Les joutes équestres sont très populaires lors de la Feste médiévale.
Les joutes équestres sont très populaires lors de la Feste médiévale.

Feste médiévale de Saint-Marcellin: gentes dames et messires convergent par milliers

Johanne Fournier
Johanne Fournier
Collaboration spéciale
SAINT-MARCELLIN — Depuis vendredi, gentes dames, messires, paysans et gueux convergent par milliers à Saint-Marcellin, près de Rimouski, pour célébrer la 18e Feste médiévale. Le vaste bourg propose un retour dans le temps de mille ans. L'événement, qui se poursuit jusqu'à dimanche, attire chevaliers, templiers, seigneurs, princesses et paysans, mais aussi de simples curieux provenant de partout pour vivre les us et coutumes du Moyen-Âge.

L'événement est sous la présidence d'honneur d'Isabelle Berrubey. L'autrice médiéviste fait profiter les visiteurs de ses connaissances sur l'époque en donnant des conférences. La municipalité de Saint-Marcellin, qui compte moins de 350 habitants qui revêtent leurs plus beaux atours pour la Feste, multiplie sa population de plus de 20 fois. Le nombre de bénévoles sur le site est presque équivalent à la population de la municipalité située à 30 minutes de Rimouski. D'ailleurs, parmi les bénévoles, le maire Paul-Émile Lévesque joue le rôle du crieur. Son prédécesseur au titre de maire pendant une dizaine d'années, Pierre Côté, incarne le roi Pierre de Cotte depuis 18 ans.

Occupant un territoire de 60 hectares, dans un décor soigneusement reconstitué sous les conseils d'historiens, le village abrite sept camps thématiques : anglo-saxon, celte, écossais, viking, islandais ainsi que les Mamelouks et la Compagnie de Saint-Adrien.

Les trois jours de festivités multiplient les tournois, les joutes équestres, les foires, les combats d'épées à lame vive. Plusieurs spectacles figurent à la programmation: musiciens, danseurs, saltimbanques, jongleurs, cracheurs de feu... «La programmation est de plus en plus riche», mentionne Roland Lavoie, président de l'Association de développement de Saint-Marcellin, qui est responsable de l'organisation de l'événement avec la collaboration de la municipalité. 

Roland Lavoie, appelé Sire Roland, est le président de l'Association de développement de Saint-Marcellin. Le bâtiment principal, la Maison Sire Roland, porte même son nom.

Les visiteurs peuvent aussi assister au tir du trébuchet. Construit par les chevaliers de l’Association médiévale de Québec, il s'agit du plus gros trébuchet en Amérique du Nord. Même le député de Rimouski, Harold LeBel, s'est prêté au tir de cette catapulte géante. 

Le sommet du bourg est une tour de guet de 15 mètres. Un marché des artisans regorge de produits d'inspiration médiévale. Sorcières, tireuses de tarot et diseuses de bonne aventure côtoient marmitons et maîtres coqs. Les talents culinaires de ces derniers culminent lors de la préparation du banquet du seigneur. Les aubergistes suggèrent leurs vins, l'hydromel du Vieux-Moulin de Sainte-Flavie et des cervoises, dont la Hildegarde, brassée spécialement pour l'occasion par la microbrasserie Le Naufrageur de Carleton-sur-Mer. 

La Feste médiévale est née en 2002 du rêve de quelques passionnés. Le village médiéval est ouvert à l'année, notamment pour ses sentiers pédestres, le ski de fond l'hiver et le patinage sur le lac des Fées. Le hameau accueille un millier de jeunes par été pour participer au camp de jour. L'Association de développement de Saint-Marcellin offre aussi des visites guidées et des ateliers destinés aux groupes scolaires. Elle loue également les installations pour des groupes et des mariages. «Chaque année, on ajoute des infrastructures, souligne M. Lavoie. Des maisonnettes ont été construites cette année. On est à développer l'hébergement.»

Selon M. Lavoie qui, pour l'occasion, devient Sire Roland, la Feste médiévale de Saint-Marcellin «est très bien cotée dans le milieu médiéval». «On a des compétiteurs et des vikings d'ici qui sont allés, cette année, en compétition en Pologne», souligne-t-il avec fierté. 

Martin Simard, Vicky Gauthier, Abel Truchon et François Truchon sont des irréductibles de la Feste médiévale de Saint-Marcellin.

Martin Simard est un irréductible de la Feste médiévale. Il y participe, depuis huit à neuf ans, avec Vicky Gauthier et François Truchon, un couple d'amis qui a transmis sa passion pour le Moyen-Âge à son fils Abel. Les quatre festivaliers venus de Matane étaient costumés selon la tradition écossaise. «J'appelle ça une grosse pièce de théâtre à ciel ouvert, lance M. Simard. […] On ne se prend pas trop au sérieux. J'ai toujours aimé ça. On faisait des Grandeurs natures, Vicky et moi, quand on était jeunes. J'ai tout le temps baigné dans ce monde-là. Je continue la coutume. C'est un peu un rituel de venir ici chaque année pour décrocher, boire de la bière, regarder les kiosques et les joutes équestres. On a de vraies joutes équestres avec des professionnels qui s'entraînent à l'année longue.» Martin Simard a un peu le sentiment d'être plongé au coeur du Seigneur des anneaux.

Pour son ami François Truchon, la Feste médiévale souligne la fin des vacances, tout juste avant la rentrée scolaire. «On aime se regrouper avec des amis qu'on voit moins souvent, indique-t-il. C'est aussi pour se déguiser parce qu'on en a moins la chance, même à l'Halloween. C'est une belle façon d'avoir du plaisir!» Âgé de 15 ans, son fils partage le même sentiment. «J'aime venir ici parce que ça me donne une raison de me déguiser et j'aime ça, mentionne Abel, qui participe à l'événement depuis l'âge de 4 ans. […] J'aime ça aussi voir le monde déguisé et l'ambiance.»

«Ça fait vibrer mes racines, mais aussi ma passion pour le médiéval et le fantastique, estime Vicky Gauthier, dont l'arrière-grand-père était Écossais. J'ai toujours eu cette passion-là depuis que je suis toute petite.» C'est d'ailleurs sa passion du Moyen-Âge qui lui a fait connaître Martin Simard, il y a 25 ans. «C'est une tradition à chaque année de se regrouper ici», dit-elle.