Selon Mathieu Morin, le requin pèlerin qu'il a observé et filmé dans l'estuaire du Saint-Laurent, à quelques centaines de mètres de la rive de Paspébiac, mesurait entre 25 et 30 pieds. La vidéo qu'il a ensuite mise en ligne sur son statut Facebook a été visionnée des milliers de fois depuis sa mise en ligne. 

Un gros requin dans les eaux de Paspébiac

Le Gaspésien Mathieu Morin se souviendra longtemps de la première observation de requin pèlerin de sa vie, parce qu'il a été renversé par la taille du spécimen, sans compter que le statut Facebook mis en ligne lundi a été référencé environ 13000 fois en 24 heures.
«Il était proche. Il était de la grosseur du bateau, de 25 à 30 pieds. Si j'avais voulu, je me penchais et je lui touchais le dos. Je me suis retenu. Il avait toute une queue et il aurait pu toucher le bateau. Tomber à l'eau et nager avec ça, ce n'était pas mon intention. S'il décide de jouer avec toi, il peut faire ce qu'il veut. C'est le deuxième plus gros requin au monde. On dit qu'il n'est pas dangereux mais s'il se sent en danger, on ne sait pas comment il réagira», précise Mathieu Morin.
Il était à quelques centaines de mètres de la rive de Paspébiac-Ouest, à la pêche à la plie avec son beau-père, quand il a vu le requin.
«Je savais que la journée d'avant, des gens avaient aperçu un requin. Mais une fois à la pêche, j'avais oublié le requin. La plie se tient dans des endroits où il n'y a pas beaucoup d'eau. Quand j'ai aperçu l'aileron, j'ai pensé qu'il était pris. Il bougeait de gauche à droite. J'ai pensé qu'il pouvait être échoué sur un banc de sable. On a approché pour voir, pas pour le déprendre parce que je ne sais pas comment on aurait pu faire. Mais il n'était pas pris. On avait peur qu'il frappe le bateau», raconte Mathieu Morin.
Électricien de construction de profession, il en a beaucoup appris sur le requin pèlerin depuis dimanche, et sur le pouvoir des médias sociaux.
«C'est très rare qu'on peut le filmer. C'est un poisson de fond», assure Mathieu Morin. «Je ne pensais pas que mon bout de film serait viral. J'avais mis ça là pour mes amis».
Jeffrey Gallant, de l'Observatoire des requins du Québec, précise que les observations de requins pèlerins sont fréquentes, «comme les bélugas à Tadoussac, mais qu'il est rare que les gens les filment», dit-il.
«Il fréquente l'estuaire du Saint-Laurent et la baie des Chaleurs depuis le retrait des glaciers, il y a 10000 ans (...) Il est impossible de se tromper sur son identification. Il ouvre la gueule toute grande pour avaler du plancton et il a des fentes brachiales. C'est là que l'eau va sortir. Il essore le plancton et rejette l'eau. Il ne pourrait avaler toute cette eau», explique M. Gallant.
Pas dangereux
Le requin pèlerin ne pose aucun danger pour l'être humain. «C'est intimidant à cause de sa taille mais il n'y a absolument aucun danger pour l'être humain. Il y a par contre des gens qui se prennent à sa queue pour se faire tirer, comme les Jackass (des cascadeurs). Il peut avoir un mouvement de défense pour se débarrasser de cette personne en donnant un coup de queue. Il peut assommer quelqu'un de cette façon et cette personne va se noyer mais il n'a jamais avalé personne. S'il est allé vers le bateau à Paspébiac, c'est parce que le plancton était là. Il n'a aucun intérêt pour l'être humain. Il veut manger, faire des petits et assurer sa survie, se défendre», assure Jeffrey Gallant.
Sept espèces de requin dans les eaux québécoises
Jeffrey Gallant, de l'Observatoire des requins du Québec, se passionne pour les requins depuis longtemps, et il rapporte la présence de sept espèces de ces poissons au cours de sa carrière. «Le requin pèlerin est le plus imposant, parce qu'il peut mesurer jusqu'à 40 pieds (12 mètres). C'est gros. C'est le deuxième plus gros poisson au monde mais sa taille habituelle est plus de 25 à 30 pieds (huit à neuf mètres)».
L'aiguillat blanc et l'aiguillat noir constituent deux autres espèces vivant dans les eaux du large des côtes québécoises. «L'aiguillat noir vit dans des profondeurs abyssales, de plus 1000 pieds (300 mètres)», note M. Gallant. On trouve aussi dans nos eaux marines le requin du Groenland, le requin bleu et le requin maraiche, souvent confondu avec le requin Mako, qui ne se rend pas tant au nord».
Il en manque un. «Il y a aussi le requin blanc, pas très fréquent dans notre partie du golfe, mais il y en a. Il est davantage observé au large de l'Île-du-Prince-Édouard et de la Nouvelle-Écosse (...) Il a été presque exterminé après le film Jaws, jusqu'à ce que les gens réalisent que ce n'était pas très bon pour l'environnement de le faire disparaître. Contrairement aux mammifères marins, les requins, qui sont des poissons, n'ont pas beaucoup d'intérêt pour l'être humain», insiste Jeffrey Gallant.