La quantité de déchets produite annuellement par la famille de Béa Johnson se limite à un demi-litre.

Zéro déchet: le b.a.-ba de Béa

Il y a une dizaine années, Béa Johnson vivait à fond de train le rêve américain. Installée en banlieue de San Francisco avec son mari et ses deux garçons, elle possédait une villa, plusieurs voitures et se souciait peu de ce qu'elle jetait aux ordures. Aujourd'hui, sa vie est radicalement différente. Exit l'insouciance environnementale et l'hyperconsommation, la mère de famille est devenue la papesse d'une démarche anti-gaspillage qui fait boule de neige sur la planète.
Alors que chaque Québécois envoie à l'enfouissement ou à l'incinérateur quelque 700 kg de déchets par année, la petite famille de Mme Johnson se limite à... un maigre demi-litre. Les ordures produites par la famille Johnson tiennent dans un bocal.
La recette? Appliquer aussi souvent que possible les cinq règles du concept zéro Déchet : refuser, réduire, réutiliser, recycler et composter. «Moins on consomme, moins on recycle.»
«De mon ancienne vie, il ne me manque rien, c'est tout le contraire. Jamais je ne retournerais en arrière», confie en entrevue au Soleil la Française originaire d'Avignon, à quelques jours d'une conférence qu'elle prononcera à Québec cette semaine, où elle partagera avec le public son «épiphanie» avec «beaucoup d'humour».
Économies de 40 %
Depuis la parution d'un article dans le New York Times, en 2010, Béa Johnson n'a eu de cesse d'attirer les projecteurs. Son mode de vie minimaliste, véritable pied de nez à la société de consommation, lui a valu la consécration. Son livre Zéro Déchet a été traduit dans une douzaine de langues. Même succès pour son blogue Zero Waste Home, consulté plus de 10 millions de fois.
Au fil des ans, Béa Johnson a réussi à diminuer au minimum ses déchets en achetant presque tous ses aliments en vrac, en supprimant les produits inutiles et superflus, en simplifiant sa garde-robe au maximum - mesdames prenez note, parmi ses rares vêtements, elle ne possède que deux robes et six paires de chaussures... -, en fabriquant son propre mascara et ses produits de beauté (terminées les conjonctivites à répétition) et en achetant seulement des objets d'occasion.
Au final, explique-t-elle, il en résulte des économies de 40%, ce qui a permis l'achat de panneaux solaires et d'un système pour recycler l'eau de pluie. Sans oublier plusieurs sorties et expéditions en famille.
«Les gens croient que ça coûte cher d'appliquer mes principes. Mon mari Scott (un conseiller en développement durable), le premier, était sceptique, mais lui qui aime les chiffres s'est aperçu rapidement de tout l'argent économisé.»
Réactions agressives
La femme de 43 ans avoue que son style de vie peut ne pas convenir à tout le monde. «À chacun de choisir le système qui fonctionne pour lui.» Pas plus qu'elle ne s'offusque des critiques à son endroit. Ils sont plusieurs à lui reprocher de contribuer, par ses nombreux voyages promotionnels en avion, à la production de gaz à effet de serre. «C'est une façon de rejoindre de nouveaux auditoires, de diffuser ce mode de vie encore plus loin.»
Les réactions «les plus fortes» viennent de certains végétaliens qui n'acceptent pas de la voir continuer à manger de la viande (deux fois par semaine, dit-elle), porter du cuir et de la soie. «Les réactions sont extrêmement agressives. Je reçois du courrier menaçant.»
Les pays francophones, davantage que les pays anglo-saxons, ont adhéré à son concept, explique Mme Johnson. «Il y a un engouement au Québec pour le mode de vie zéro déchet. Huit magasins en vrac, rien qu'à Montréal, ont ouvert depuis la parution de mon livre.»
Échecs et concessions
Béa Johnson a beau avoir épousé le mode de vie zéro déchet, il n'en reste pas moins qu'elle a dû faire quelques concessions et vécu quelques échecs sur des choses essentielles de la vie. Le papier de toilette, par exemple. La mousse ramassée dans les bois n'a finalement pas donné les résultats attendus. «On m'a dit qu'on pouvait s'en passer, que la moitié de la planète utilise un seau d'eau et ses mains, mais nous sommes revenus à du papier de toilette 100 % recyclé, emballé dans du papier, qu'on achète en grande quantité.» De la même façon, la fabrication de son propre beurre et lait de soya n'a «pas été durable à long terme», tout comme l'utilisation de bicarbonate de soude et de vinaigre de cidre pour se laver et rincer les cheveux. «J'ai les cheveux gras, alors je commençais à ressembler à une hippie...» 
Les cinq règles du mode de vie zéro déchet
• Refuser
• Réduire
• Réutiliser
• Recycler
• Composter
Vous voulez y aller?
Quoi : Conférence de Béa Johnson
: Le Cercle (228, Saint-Joseph)
Quand : le jeudi 20 avril, 20h
Billets : 20$ à la porte (tous les billets disponibles en ligne ont été vendus)