L’annonce de la fermeture des restaurants et bars pour pratiquement tout le mois d’octobre constitue un véritable coup de massue pour une industrie déjà fragilisée et mise à mal par plus de six mois de pandémie.
L’annonce de la fermeture des restaurants et bars pour pratiquement tout le mois d’octobre constitue un véritable coup de massue pour une industrie déjà fragilisée et mise à mal par plus de six mois de pandémie.

Fermeture en zone rouge: les restaurateurs de Québec sous le choc

Normand Provencher
Normand Provencher
Le Soleil
L’annonce de la fermeture des restaurants et bars pour pratiquement tout le mois d’octobre constitue un véritable coup de massue pour une industrie déjà fragilisée et mise à mal par plus de six mois de pandémie. Au final, les prochains mois risquent de sonner le glas de plusieurs établissements, estime-t-on.

«C’est dramatique, je ne sais pas où on s’en va. J’espère que ce sera seulement 28 jours. On va croiser les doigts et prier un petit peu», glisse à l’autre bout du fil le copropriétaire du resto bar Le Graffiti, sur l’avenue Cartier, Henry Coindé.

En raison de cette nouvelle fermeture, c’est une trentaine d’employés que M. Coindé devra mettre à pied. Le prêt à emporter est un pis-aller, selon lui, qui n’est «pas suffisant» pour permettre de faire ses frais.

Déjà, lorsque la région de la Capitale-Nationale a basculé en zone orange, ses clients se sont montrés craintifs à l’idée de s’offrir un repas au restaurant. «Quand je regarde les chiffres, on a chuté de plus de 75 %, déplore-t-il. C’est catastrophique.» Les clients «ont peur», ajoute-t-il, même si toutes les précautions sanitaires ont été appliquées dans son restaurant.

Quand il regarde plus loin, le restaurateur ne nourrit pas un optimisme débridé. Habituellement un «très très gros mois», décembre s’annonce des plus tranquilles en raison de l’annulation des partys de Noël. «Qu’est-ce que ça va être quand on va arriver en janvier et février?» demande-t-il, ajoutant que «le coup de grâce» risque de survenir pour plusieurs restaurants.

En attendant, M. Coindé espère sauver les meubles grâce au prêt à emporter. Les mets seront préparés dans les deux autres commerces alimentaires qu’il possède dans les Halles Petit Quartier.

Sous le choc

Le copropriétaire du Faks, sur l’avenue Maguire, se dit lui aussi «sous le choc». Jean-Denis Garneau avoue ne pas comprendre la décision du gouvernement Legault d’obliger les restaurateurs à mettre la clé sous la porte, d’autant plus que tout a été déployé dans son établissement pour assurer la sécurité des clients et du personnel.

«J’ai de la misère à croire qu’on va pouvoir rouvrir après 28 jours. Si on laisse tout ouvert partout ailleurs, comme les coiffeurs et les masseurs, je ne pense pas que ça puisse s’améliorer.»

Jean-Denis Garneau n’a pas le choix de mettre à pied une dizaine d’employés. Seul un chef officiera aux cuisines afin d’offrir le prêt à emporter, comme c’était le cas pendant le confinement printanier. «Ce n’est pas rentable, mais on va quand même l’offrir quatre soirs par semaine. C’est mieux que rien du tout.»

Une journée à la fois

À l’Association Restauration Québec, le vice-président aux affaires publiques et gouvernementales, François Meunier, ne cache pas non plus son désarroi face à ce nouveau coup dur. «On est vraiment sous le choc, glisse-t-il au Soleil. Comme si (les restaurateurs) étaient utilisés pour passer un message à la population, que la partie de plaisir était terminée, que vous pouviez rentrez chez vous».

M. Meunier estime que ce mois de fermeture risque de faire très mal à plusieurs de ses membres. «Beaucoup de monde ne passera pas à travers. Pour nous, 28 jours, c’est plus que 28 jours. Il va probablement falloir faire une croix sur les mois de novembre et décembre. Janvier et février, on n’en parle même pas...»

La frustration des restaurateurs est d’autant plus grande que plusieurs ont dépensé des milliers de dollars pour se conformer aux normes sanitaires de la Santé publique. Avec un résultat concluant puisqu’il n’y a pas eu d’éclosion de COVID-19 dans le milieu de la restauration. En outre, les inspections menées dans le cadre de l’opération OSCAR n’ont pas permis de mettre à jour de quelconque lacune.

Les aides gouvernementales annoncées par le premier ministre Legault seront plus que bienvenues, mentionne M. Meunier, mais encore faut-il qu’elles soient au rendez-vous. «Ça fait six mois qu’on en réclame un et personne ne nous a encore rien offert. (…) Va falloir qu’on commence à parler bientôt d’économie»

«Il faut vivre une journée à la fois. Ne pas faire de prévisions et aborder chaque journée qui débute du mieux qu’on peut en essayant de minimiser nos pertes» conclut, philosophe, Henry Coindé.