Pour Webster, le Festival contre le racisme de Québec est aussi nécessaire qu'avant l'attentat à la mosquée de Sainte-Foy. 

Festival contre le racisme: autant nécessaire qu'avant l'attentat, juge Webster

L'attentat de dimanche soir contre des membres de la communauté musulmane réaffirme la nécessité du Festival contre le racisme de Québec, qui aura lieu à la mi-février. C'est l'avis du rappeur originaire de Limoilou, Webster, qui invite chacun à faire un «examen de conscience» après l'horreur qui a secoué la capitale.
Il était «sans mot», empli d'une grande tristesse après avoir appris la nouvelle. «Tout le monde est d'accord» sur le caractère horrible de l'attaque qui a fait six morts au Centre culturel islamique de Québec. Pour le rappeur, qui a lui-même été victime de racisme, ça ne fait aucun doute : «Je pense qu'il faut travailler ensemble pour avoir une société où tout le monde va se sentir inclus, où la diversité va être acceptée.» Le Festival contre le racisme, «c'est un moyen de pouvoir être ensemble à travers de la manifestation culturelle».
L'importance du Festival, dont la programmation regorge de conférences et de spectacles, est égale à ce qu'elle était avant les événements tragiques, défend Webster. «Je le juge nécessaire, tout simplement. Il y a de l'éducation à faire. Ce n'est pas un festival pour pointer le doigt. [...] Je pense qu'il faut juste adresser la situation», a-t-il expliqué. «Traitons-la!» a-t-il dit par ailleurs, rappelant la nécessité de lever le voile sur une réalité qui concerne plusieurs Québécois. 
«À partir du moment où tu ne vis pas dans ce bassin de population, tu n'as aucune idée de quoi tu parles. [...] Pour moi, le problème, c'est que beaucoup de gens essaient de me dire quoi et comment penser», croit celui qui appelle à la responsabilité des médias de ne pas propager des messages de haine.
Certes, il avoue qu'il y a bel et bien du racisme à Québec. Mais la ville de Québec n'est pas raciste pour autant, précise-t-il. «Je pense que ce sont des choses qu'on retrouve partout. On voit beaucoup un repli identitaire en Occident. Ce n'est pas propre à Québec. Je pense que la dynamique de Québec est spéciale. C'est une ville de moyenne taille qui veut être une grande ville, mais qui refuse d'accepter certains aspects de la grande ville» dont la diversité de pensées, de religions et d'ethnies. 
Amalgames à déconstruire
Le rappeur n'aime pas les amalgames et le Festival vise à les déconstruire. «On ne peut pas généraliser. Jamais. On ne peut pas dire "la ville de Québec est comme ça", "les musulmans sont comme ça."»
Que faire après de tels événements? À ses yeux, c'est la population entière qui doit se sentir concernée par l'attaque de dimanche, politiciens et médias compris. «Mon plus grand souhait, c'est que les gens se réveillent. On perçoit une vague de solidarité. Heureusement. Mais l'important, c'est dans six mois : est-ce que les gens vont toujours penser comme ça?» s'est questionné celui qui rappe depuis une vingtaine d'années. «Si chacun fait un pas, chacun met une brique, c'est comme ça que tu construis l'édifice et qu'on a un vrai projet de société.»
Quant au Festival qui s'étend du 16 au 19 février, Webster l'entrevoit comme un exercice éducatif. «Avec la montée de la droite et de l'extrême droite à Québec, avec tous ces groupuscules qui propagent la haine, je pense que c'est important de se tenir et de dire qu'on est contre ces propos-là. [...] Ces gens ont une vision raciste du Québec. Il faut qu'on rentre dans le XXIe siècle, un XXIe siècle pluriel, bigarré.»
Un concert-bénéfice pour les familles de la tuerie
Un concert-bénéfice, au profit des victimes des attentats de Sainte-Foy, est en train de s'organiser. Le chanteur et guitariste des Lost Fingers, Byron Mikaloff, qui est derrière l'initiative, compte bien montrer avec ce spectacle «les couleurs de Québec».
Mardi, à la fin de l'avant-midi, le Québécois d'adoption - il est originaire de la côte ouest canadienne - a lancé un appel à tous, par l'entremise de Facebook. Quatre heures plus tard, Mikaloff avait récolté pas moins d'une centaine de courriels de différentes personnes qui voulaient s'impliquer.
«Je veux faire des collaborations, a-t-il expliqué au Soleil. J'aimerais ça faire rayonner la communauté musulmane et arabe, le type de musique qu'ils aiment, avec des artistes qu'on connaît. Mélanger les saveurs... Et on va donner l'argent aux familles qui ont perdu leur papa...»
Il est bien sûr trop tôt pour dire qui participera à l'aventure ou quand le concert aura lieu, or le musicien espère pouvoir monter quelque chose dans les prochaines semaines. Il dit avoir déjà parlé à des compagnies et à des corporations, en plus d'avoir contacté l'attaché de presse du maire Labeaume, Christian Nolin, qui lui aurait assuré l'appui de la Ville dans ses démarches. Outre le souhait d'amasser des fonds pour les victimes et leurs proches, le souhait du musicien est de véhiculer un message d'harmonie. Il souligne d'ailleurs que la ville a montré ses vraies couleurs, lundi soir, lors de la vigile qui s'est tenue à Sainte-Foy.
«Le message qu'on veut envoyer, c'est qu'on est une communauté forte, qu'on sait se tenir ensemble», ajoute-t-il.
Quiconque veut s'impliquer, d'une façon ou d'une autre, dans le concert que prépare Byron Mikaloff peut manifester son intérêt à l'adresse togetherensembleqc@gmail.com.  Nicolas Houle