Chaleur Terminals espère obtenir son approbation environnementale au cours des trois ou quatre prochains mois, et bâtir avant la fin de l'été. L'exploitation du terminal est prévue pour la fin de 2014 ou le début de 2015.

Transport par rail de pétrole: Chaleur terminals ne fait pas l'unanimité dans l'Est

Le projet de Chaleur Terminals d'exporter du pétrole de l'Alberta en utilisant le port de Belledune, au Nouveau-Brunswick, inquiète sérieusement des élus de la Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent, parce que le promoteur entend acheminer les hydrocarbures par rail entre l'Ouest canadien et les Maritimes.
Le porte-parole de Chaleur Terminals, John Levson, précise que la firme veut utiliser Belledune pour exporter du pétrole de l'Alberta vers l'Europe, l'Inde, ailleurs en Asie et même dans certains coins des États-Unis.
«Nous prévoyons investir entre 150 et 300 millions $ dans le projet. Nous travaillons encore sur les chiffres [...] Dans une première phase, huit réservoirs de 150000 barils chacun seront bâtis à Belledune, et 12 autres dans une seconde phase. Un train de 120 wagons par jour serait utilisé dans la première phase, et deux convois dans la seconde phase», note M. Levson.
À partir du triage du Canadien National à Charny, le chemin le plus court pour se rendre à Belledune emprunte la voie ferrée passant par Rivière-du-Loup, Rimouski, Mont-Joli, Amqui et Matapédia.
Des maires inquiets
Tant le maire d'Amqui, Gaétan Ruest, que le député fédéral de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, Philip Toone, expriment leur inquiétude face au projet de Chaleur Terminals, malgré l'annonce mercredi du resserrement touchant la sécurité du transport ferroviaire de pétrole annoncé par la ministre canadienne des Transports, Lisa Raitt.
Gaétan Ruest trouve inacceptable d'avoir appris l'existence du projet par un copain du Nouveau-Brunswick, alors que depuis la tragédie de Lac-Mégantic, le déraillement d'un train de pétrole ayant tué 47 personnes, les maires du Québec expriment le désir d'être informé sur ce type d'initiative.
«Quand le rail a été construit dans la vallée de la Matapédia (vers 1875), on ne parlait pas de transporter du pétrole. On transportait du bois, du monde, des cochons. Quand ça virait sur le côté, ça ne contaminait pas tout un secteur [...] Amqui a été bâtie autour du chemin de fer. C'est la même chose à Mont-Joli, Rimouski, Matapédia et ailleurs», aborde M. Ruest.
Les trains de pétrole peuvent encore rouler à 80 kilomètres à l'heure, ce qui est trop pour
M. Ruest, du moins en secteur habité. «La loi de la statistique dit que ça se produira [un déraillement] en quelque part [...] S'ils ne veulent pas baisser la vitesse à 10 ou 20 kilomètres à l'heure, on sait qu'il y aura un autre désastre. À basse vitesse, s'il y a déraillement, les wagons restent souvent debout. Mais ils [les promoteurs] ne veulent pas, au nom de la rentabilité», ajoute le maire d'Amqui.
Il trouve aussi incongru que la ministre Raitt n'impose pas aux sociétés ferroviaires l'envoi d'un rapport sur le contenu des wagons aux municipalités «avant le passage des convois de matières dangereuses, et non trois mois après. Pourquoi? À cause des terroristes? Il faut arrêter la paranoïa. Comment une municipalité peut-elle se préparer?»
Gaétan Ruest fait en outre remarquer que le trajet probable du pétrole de Chaleur Terminals longe sur plus de 100 kilomètres les rivières à saumon Matapédia et Restigouche, puis la baie des Chaleurs.
Facteurs à évaluer
Le député Philip Toone croit que l'annonce de la ministre Raitt est bonne surtout en ce qui a trait au retrait ou aux améliorations visant les wagons-citernes, mais il voit aussi des lacunes du projet de Chaleur Terminals, surtout en matière de protection du milieu maritime.
«Il n'est pas automatique que le fédéral s'intéresse à l'évaluation environnementale de ce projet, depuis la nouvelle loi. Si un pétrolier se brise, on n'assistera pas à une deuxième catastrophe comme celle du golfe du Mexique, mais peut-être à un second Exxon Valdez. Le Commissaire à l'environnement a indiqué que dans le golfe du Saint-Laurent, on n'avait toujours pas la capacité d'intervenir l'hiver en cas de déversement», dit-il.
Sur la question des communications avec les municipalités, le porte-parole du Canadien National, Louis-Antoine Paquin, indique que «nous, on trouvait que c'était trop tôt [...] Le projet de terminal en est encore au stade de proposition, et plusieurs décisions sur le sujet doivent encore être prises». Quant à la vitesse des convois, il dit que «ça fait partie des choses qu'on est en train d'évaluer».
Par ailleurs, John Levson refuse de dévoiler le nom des entreprises qui soutiennent Chaleur Terminals. «Je ne crois pas que ce soit pertinent.»
M. Levson travaille présentement pour la firme Predator Oil. Parmi les autres firmes pour lesquelles il a travaillé, on trouve les noms de Penn West Energy, d'Apache Corporation et de Talisman Energy, des entreprises qui ont des capitalisations boursières de quelques milliards de dollars.