Les humains produisent chaque année de grandes quantités de plastique, mais l’idée d’un «continent de plastique» est une énorme exagération.

Y a-t-il de belles plages sur le «continent de plastique»?

C’est un grand classique des réseaux sociaux : à tout bout de champ, une de nos connaissances partage des images-choc du fameux «continent de plastique», parfois appelé «île de plastique», cette vaste zone du Pacifique où nos déchets s’accumulent. Même de grands médias ont repris ces expressions, dernièrement, quand une étude sur le sujet est parue. Mais y a-t-il tant de plastique là-bas? Petit tour de l’«île», en quatre questions.

Q  Y a-t-il vraiment un continent, ou du moins une île de plastique qui flotte dans le Pacifique?

Non, l’idée d’une «île» de plastique est une énorme exagération. Ce qui existe, c’est une zone où les courants marins concentrent les détritus flottants, et où les plastiques rejetés en mer s’accumulent. L’étude récente parue dans Scientific Reports, en mars, est une des plus pessimistes publiées à ce jour — elle a été menée par un organisme militant, la Ocean Cleanup Foundation — et elle conclut que la masse des plastiques dans cette zone atteint les 100 kilos par km2 dans les pires endroits, et une très grande partie des morceaux font à peine quelques millimètres de diamètre. Si l’on présume que pour chaque mètre carré de surface, il flotte en moyenne 0,1 gramme de plastique. En termes de volume, si l’on présume que le plastique se trouve entièrement dans le premier mètre de la colonne d’eau, on parle de quelque chose comme 0,1 cm3 de plastique par m3 d’eau. Cela reste quand même élevé et inquiétant (voir plus bas), mais disons que c’est le genre d’île où il ne faut pas oublier sa veste de sauvetage...

Q  Alors d’où viennent toutes ces photos?

D’après des enquêtes menées par des médias comme le site de vérification factuelle Snopes et le quotidien britannique The Telegraph, beaucoup de ces images ont été prises dans les eaux japonaises après le tsunami de 2011, ou alors le long des côtes proches de villes asiatiques, dans des zones où s’accumulent les déchets. C’est donc une forme de fake news, comme on dit de nos jours.

Q  Ces images sont donc toutes fausses?

R  Pas tout à fait. Il existe des images véridiques de ce qu’ont ramassé des expéditions scientifiques, mais elles n’ont rien de bien spectaculaires. Cependant, certaines images assez impressionnantes sont véridiques. Une étude parue dans les Proceedings of the National Academies of Science a estimé l’an dernier à environ 18 tonnes les déchets de plastique qui traînent sur l’île Henderson, un petit bout de terre perdu dans le Pacifique Sud. Il semble que l’île soit située de telle manière que les courants marins y concentrent les débris — et en fait, il faut que ce soit le cas car l’endroit est totalement inhabité!

Q  S’il n’y a pas d’«île» à proprement parler, est-ce un problème quand même?

Oui, les plastiques dans l’océan ont une affinité chimique pour certains polluants, qui se concentrent dessus. Comme ils sont parfois confondus avec de la nourriture ou avalés par inadvertance, les microplastiques peuvent donc servir de relais pour ces polluants. En outre, les morceaux plus gros peuvent aussi nuire à la faune. Que l’on songe aux tortues marines qui s’étouffent lorsqu’elles confondent des sacs de plastique avec les méduses dont elles se nourrissent, ou aux filets de pêche (qui représentent une part importante des plastiques à la dérive) dans lesquels se prennent les mammifères marins.