Le parc Alphonse-Couturier, au centre du village de Marsoui, est submergé.

Tempête Arthur: Marsoui veut être reconnue zone sinistrée

Les lendemains sont difficiles à Marsoui. Au plus fort de la tempête Arthur qui a foudroyé ce secteur de la Haute-Gaspésie dans la nuit de samedi à dimanche, le ruissellement causé par les pluies diluviennes a provoqué un glissement de terrain qui a creusé un cratère de plusieurs dizaines de mètres, en plein coeur du village. L'énorme cicatrice causée par l'affaissement de la route a littéralement tranché le village en deux.
En pleine nuit, une trentaine de résidents du village de quelque 300 habitants ont été réveillés brutalement par les grondements du ruisseau Moïse qui, de mémoire d'homme, a toujours été tranquille. Mais, lors de cette sinistre nuit, il s'est littéralement transformé en torrent.
Le maire souhaite que son village soit déclaré zone sinistrée. Il s'est d'ailleurs entretenu, lundi midi, avec le ministre responsable de la Gaspésie, Jean D'Amour. «Ils sont en train d'évaluer tous les programmes pour lesquels on pourrait avoir du financement», explique Dario Jean, qui s'attend à recevoir une réponse mardi. Il est également possible que le ministre D'Amour se rende à Marsoui jeudi.
«Quasiment tout le monde est sinistré, dans la mesure où on n'a pas d'eau et pas d'égout, précise l'élu. Ce sont des besoins essentiels!» Des toilettes chimiques ont été placées un peu partout dans le village et des douches seront également installées mardi.
Le ministère de la Sécurité civile et la Croix-Rouge ont aménagé leur quartier général au centre récréatif, où les sinistrés sont invités à s'inscrire et où ils peuvent obtenir de l'information.
Aqueduc temporaire
Vers 16h lundi, l'inspecteur municipal avait une bonne nouvelle à annoncer. Les autorisations attendues du ministère de l'Environnement venaient d'être accordées. «Le réseau d'aqueduc va être réparé temporairement pour remettre l'eau d'ici demain [mardi] midi», était heureux d'annoncer Steve Berger qui, en portant également le chapeau de chef pompier du village, avait bien peu dormi depuis le début du sinistre.
Une autre bonne nouvelle, c'est que le réseau d'égout a tenu le coup et n'a pas été endommagé. «Avec les tests qu'ils ont faits, il a l'air fonctionnel», se réjouit le maire.
Les occupants des trois résidences situées en bordure du cratère ont été évacués. Une trentaine de résidents sont considérés sinistrés puisque leur maison est inondée. «Il y en a qui ne veulent pas rester dans leur maison parce qu'il y a de l'eau dans leur sous-sol, signale l'adjointe à la direction générale, Anne Sohier. Ça pue. C'est invivable!» De plus, tant que l'eau n'aura pas été entièrement évacuée, l'électricité ne peut être rétablie.
Des experts sillonnent le village pour évaluer les bris, qui sont plus importants dans le secteur de l'immense crevasse. Le maire, dont le budget de la municipalité est d'un peu plus de 300 000 $, s'attend à des coûts frisant le million de dollars, seulement pour reconstruire le ponceau, les deux routes et une partie du réseau d'aqueduc.
Les lieux ont été sécurisés. Des policiers et des agents de sécurité exercent une surveillance jour et nuit. «C'est dangereux de s'approcher, fait savoir Dario Jean. Il y a encore des affaissements de terrain.»
<p>La canalisation du ruisseau Moïse, qui s'écoulait sous la ville, a jailli du sol sous la force du torrent. </p>
«Comme un tremblement de terre»
Vers 1h30, dans la nuit de samedi à dimanche, Nancy Fournier a bien pensé tout perdre lorsque son mari, Yvan Gagné, l'a réveillée pour lui annoncer que le ruisseau devant leur maison débordait. L'homme et la femme, à peine sortis dehors, ont vu le sol se dérober devant leur maison. Le ruisseau devenu torrent a creusé une immense tranchée qui a rapidement avalé leur camionnette stationnée devant la porte.
«Ça grondait comme un tremblement de terre, raconte Mme Fournier. Le monsieur à côté de chez nous a 72 ans et il n'avait jamais vu ça. Le ruisseau mangeait le côté de la route. Une grosse pelle est arrivée. Elle a fait une tranchée. Le ruisseau a pris son cours, mais ce n'était plus un ruisseau, c'était une mer. Le tuyau se tortillait et a sorti de terre. C'était épeurant. On aurait dit une chenille géante. Je priais pour que le tuyau ne s'en vienne pas vers ma maison!»
La dame et sa famille ont été évacués. Ils sont hébergés par des proches. Nancy Fournier, qui ne possède pas d'assurances, ignore quand elle pourra retourner dans sa maison. Elle espère seulement que la structure n'aura pas subi de dommages.