Dimanche, le roi Philippe a finalement sanctionné la loi légalisant l'euthanasie des enfants. Le cadre légal est bien sûr contraignant : seuls les mineurs faisant face à des souffrances insupportables et inapaisables, en phase terminale, seront considérés. L'accord parental est essentiel.

Euthanasie de mineurs: le monde rivé sur la Belgique

La Belgique fait les manchettes partout sur la planète ces jours-ci en raison d'une loi délicate et controversée : l'euthanasie des mineurs en fin de vie. La société belge fait preuve d'une «maturité» exceptionnelle et est fière d'avoir mené ce débat, assure le doyen de la Faculté des sciences sociales et politiques de l'Université libre de Bruxelles, Jean-Michel De Waele.
Dimanche, le roi Philippe a finalement sanctionné la loi légalisant l'euthanasie des enfants. Le cadre légal est bien sûr contraignant : seuls les mineurs faisant face à des souffrances insupportables et inapaisables, en phase terminale, seront considérés. L'accord parental est essentiel.
La Belgique est ainsi devenue le premier pays au monde à étendre la légalisation de l'euthanasie aux plus jeunes.
Alors que le Québec n'a toujours pas complété ses travaux parlementaires concernant l'euthanasie des adultes, la Belgique renforce son statut de référence. «Je dois constater qu'on est, avec les Pays-Bas, peut-être, encore plus en avance. Un des pays les plus en pointe sur ces questions», avance au Soleil Jean-Michel De Waele, de passage à Québec.
Le chercheur universitaire est fasciné de voir à quel point la loi n'a pas causé d'émoi dans ce petit pays d'Europe. «Je pense que nous sommes une société très libérale. Après le mariage homosexuel, l'adoption d'enfants par des homosexuels, l'euthanasie a fait l'objet d'un très beau débat», indique-t-il.
Il se permet d'ailleurs une petite pointe envers les Français, aux prises avec des manifestations conservatrices morales depuis quelques mois. «Notre débat a été très serein. Et quand je vois ce qui se passe en France, avec cette espèce d'hystérie... Nous, on regarde la France en se disant : ce sont des sauvages, ils vivent au Moyen-Âge, c'est pas possible...»
«Société très mûre»
La société belge n'a pas connu de manifestation monstre ou de discours enflammé devant la possibilité de permettre l'euthanasie des mineurs sous conditions. «C'est passé sans difficultés. Il y a eu des tentatives de mobilisation, mais elles n'ont eu aucun succès. C'est une société très mûre à ce niveau-là.»
Et ces fleurs proviennent d'un intellectuel réputé pour juger sévèrement tous les politiciens de sa nation. «Je suis souvent fâché contre la classe politique belge, que je ne trouve pas toujours de grande qualité. Mais sur cette question sociétale là, je suis agréablement surpris de la remarquable maturité», souligne le doyen de la Faculté des sciences sociales et politiques.
Le secret de cette belle sérénité? La partisanerie politique - pourtant omniprésente dans une Belgique divisée et souvent en crise - a été laissée de côté pour ce débat éminemment sensible. «C'est pas possible de politiser un débat comme ça», plaide Jean-Michel De Waele. «D'ailleurs, les partis ont décidé de laisser la liberté de vote à chacun des députés.»
Selon les sondages, près des trois quarts des Belges appuieraient l'extension aux mineurs du cadre légal de l'euthanasie. «Mais il y a beaucoup de garde-fous, aussi», conclut le chercheur universitaire.