La jeune militante suédoise Greta Thunberg a lancé un appel rempli d’émotion lundi à New York, lors du Sommet des Nations unies pour le climat.

Urgence climatique: Greta Thunberg sermonne les dirigeants à l'ONU [VIDÉO]

NEW YORK — Les dirigeants de la planète réunis à l’ONU lundi pour relancer l’action climatique ont été interpellés sur leur inaction par la jeune militante suédoise Greta Thunberg, mais sans produire d’impulsion décisive pour inverser la courbe des émissions de gaz à effet de serre. Elle a lancé un appel rempli d’émotion lundi à New York, lors du Sommet des Nations unies pour le climat.

Avant que les leaders de la planète n’enfilent des discours de trois minutes pour présenter leurs plans environnementaux, l’adolescente de 16 ans les a de nouveau sermonnés en leur demandant : «Comment osez-vous?»

«C’est tellement mal. Je ne devrais pas être ici», a lancé celle dont la grève solitaire devant le Parlement suédois, il y a plus d’un an, est à l’origine des grèves climatiques mondiales de vendredi. «Je devrais être de retour en classe de l’autre côté de l’océan. Et pourtant vous vous tournez vers nous, les jeunes, pour de l’espoir. Comment osez-vous? Vous m’avez volé mes rêves et mon enfance avec vos paroles vides.»

Elle a dit à l’ONU que même les réductions d’émissions les plus draconiennes qui sont envisagées n’offrent à la planète qu’une probabilité de réussite de 50 % pour limiter un éventuel réchauffement à 0,4 °C à partir de maintenant, ce qui est l’objectif mondial.

Cela ne suffit pas, a-t-elle lancé.

«Nous ne vous laisserons pas vous en tirer comme ça, a prévenu Mme Thunberg. Nous traçons une ligne dès maintenant.»

Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, avait ouvert le sommet lundi en disant : «La Terre lance un cri terrifiant : Stop.»

«Le temps est compté, a-t-il poursuivi. Mais il n’est pas trop tard.»

Il a dit aux quelque 60 dirigeants mondiaux qui devaient prendre la parole que ce n’était pas le moment de négocier, mais d’agir pour rendre le monde carboneutre d’ici 2050.

Neutralité d’ici 2050

Certes, 66 États ont désormais souscrit au principe d’une neutralité carbone d’ici 2050, a annoncé l’ONU. Mais il s’agit surtout de petits pays, et ces engagements restent des déclarations de principes dans la majorité des cas, sans traduction dans les lois nationales.

En outre, ni le Brésil, qui contient une majorité de l’Amazonie ni les États-Unis, deuxième émetteur mondial, n’ont participé, si ce n’est une brève apparition de Donald Trump, venu s’asseoir une dizaine de minutes, suscitant la perplexité. Pour toute explication, il a dit : «Je crois beaucoup à l’air pur et à l’eau pure et tous les pays devraient se mettre ensemble pour y parvenir.»

Ni la Chine ni l’Inde, deux pays qui dévorent du charbon, mais installent des capacités massives d’énergies renouvelables, n’ont pris de nouveaux engagements à la tribune.

«L’Inde et la Chine n’ont rien dit du tout», dit à l’AFP Laurence Tubiana, l’une des négociatrices de l’accord de Paris sur le climat. «Ils ont fait des déclarations très conservatrices. Je suppose qu’ils se réservent pour l’an prochain», avant la réunion de la COP 26 prévue fin 2020.

À noter toutefois que le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi, a renouvelé le soutien de Pékin au processus engagé par l’accord de 2015. «En tant que membre responsable de la communauté internationale, la Chine respecte ses promesses», a-t-il dit, allusion transparente au retrait de l’accord de Paris des États-Unis, décidé par Donald Trump en 2017.

Macron en rajoute

Alors que les présidents et les premiers ministres ont parlé de ce qu’ils espéraient faire à l’intérieur de leurs propres frontières, le président français Emmanuel Macron leur a rappelé qu’ils devaient inclure les changements climatiques dans leurs politiques commerciales et financières, afin de ne pas importer de biens qui augmentent la pollution par le carbone ni financer des usines polluantes à l’étranger.

M. Macron a exhorté les autres pays à augmenter leurs engagements envers le Fonds vert pour le climat, qui aide les pays les plus pauvres aux prises avec des problèmes climatiques. La France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Norvège, le Danemark et la Suède ont récemment doublé leurs promesses.

«Nous sommes maintenant à 7 milliards $US, a déclaré M. Macron. L’objectif est de 10 milliards $US pour contrebalancer le retrait des États-Unis». Il a ensuite suggéré à Washington de reconsidérer l’ajout d’argent, sous les applaudissements d’autres dirigeants.

La veille du sommet, 87 entreprises ont annoncé des plans renforcés pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et devenir plus respectueuses de l’environnement. Plusieurs pdg, dont des chefs d’entreprises du secteur énergétique, ont rejoint les présidents et les premiers ministres au micro.

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VOUS AVEZ DIT ZÉRO CARBONE?

La neutralité carbone signifie que les pays s’engagent à réduire au maximum leurs émissions et à compenser le reliquat, par exemple en replantant des arbres, qui absorbent le carbone de l’air.

Ce but était considéré si radical en 2015 que le terme avait été exclu du texte de l’accord de Paris, mais il est en train de s’imposer, rendu plus pressant par les canicules de l’été dernier, les cyclones et les images de glaciers fondant presque à vue d’œil.

Les cinq années passées devraient constituer la période la plus chaude jamais enregistrée, selon un rapport publié dimanche par l’ONU. La Terre est en moyenne plus chaude de 1 °C qu’au XIXe siècle, et finira à au moins + 3 °C en 2100 dans l’état actuel des engagements.

Un centre américain a annoncé lundi que la glace de l’Arctique, cet été, était tombée à son deuxième niveau le plus bas jamais enregistré en 41 ans.

L’espoir est néanmoins que le sommet serve de «tremplin» vers la réunion COP 26 de Glasgow fin 2020, quand les pays sont censés soumettre à l’ONU des engagements climatiques révisés à la hausse.

Les ONG, en tout cas, attendaient des signaux plus radicaux. Le World Resources Institute, Greenpeace, Oxfam et 350.org ont tous exprimé leur déception.

«La plupart des grandes économies n’ont pas du tout été à la hauteur», a commenté le président du World Resources Institute, Andrew Steer.  AFP

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