Les projections d'achalandage à l'aéroport de Québec justifiant la plus récente vague de travaux (225 millions $ d'ici 2015) sont trop optimistes, selon les auteurs d'une étude sur la gouvernance des aéroports canadiens dévoilée lundi.

Envolée contre la gestion des aéroports canadiens

Les aéroports canadiens, corporations privées gérant des biens publics, doivent rendre des comptes sur leurs projets d'agrandissement et l'augmentation des frais d'amélioration aéroportuaire (FAA), estime l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques (IGOPP). Les conseils d'administration doivent aussi être resserrés.
L'IGOPP a dévoilé lundi une étude sur la gouvernance des aéroports canadiens. Les auteurs, Jacques Roy, professeur à HEC Montréal et spécialiste des transports, et Michel Nadeau, directeur général de l'IGOPP, constatent que «le conseil d'administration et la direction des aéroports n'ont pas vraiment de comptes à rendre ni d'autorisation à demander à qui que ce soit quand vient le temps d'investir dans leurs installations et d'augmenter les frais».
Considérant que «les aéroports sont des biens publics et leur gestion doit être transparente et rigoureuse», les deux hommes suggèrent la création d'un comité de révision stratégique. Comme son nom l'indique, ce comité composé d'experts indépendants réviserait les décisions d'investissement des dirigeants d'un aéroport et les hausses tarifaires. Les analyses sur la nécessité, la rentabilité et les retombées des projets seraient diffusées pour consultation et surtout compréhension par le grand public.
«Ça me préoccupe de voir que ces gestionnaires d'aéroports se lancent dans des projets avec des études qui ne sont pas rendues publiques et nous, on est obligés de les croire et de faire l'hypothèse que c'est justifié», résume Jacques Roy en entrevue téléphonique au Soleil, lui qui considère les administrations portuaires mieux encadrées par la législation.
Le cas de l'aéroport de Québec, qui facture aux passagers des FAA parmi les plus élevés au pays, est soulevé dans l'étude. Les auteurs qualifient d'optimistes les projections d'achalandage justifiant la plus récente vague de travaux (225 millions $ d'ici 2015).
«Si la tendance récente semble donner raison à l'optimisme des dirigeants de l'aéroport de Québec, la tendance historique devrait inciter à plus de prudence. En effet, entre 1995 et 2005, l'augmentation moyenne annuelle de l'achalandage n'a été que de 1,67 % à Québec», rappellent-ils.
L'IGOPP propose au gouvernement fédéral, qui a cédé les principaux aéroports du pays au secteur privé dans les années 90, de monnayer toute nouvelle reddition de comptes contre une baisse de loyer. Les aéroports se plaignent en effet que la facture augmente en fonction de leurs revenus et considèrent qu'il s'agit d'un frein à leur croissance. Comme une hypothèque, la nouvelle formule permettrait de s'affranchir éventuellement du fédéral.
Si Ottawa ne veut pas s'impliquer, les auteurs proposent de vendre «à un prix raisonnable» les aéroports à des organismes provinciaux ou régionaux, qui eux demanderaient des comptes et s'assureraient que les installations collent aux besoins de la région.
Conseils d'administration
L'IGOPP insiste aussi sur l'importance de resserrer les nominations aux conseils d'administration des aéroports. À certains endroits, ceux-ci ressemblent «à des clubs privés de terrains de golf», souligne Jacques Roy. Plutôt que de laisser les conseils d'administration désigner eux-mêmes leurs recrues, les candidatures pourraient être soumises au propriétaire des installations, que ce soit le fédéral ou un autre palier de gouvernement, à partir de critères de compétence prédéterminés. Le président du C. A. serait choisi par l'élu responsable de la supervision de l'aéroport.
Si des organismes ont déjà le pouvoir de proposer des candidats, comme c'est le cas à Québec, où les villes et les chambres de commerce de Québec et de Lévis ainsi que les gouvernements fédéral et provincial soumettent leur choix, les auteurs croient qu'il faut clarifier l'imputabilité. S'il apparaît normal que les membres du C. A. informent et représentent l'organisme dont ils relèvent, dit M. Roy, ils doivent demeurer indépendants, travailler pour le bien de l'organisation et non défendre des intérêts particuliers.