C'est grâce à la générosité et la sollicitude d'amis et de proches que Danny Nadeau, capitaine du voilier-école Tax Sea, peut reprendre du service 10 jours après le passage de la tempête Arthur.

Tempête Arthur: l'entraide fait renaître le TaxSea

Lors de son passage dans la Baie des Chaleurs il y a huit jours, la tempête Arthur, en plus de casser des milliers d'arbres en Gaspésie, a renversé en une seconde le catamaran de 30 pieds Tax Sea, de Carleton, sabotant au passage une partie de la saison de ce voilier-école, mais déclenchant du même coup un élan de solidarité remarquable.
Saisi par des rafales ayant atteint près de 150 kilomètres à l'heure, le Tax Sea a fait une cloche; il s'est retourné sans couler. Comme il était amarré au tangon, dans une zone peu profonde, son mât s'est rompu en trois en touchant le fond et des équipements, notamment l'électronique, ont été lourdement endommagés ou ils ont coulé.
Danny Nadeau, capitaine du Tax Sea, a remorqué le catamaran au quai, puis une grue l'a retourné. Le spectacle était désolant.
«L'électronique à elle seule, c'est 11 000 $. Il y avait des marques de frottement. Tout était rattaché, mais tout était à refaire, entre autres à cause d'un séjour trop long dans l'eau», précise-t-il.
Le spectacle était désolant, mais pas désespérant. Dès ce 6 juillet, il a fixé l'objectif de remettre le Tax Sea en fonction afin de reprendre la saison 10 jours plus tard, soit ce mercredi.
«Il faut mettre des échéances. Nous ne sommes pas des plaisanciers : on gagne notre vie avec le Tax Sea», ajoute le skipper, énumérant les endroits où les voiles et la cabine en aluminium ont été envoyées pour réparations.
Sauver la saison
Avant même la fin de la tempête, les gens venaient l'encourager, tout comme ses deux associés dans le Groupe Nautique Chaleurs, Pierre Poirier et Mathieu Beaudoin. Les appuis sont aussi venus des élèves et du personnel d'Écovoile, l'école de voile que dirige Danny Nadeau.
«Je ne peux calculer le nombre de personnes qui ont donné un coup de main», résume-t-il, touché par autant de sollicitude.
«À marée basse, les jeunes d'Écovoile sont allés là où le Tax Sea a renversé et ils ont récupéré des outils, des clés de winch, ma mallette de papiers légaux. Des plongeurs ont remonté des poulies et d'autres retourneront dans le secteur du quai. Des amis de Saint-Jean-Port-Joli avec qui j'ai fait de la course m'ont envoyé une boîte de pièces, et je paierai plus tard, d'après ce que j'aurai pris», raconte-t-il.
«Le plus difficile, c'est la paperasse. J'aime bien mieux sabler pour me rapprocher de la mise à l'eau. Une chance que j'ai des fourmis - des bénévoles - avec moi quand je remplis des formulaires», ajoute-t-il.
Sans compter le remplacement du mât, qui pourrait approcher 20 000 $, il évalue les dommages à au moins 30 000 $, peut-être jusqu'à 40 000 $.
«C'est presque la moitié de la valeur du bateau, qui est de 90 000 $. Sa valeur de remplacement est de 140 000 $. C'est là qu'on voit comment on peut épargner en autoconstruction [...] Je ne saurai pas, au moment de la mise à l'eau, le montant de remboursement de l'assurance. On a foncé. Il fallait sauver la saison», assure Danny Nadeau.
Retour du mât original
La vie, même celle des voiliers, réserve son lot de surprises. Le Tax Sea a été construit en 1986. Sarah, son premier nom, mesurait 28 pieds à l'origine. Peu avant 2010, il était à Douglastown, près de Gaspé. C'est là que Danny Nadeau, Pierre Poirier et Mathieu Beaudoin l'ont acheté pour ensuite l'acheminer à Carleton, où il a été reconstruit pour devenir le Tax Sea.
Cette reconstruction a donné lieu au remplacement du mât original d'aluminium par un mât en carbone, deux fois plus léger. Le mât de l'ex-Sarah a été installé sur l'El Mio, le voilier privé de Danny Nadeau.
Devant l'impossibilité de se faire livrer un nouveau mât de carbone en 10 jours, Danny Nadeau et ses associés ont décidé de prendre le mât d'El Mio et de le donner, temporairement du moins, au Tax Sea! Il a toutefois fallu bricoler, parce qu'en 2010, le Tax Sea a été doté d'une cabine. Le baume doit conséquemment passer quelques pieds au-dessus. Il fallait couler un pied de mât et l'installer.
Pierre Poirier s'émerveille de l'habileté de son autre associé, Mathieu Beaudoin, qui exploite un petit chantier naval. «Il s'est fait un moule en bois, et il a coulé un pied de mât en aluminium, et tout fonctionne.»