Les gros VUS blindés assurant le transport des dignitaires se comptent par dizaine à La Malbaie. Très énergivores, ces véhicules laissent aussi une empreinte écologique importante.

Un G7 vert... dans la mesure du possible

LA MALBAIE — Convois de camions VUS, hélicoptères en quasi-permanence dans le ciel, patrouilles maritimes, véhicules blindés, transport des dignitaires; l’empreinte écologique laissée par le Sommet du G7 est bien réelle. L’organisation a multiplié les efforts pour la réduire, assure-t-elle, mais y a-t-il des limites à ce qu’on peut faire pour verdir?

Suffit de prendre une marche à La Malbaie pour constater tout le carburant qui est en train de brûler dans diverses opérations liées au G7. Et c’est sans compter toute activité qui n’est pas repérable grâce à un logo de police, une plaque d’immatriculation ou une couleur (disons le vert armée) qui laisse peu de doute sur le propriétaire d’un véhicule, quel qu’il soit. 

Dans un échange de courriels avec Le Soleil, jeudi, le Bureau de gestion des sommets d’Affaires mondiales Canada a reconnu d’emblée que la tenue du G7 aurait «un impact notable sur l’environnement». Le gouvernement du Canada a veillé, a-t-on ajouté, à ce que le G7 soit «aussi vert que possible».

Le Bureau s’est notamment engagé à faire l’inventaire des émissions de gaz à effet de serre dans le but «de compenser en partie» les émanations. Aucune cible n’a toutefois été précisée. Parmi les moyens qui seront utilisés, le fédéral a conclu une entente avec la Corporation de la Réserve de la biosphère de Charlevoix afin que plus de 100 000 arbres soient plantés «partout au Canada».

Mais ce n’est pas sur les gaz à effet de serre que le Bureau a mis l’emphase dans ses échanges avec Le Soleil. Le gros des efforts de l’organisation semble avoir été mis sur la gestion des matières résiduelles. 

Le Bureau a en effet vanté sa politique environnementale, qui inclut un programme de réduction des déchets par le plastique sur les sites officiels, dont le Manoir Richelieu. «Nous avons remplacé les bouteilles d’eau en plastique par des contenants réutilisables ou de l’eau en boîte», a-t-on souligné en exemple. Le programme n’est toutefois pas obligatoire, a-t-on concédé. Il a été décrit comme «complémentaire» et les produits de plastique ne font pas l’objet d’une «interdiction absolue». 

Cette stratégie arrive au moment où le Canada tentera de convaincre ses collègues du G7, lors du sommet, de mettre en place une charte sur le plastique visant à lutter contre la pollution des océans. 

Du «green washing»? 

Pour Ryan M. Katz-Rosene, professeur adjoint à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, les efforts de l’organisation du G7 sont «honnêtes». D’une certaine façon, il faut faire confiance, a-t-il expliqué. «C’est un peu ma perception du gouvernement Trudeau, et par extension du G7. Ils disent les bonnes choses. Ils démontrent un engagement.»

Reste que l’expert a quelques questions et n’exclut pas un peu de «green washing» parmi les mesures avancées par le Bureau de gestion des sommets. «Quand ils disent qu’ils vont compenser, quelles sont les compensations?» Pour certaines actions promises, «c’est de la preuve circonstancielle et anecdotique», a-t-il dit. «C’est en mots, sauf qu’on ne voit pas beaucoup de détails.»

M. Katz-Rosene est d’avis que la plus grande empreinte écologique est créée par le transport aérien et le dispositif sécuritaire. «Il y a un impact inévitable», a-t-il affirmé. En ce sens, on peut se demander s’il n’y a pas «des limites» à rendre un sommet du G7 vert. 

Le professeur invite toutefois à réfléchir sur les retombées d’un tel événement. Bien qu’il génère de la pollution, le G7 en vaut peut-être la peine, ne serait-ce que pour les ententes qui pourraient être prises sur le plan environnemental. 

«C’est un peu comme [le politicien et environnementaliste] Al Gore. Il a possiblement l’une des pires empreintes [de par ses déplacements]. Mais d’un autre côté, il en a fait énormément sur le plan de la sensibilisation [au réchauffement climatique].»