Un groupe d’Américains est de passage ces jours-ci aux Archives nationales du Québec pour découvrir qui étaient leurs ancêtres et ce qu’était leur vie au quotidien.

Fêtes de la Nouvelle-France: sur les traces de leurs ancêtres

Ils s’appellent Cyr, Duchesneau, Lévesque et ils viennent du Texas, de la Pennsylvanie et de la Floride. Ils font partie d’un groupe d’une quarantaine d’Américains décidés à suivre les traces de leurs ancêtres francophones à travers les rues de Québec.

Voulant profiter du côté folklorique des Fêtes de la Nouvelle-France, ils souhaitent s’imprégner pleinement de la culture francophone. 

Le groupe a fait plusieurs excursions ces derniers jours dans le Vieux-Québec, sur l’île d’Orléans, mais surtout aux Archives nationales pour découvrir non seulement qui étaient leurs ancêtres, mais aussi sur ce qu’était leur vie au quotidien. 

Cette initiative est née grâce à Sandra Goodwin. Venue de la Nouvelle-Angleterre, cette ancienne professeure d’histoire gère le podcast Maple Stars and Stripes consacré à la généalogie des Américains au Canada.

«Nous avions fait un voyage, il y a deux ans, en Nouvelle-Écosse pour suivre les traces de leurs ancêtres acadiens. Cette année, ils ont décidé qu’ils voulaient participer aux activités des Fêtes de la Nouvelle-France pour vivre une expérience hors du commun», a relaté Mme Goodwin, rencontrée aux Archives nationales à l’Université Laval.

La Ville de Québec, par son histoire et ses ressources, offre une occasion unique pour ces gens d’en apprendre plus sur les personnes à qui ils doivent leur nom francophone. Des ressources auxquelles ils n’avaient pas forcément accès aux États-Unis.


« Depuis le début du voyage, je ressens un étrange sentiment de familiarité quand je marche dans les rues de Québec. Je vais à des endroits où je ne suis jamais allé par le passé (...) et pourtant j’ai le sentiment d’avoir été là. »
Robert Cyr, du Maine

Bien que les raisons pour faire ce voyage sont propres à chacun, tous ont la volonté de faire le plein d’anecdotes sur leurs ancêtres. Que ceux-ci aient été de simples villageois, des membres de la royauté ou même des criminels, cela n’a aucune importance.

«Si je peux dire à mes petits enfants que leur ancêtre a traversé l’océan sur un bateau pendant des semaines ou qu’il a contribué à coloniser un territoire et même qu’il a été arrêté, ça rend l’histoire plus intéressante à raconter aux autres», a affirmé Margie Beldin, résidante de l’État de Washington.

Pour sa part, Robert Cyr, provenant du Maine, a l’impression de plonger dans la vie des membres de sa famille.

«Depuis le début du voyage, je ressens un étrange sentiment de familiarité quand je marche dans les rues de Québec. Je vais à des endroits où je ne suis jamais allé par le passé, je vois des choses nouvelles et pourtant j’ai le sentiment d’avoir été là. C’est comme si j’étais  connecté à la mémoire de mes ancêtres et qu’elle influençait ma perception de cette ville», a-t-il ajouté. 

Responsabilité familiale

«Nous avons pour dicton en généalogie que lorsqu’une personne meurt, une bibliothèque brûle, et si on ne prend le temps d’en apprendre plus sur cette personne, toutes les informations la concernant partent en fumée», affirme Sandra Goodwin à propos de la responsabilité de transmettre les connaissances des générations précédentes. 

Cette dernière est attristée de voir la nouvelle génération délaisser son passé. Bien qu’elle ait rencontré beaucoup de jeunes s’intéressant à la généalogie, elle constate que, de manière générale, les jeunes sont peu curieux par rapport à l’histoire de leurs ancêtres.

C’est d’ailleurs ce devoir de préserver la mémoire familiale qui motive ce groupe d’Américains à faire toutes ces recherches.

Ils veulent trouver un moyen de susciter un intérêt généalogique chez leurs descendants pour qu’à leur tour ils puissent transmettre le flambeau de l’histoire de leur famille. 

Mme Goodwin est d’avis que pour savoir où on s’en va dans la vie, il s’avère important de savoir d’abord d’où nous venons. 

«On ne mesure pas l’importance de ce genre de recherches, ainsi que le fait de poser des questions à ces gens, car c’est comme ça qu’on transmet un patrimoine familial. Il faut s’intéresser aux histoires du passé», indique-t-elle. 

Un pôle pour la généalogie  

La démarche de ce groupe d’Américains s’inscrit dans la lignée des intentions du maire de Québec, Régis Labeaume, qui souhaite voir davantage de citoyens s’intéresser à l’héritage francophone en Amérique du Nord.

Le 410e anniversaire de Québec, célébré le 3 juillet, avait d’ailleurs été placé sous le thème de la généalogie. Des circuits historiques avaient été aménagés dans plusieurs quartiers pour dynamiser l’intérêt de la population pour l’histoire de Québec.

Le Réseau des villes francophones et francophiles, fondé en 2015, est une ressource disponible pour faire des voyages ayant pour but de marcher sur les traces de nos aïeuls. 

Les recherches des Américains ont été effectuées majoritairement à la Bibliothèque des Archives nationales du Québec (BANQ), située au pavillon Louis-Jacques-Casault de l’Université Laval, ainsi qu'à la Société de généalogie de Québec.

+

PARTIR ÉTRANGERS, REVENIR COUSINS

L’aventure dans laquelle s’est lancé le groupe a permis à des participants de découvrir qu’ils étaient liés par le sang.

Sandra Goodwin avait organisé non seulement des recherches généalogiques, mais aussi des tests génétiques.

Il s’est avéré que dans ce groupe de 40 Américains, 6 avaient un lien familial, certes éloigné, mais bien réel. Ce fut notamment le cas de Robert et Rich Cyr qui ont découvert que deux de leurs ancêtres étaient des frères.

Blaguant à ce sujet, ils ont confirmé que les deux frères n’ont pas affiché le même respect par rapport aux lois durant leur vie. 

«C’est ce qui est fantastique avec cette expérience! Nous entrons dans le bus avec des étrangers et nous en sortons avec des membres de la famille», affirme Sandra Goodwin.