Et puis, cette COVID? L'état des connaissances sur le virus

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
Alors finalement, il se transmet par gouttelettes ou par aérosols, le nouveau coronavirus? Est-il aussi bénin pour les enfants qu’on le croyait au printemps dernier? S’en prend-il au système respiratoire ou est-ce qu’il s’attaque surtout aux vaisseaux sanguins, comme on l’a entendu souvent?

Depuis le printemps dernier, les connaissances au sujet de la COVID-19 ont progressé à toute vitesse, au point de semer parfois une certaine confusion. Et c’était largement inévitable puisqu’il s’agit d’un pathogène encore tout nouveau, que les labos du monde entier n’ont même pas eu un an encore pour étudier.

Alors même si la science autour de cette maladie est encore appelée à changer à bien des égards, Le Soleil a jugé bon de faire le point sur quelques-unes des principales questions qui ont été débattues en public, histoire de résumer les meilleures connaissances disponibles présentement.

Surfaces, gouttelettes, aérosols…

Vous vous souvenez du printemps dernier, quand tout le monde lavait minutieusement son épicerie? C’était il y a longtemps…

Au début de la pandémie, on avait présumé (à partir de ce qu’on connaissait sur d’autres virus) que le contact de surfaces contaminées pouvait être une voie importante de contagion. En outre, une étude parue à la mi-mars dans le prestigieux New England Journal of Medicine avait conclu que le virus pouvait survivre pendant plusieurs jours à l’air libre. Alors pas de chance à prendre.

Mais voilà, cette étude et d’autres du même genre ont fini par être critiquées parce que les quantités de virus qu’elles observaient étaient énormes, donc pas du tout représentatives de la «vraie vie», où les gouttelettes infectées contiennent beaucoup moins de virus. Cela ne veut pas dire qu’il est impossible de s’infecter en touchant une surface récemment contaminée — c’est tout à fait possible —, mais c’est maintenant considéré comme une mode de transmission assez secondaire. La voie principale, indique désormais la santé publique américaine (CDC), ce sont les gouttelettes parfois microscopiques que l’on respire.

Aujourd’hui, le débat porte plus sur la question de savoir si les aérosols, soit des particules d’un diamètre inférieur à 5 microns (5µ, ou si l’on préfère, 5 millièmes de millimètre) sont une voie de contagion importante. Au début de la pandémie, on présumait que ce n’était presque jamais le cas, mais des éclosions massives survenues dans des chorales et des restaurants font maintenant croire à certains experts que les aérosols sont la voie principale de transmission — mais ça reste assez controversé.

Et c’est même un débat qui est en partie artificiel, déplore la spécialiste des aérosols de l’Université Laval Caroline Duchaine. «Les gens ont dit : en bas de 5µ, c’est des aérosols, et tout ce qu’il y a au-dessus, ce sont des gouttelettes, alors qu’en fait, c’est un continuum. Mon équipe et moi avons un article à paraître où on montre qu’à 10 ou 20µ, la particule reste dans l’air assez longtemps pour être respirée.»

Quoi qu’il en soit, estime-t-elle, «il est fort probable que ça se transmet par l’air, mais la preuve finale risque d’être très difficile à faire». Une histoire à suivre, donc…

Infection respiratoire ou circulatoire?

Au départ, on a cru que la COVID-19 était une infection purement respiratoire. Après tout, c’était une vague de pneumonies dans la ville chinoise de Wuhan, en décembre, qui avait mené à sa découverte.

Mais en avril, une étude est parue dans la revue médicale The Lancet prouvant que le virus était capable d’infecter les cellules des vaisseaux sanguins : le récepteur à la surface des cellules auquel s’accroche le coronavirus, nommé ACE2, est très présent dans le nez, mais on le trouve également dans le système circulatoire. Et avec les caillots de sang qui se multipliaient chez bien des patients hospitalisés, certains se sont dit qu’on avait peut-être affaire à un virus principalement sanguin — thèse qui a connu un grand écho médiatique.

Il s’est révélé que ce n’était pas tout à fait vrai, dit le Dr Gaston De Serre, épidémiologiste à l’Institut national de santé publique : «C’est un virus principalement respiratoire, assure-t-il. Mais comme plusieurs autres microbes, le fait qu’il ait un lieu de prédilection ne veut pas dire qu’il ne peut pas aller ailleurs.» Le virus de la COVID-19 le fait d’ailleurs assez souvent, notamment dans l’appareil circulatoire et dans le système nerveux, mais cela ne veut pas dire que c’est toujours grave, poursuit-il, mentionnant que les deux tiers des patients symptomatiques perdent l’odorat ou le goût (qui se trouvent hors du système respiratoire), généralement sans d’autres conséquences.

«Un point important à souligner là-dessus, ajoute le Dr De Serres, c’est que de découvrir où le virus était capable d’aller nous a permis d’améliorer grandement les soins depuis le début de la pandémie. On n’a toujours pas d’antiviral efficace, mais il y a un paquet de choses qu’on fait maintenant pour aider qu’on ne faisait pas au début de la pandémie.»

