Le Canada figure parmi 18 pays qui accueillent actuellement les transgenres dans les rangs de leur armée, incluant Israël, l'Australie, le Royaume-Uni et l'Allemagne.

Exclusion des trans de l'armée américaine: «C'est de la transphobie»

«Après, ça va être quoi la prochaine étape?» Au bout du fil, la vice-présidente de l'Aide aux trans du Québec, Mélyssa Legault, qui a elle-même servi dans les Forces armées canadiennes, peine encore à trouver le mot juste pour qualifier la décision de Donald Trump d'exclure les personnes trans de l'armée américaine.
«On enlève les transgenres et après, ce sera les gais, les lesbiennes?» interroge-t-elle, ne cachant pas son inquiétude pour la suite. «C'est très négatif, ça n'a juste pas de bon sens, c'est incroyable», lance celle qui a oeuvré au sein des forces militaires de 1991 à 2006, entre autres comme technicienne de véhicules et blindés. 
Le président américain a annoncé la semaine dernière, dans un de ses traditionnels tweets, son intention d'interdire les personnes transgenres «à servir dans une quelconque capacité dans l'armée américaine» évoquant les coûts médicaux «énormes» et les «perturbations» qu'ils entraînent. Un faux prétexte, croit Mme Legault. «C'est de la transphobie», dit-elle. 
«C'est certain que les personnes trans [aux États-Unis] se sentent extrêmement vulnérables présentement. Elles se sentent démolies, rejetées. Déjà que c'est difficile d'être transsexuel dans l'armée américaine. Moi, je leur lève mon chapeau, je ne le ferais même pas moi-même», salue celle qui a amorcé sa transition en 2010. 
«Un univers difficile»
Bien qu'elle consente «qu'il y a une grosse évolution pour l'acceptation», Mélyssa Legault, qui a quitté les rangs pour des raisons médicales, soutient que l'univers militaire en général est «plus difficile» pour les homosexuels ou les personnes transgenres, notamment en raison de son caractère «de petite famille tissée serré». 
«Dans l'armée, on est comme une petite famille, tout le monde connaît tout le monde et moindrement que tu as un détail qui ressort, tout le monde est au courant. Pour une personne trans, les conditions, ça paraît physiquement. D'affronter tout ça [...] il y en a qui doivent changer complètement de base ou de province», prétend-elle. 
Mme Legault craint que les visées du président américain n'influencent d'autres chefs d'État ailleurs dans le monde, mais elle se sent à l'abri de telles mesures au Canada. Au lendemain de la sortie de Donald Trump, Ottawa a d'ailleurs réitéré sa politique d'ouverture à l'égard des militaires transgenres. 
«Justin Trudeau fait avancer nos droits d'une façon drastique, beaucoup plus rapide et complète, comme jamais», affirme-t-elle. Les personnes transgenres sont libres de servir dans l'armée canadienne depuis 1992. Aux États-Unis, l'administration Obama avait promis l'intégration de recrues transgenres à compter du 1er juillet 2017. 
Depuis la sortie controversée du président Trump, le commandant des garde-côtes des États-Unis, Paul Zukunft, a affirmé qu'il ne «romprait pas le contrat de confiance» qui le lie à son personnel transgenre. Le Pentagone a affirmé qu'il produirait une politique révisée en matière d'intégration des personnes transgenres dans l'armée. 
Le Canada figure parmi 18 pays qui accueillent actuellement les transgenres dans les rangs de leur armée, incluant Israël, l'Australie, le Royaume-Uni et l'Allemagne. Selon le ministère de la Défense américain, il y aurait de 2500 à 7000 personnes transgenres sur les 1,3 million de militaires en activité. Avec La Presse canadienne