Le maire de Québec Régis Labeaume tente de vendre la vapeur de l’incinérateur au CHU de Québec depuis 2016.

Vente de vapeur de l’incinérateur au mégahôpital: un projet «vert», mais…

La Ville veut vendre la vapeur de son incinérateur à poubelles pour chauffer le nouveau complexe hospitalier (NCH) en construction sur le site de l’Enfant-Jésus : Bonne idée! se réjouit la Santé publique, qui y voit même un projet vert… à condition que l’incinérateur ne crache plus de contaminants.

«Globalement, le gain environnemental de ce projet nous paraît évident», écrit le directeur régional de la Santé publique, le médecin François Desbiens, dans un avis transmis à la direction du Centre hospitalier universitaire de Québec consulté par Le Soleil.

Voilà qui pourrait arracher un sourire au maire de la capitale, Régis Labeaume; il tente de vendre la vapeur au CHU de Québec depuis 2016. L’élu y voit une façon de rentabiliser cette source d’énergie s’échappant par les cheminées de l’incinérateur. Des millions de dollars seraient en jeu.

Qu’est-ce qui rend cette proposition «verte» aux yeux du DDesbiens? C’est que le mégahôpital sera polluant. La centrale construite pour le chauffer et le climatiser s’alimentera en gaz et en huile. Celle-ci recrachera donc dans l’air autour de 10 000 tonnes de gaz à effet de serre par année. Avec la vapeur, elle pourrait grandement diminuer ses rejets nocifs, jusqu’à 9800 tonnes de moins, semble-t-il.

Est-ce dire que la Santé publique recommande au CHU de Québec d’embarquer? Non.

Dioxines et furanes, mercure...

Le directeur Desbiens dit partager les préoccupations d’un groupe de citoyens qui s’opposent vivement au projet. Des inquiétudes soulevées également par le CHU de Québec.

Le Collectif objectif zéro déchet juge contradictoire de chauffer un lieu de santé avec de la vapeur produite par le brûlage des déchets générant de la pollution. Et doute fort que les millions décaissés par la Ville dans l’espoir d’améliorer le bilan environnemental de l’incinérateur construit en 1974 portent des fruits. 

L’usine restitue périodiquement plus que permis des dioxines et furanes, du mercure et de l’arsenic, acquiesce la Santé publique. Beaucoup de gaz carbonique, aussi.

En plus, «la population du secteur de Limoilou est l’une de celles qui présentent le plus haut cumul de facteurs de risques sociaux, économiques et environnementaux au Québec. […] Réduire les charges environnementales dans ce secteur est donc souhaitable. Le secteur comprend plusieurs sources de contamination environnementale, notamment en raison de la proximité d’une zone portuaire, de nombreux axes routiers, ainsi que d’industries importantes, incluant l’incinérateur municipal.»

Correctifs

La Santé publique a donc transmis une liste de correctifs à mettre en œuvre avant d’appuyer le projet de vente de vapeur. En premier lieu : moderniser «le plus rapidement possible» l’incinérateur afin de respecter les normes quant aux rejets toxiques. François Desbiens demande au surplus à la Ville «de se fixer des cibles d’émission plus faibles que les normes».

La mairie devrait, en outre, commander une série d’études pour démontrer l’efficacité de l’incinérateur; prouver que l’incinération est la meilleure solution pour gérer les déchets; évaluer l’impact d’une fermeture partielle ou totale de l’incinérateur…

Finalement, la Santé publique demande qu’un éventuel contrat de vente de vapeur entre la Ville et le NCH n’évoque pas de quantité minimale d’énergie à livrer. Sans quoi la Ville serait tentée de brûler plus de poubelles pour générer plus de vapeur.

Bon an, mal an, environ 300 000 tonnes de déchets sont déversées dans les fours de l’incinérateur.

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EN ATTENTE D'UNE APPROBATION DE LA SANTÉ PUBLIQUE

La construction du nouveau complexe de 2 milliards $ sur le terrain de l’Enfant-Jésus n’est aucunement tributaire de l’achat ou non de la vapeur de l’incinérateur pour combler les besoins énergétiques, prévient le CHU de Québec. Et même si la Ville devait réussir à éliminer les rejets toxiques de ses fours à poubelles, il n’est pas acquis que le centre hospitalier signera un contrat d’approvisionnement.

«Le projet du nouvel hôpital est complètement autonome et ne dépend en aucun temps d’un possible projet de revalorisation de la vapeur», note l’adjointe au pdg pour les relations médias et projets spéciaux, Geneviève Dupuis. 

Le dossier est sur la glace le temps que la Ville réponde aux préoccupations de la Santé publique. «Tant que la Santé publique ne met pas son “go” là-dessus, on ne bouge pas.»

De toute façon, le NCH aura une centrale thermique autonome, au gaz et à l’huile, capable de répondre à ses besoins énergétiques. Elle ne peut dépendre de la vapeur de la Ville. «Si demain matin l’incinérateur devait fermer, nous on doit continuer.»

Toutefois, si la mairie réussit à rendre propre son incinérateur, le CHU de Québec évaluera la possibilité d’utiliser une troisième source d’énergie, ce qui lui permettrait d’améliorer grandement son bilan environnemental.