Tout indique que les enfants sont relativement immunisés à la COVID-19.

Et les enfants, ça va?

Il est apparu dès les premières semaines de la pandémie que les enfants semblaient relativement immunisés à la COVID-19, qu’ils étaient moins souvent infectés que les adultes et que la maladie était en moyenne moins sévère chez eux. Mais est-ce que cette impression initiale a été confirmée par les données?

Tout indique que oui, dans l’ensemble. Les moins de 18 ans sont beaucoup moins souvent hospitalisés pour la COVID-19 que les adultes : une étude américaine  a compté 8 hospitalisations par 100 000 enfants aux États-Unis entre mars et juillet, un taux qui était très, très en dessous de celui des adultes (165 par 100 000). Et même quand ils se rendent à l’hôpital, ils en décèdent beaucoup plus rarement. Une étude anglaise publiée à la fin d’août dans le British Medical Journal a trouvé que sur 627 enfants et adolescents hospitalisés pour la COVID en Grande-Bretagne de janvier à juillet dernier, seulement 6 (ou 1 %) en sont décédés, et tous avaient de lourdes conditions médicales par ailleurs. Ce taux de mortalité par hospitalisation est de loin inférieur à la moyenne britannique (27 %).

Les enfants ne sont donc pas «immunisés», et certains d’entre eux peuvent avoir des vulnérabilités qui leur font faire des complications très graves, voire mortelles. En outre, ajoute Nathalie Grandvaux, chercheuse en virologie à l’Université de Montréal, «ce qu’on observe quand même chez certains enfants, c’est un syndrome inflammatoire à long terme. Leur proportion n’est pas connue, mais ces enfants-là vont garder des séquelles de l’infection. C’est très étudié présentement».

Mais dans l’ensemble, oui, les enfants sont relativement épargnés par la COVID-19.

Les asthmatiques pas plus à risque, mais…

En général, les gens qui font de l’asthme sont plus durement touchés par les infections pulmonaires. C’est le cas avec la grippe, en tout cas. Dès le début de la pandémie, on a donc soupçonné que la COVID-19 leur ferait faire plus de complications que les autres, mais on s’est vite ravisé — dès avril, les spécialistes disaient que finalement, ils ne semblaient pas plus vulnérables que la moyenne des ours. Or en date du 11 septembre, le CDC considérait toujours l’asthme «modéré à sévère» comme un facteur de risque «potentiel». Alors qu’en est-il?

«Il y a une méta-analyse [qui regroupe les données de plusieurs études] qui a été publiée ­là-dessus récemment, et sa conclusion, c’est qu’il n’y a pas plus de mortalité chez les asthmatiques, dit Mme Grandvaux. Par contre, l’article n’avait pas assez de données pour conclure sur la morbidité [complications ne causant pas la mort]. 

«La nuance que j’ajouterais à ça, poursuit-elle, c’est que beaucoup de patients qui font un asthme sévère se sont mis en isolement dès le début, j’en connais même qui n’en sont toujours pas sortis. Alors si ceux qui se savaient vulnérables se sont protégés plus que les autres, ça peut nous empêcher de voir le surplus de risque.»

À suivre ça aussi, donc.

Existait-il des immunités préexistantes?

Quand la COVID-19 est apparue, pratiquement tout le monde considérait que la population mondiale était totalement «naïve», c’est-à-dire que personne n’avait la moindre immunité — ce qui semblait logique puisque le virus était entièrement nouveau.

Mais depuis, quelques études ont trouvé qu’entre 20 et 50 % des gens qui n’ont jamais été exposés au nouveau coronavirus possèdent malgré tout un certain degré d’immunité c’est-à-dire une sorte de «mémoire immunitaire». Certains ont même avancé l’hypothèse que cette immunité préexistante, dont on ignore encore l’origine, pourrait peut-être expliquer pourquoi la première vague de COVID-19 a fini par reculer même dans des pays comme la Suède, où le confinement n’a pas été aussi complet qu’ailleurs.

Or cela reste assez spéculatif pour l’instant. «Il est possible que les coronavirus saisonniers [il en existe quatre qui circulent depuis très longtemps chez l’humain et qui ne donnent que des rhumes] donnent une certaine immunité à la COVID-19, mais ce n’est pas encore clair, dit le Dr De Serres. […] Et si c’est effectivement le cas, alors on peut imaginer que dans certains pays où le bon type de coronavirus saisonnier aurait circulé au bon moment, il pourrait y avoir un certain niveau d’immunité, mais ça semble improbable parce que l’immunité à ces coronavirus-là ne dure que quatre mois environ.»

Il semble acquis que certaines personnes avaient une immunité préexistante, «mais est-ce que c’est fréquent? Cette question-là est encore débattue», résume-t-il.