance et c’est là qu’il s’est fait dire que c’est lui qui avait causé ça.» C’est là que le choc nerveux a commencé. «Il a perdu la voix.»

Le Groupe Essa, qui compte 175 employés, fera tout pour épauler son employé. M. Jourdain s’est aussi dit solidaire de la famille de la jeune Michelle Solaye. «C’est le cauchemar de tout propriétaire d’entreprise qui opère de l’équipement lourd», a-t-il ajouté. «C’est vraiment malheureux. On donne nos condoléances à la famille. On est mal à l’aise là-dedans. […] On ne sait pas trop ce qu’ils pensent de nous.»

Le chauffeur avait une douzaine d’années d’expérience et travaillait comme déneigeur depuis quatre ans au Groupe Essa.