Le jeune inventeur Étienne Beauclair, qui a adapté le jeu Battleship pour les non-voyants, et sa mère Ginette Gagnon.

Étienne Beauclair, le rêve ultime d'un jeune génie

«Je ne serai pas là pour bien longtemps. Je vis au jour le jour. Je ne regarde jamais hier ni demain, mais juste aujourd'hui.» C'est Étienne Beauclair, 19 ans, de Rimouski, qui parle devant une cinquantaine de personnes attentives, venues assister au lancement d'un jeu qu'il a adapté pour les non-voyants.
L'émotion était vive, jeudi, au Musée régional de Rimouski, pour ce lancement organisé par l'Institut Nazareth et Louis-Braille. Étienne est atteint d'un cancer incurable du cerveau. Il tenait à cet événement, à cette présentation d'un jeu, une adaptation de la bataille navale, ou Battleship. Ce jeu, mis au point par Étienne, utilise des autocollants embossés en braille et en gros caractères pour permettre aux non-voyants de s'amuser avec le jeu constitué de deux planches d'une dimension plus grande que le jeu original.
«Merci de tout mon coeur pour toute l'aide qui m'a été apportée», a dit le jeune inventeur, qui livre une dernière bataille contre la maladie. Ses traitements ne répondent plus. Il ne lui reste plus que quelques semaines à vivre et il le sait. Son rêve ultime était de lancer, avant de mourir, son jeu adapté pour les non-voyants. C'est ce qu'il a fait jeudi.
Étienne Beauclair est connu à Rimouski. C'est un médaillé d'argent, catégorie conception, de l'Expo-sciences pancanadienne de Toronto en 2011.
«Je fais ce que je peux faire dans une journée. Je suis content, ému et ravi. Content de ce jeu, et je travaille d'ailleurs sur un autre jeu», a confié le jeune homme, serein, mais visiblement fatigué au terme d'une heure d'interventions publiques.
«Au début de ma maladie, j'étais révolté, a confié Étienne. Maintenant, non. Qu'est-ce que je peux faire? Rien. Je ne peux rien faire [...] Moi, je n'ai pas peur de mourir, mais de perdre ceux que j'aime», a dit le jeune homme à une foule très attentive.
Une bourse de 15 000 $ portera désormais son nom. Créée par la Banque Nationale, cette bourse sera offerte à une personne vivant une déficience visuelle qui a un projet créatif et entrepreneur.
Aveugle depuis cinq ans
Étienne a perdu la vue il y a cinq ans. Sa mère, Brigitte Gagnon, en congé de travail depuis deux ans, traverse cette dure épreuve avec son conjoint Jacques Beauclair. «Il y a eu un premier cancer et une rémission. Le cancer est revenu. Maintenant les jours d'Étienne sont comptés. Il n'y a pas de miracle. C'est un jour à la fois et l'amour d'une famille. Étienne, qui a toujours été serein avec sa maladie, est tellement charismatique. Des fois, c'est lui qui nous remontait. On n'a pas le choix de sortir de ce combat la tête haute. Il nous a transmis le goût de vivre. Juste pour sa mémoire, je sais qu'on pourra passer à travers...»
La Dre Diane Vachon a créé un silence magique au cours de cette émouvante rencontre en citant Le Petit Prince de Saint-Exupéry, ce Petit Prince «qui ne voit bien qu'avec le coeur». «Tu as, Étienne, la générosité de créer un jeu alors que tu te bats contre la perte de ta vue et de ta santé», a dit Mme Vachon.
Son professeur et mentor Daniel Carré, enseignant à la polyvalente Paul-Hubert de Rimouski, a rendu un hommage très personnel à un élève brillant devenu entrepreneur. «Je me suis promis de ne pas pleurer. [...] Peu importe ce que l'avenir va nous réserver, j'ai l'idée de poursuivre le développement de jeux pour non-voyants avec les jeunes du groupe de sciences qui sera un moyen pour nous autofinancer. Tu occupes une place super grosse dans mon coeur», a affirmé M. Carré. Un moment touchant pour tous.