Les militaires se sont résolus autour de 2010 à pomper l'eau à la surface pour l'assainir avant de la renvoyer dans la rivière Jacques-Cartier, mais le projet tarde à voir le jour.

TCE à Shannon: l'eau propre attendra encore

La décontamination de la nappe phréatique souillée au TCE qui s'écoule sous la garnison Valcartier et Shannon est de nouveau repoussée. Annoncé depuis des années, le traitement pourrait être entrepris au plus tôt en 2018 ou 2019, a constaté Le Soleil. Et il ne permettra pas d'éliminer tout le poison.
Depuis 2006, l'Armée teste à coup de millions de dollars des technologies dans l'espoir de retirer le trichloréthylène (TCE) qui percole depuis ses terrains et ceux d'un sous-traitant voisin. Devant l'échec des essais de nettoyage de l'eau directement sous terre, les militaires se sont résolus autour de 2010 à pomper l'eau à la surface pour l'assainir avant de la renvoyer dans la rivière Jacques-Cartier. De report en report, les travaux devaient débuter en 2015, puis 2016, puis 2017...
La Défense nationale n'a toutefois pas encore sélectionné l'entreprise qui effectuera la besogne colossale qui durera 15 ans : «Le processus d'approvisionnement, qui comporte plusieurs étapes, est en cours en vue d'octroyer ultimement un contrat pour la conception, la construction, l'opération et l'entretien du système de pompage et traitement vers 2018», nous indique Jessica Lamirande, du Bureau des relations avec les médias. Dans un document faisant mention du projet, il est question de l'automne 2018, ou de l'hiver 2018/2019.
Pendant ce temps, le dégraissant industriel cancérogène s'étend dans l'eau souterraine. Le panache de contamination s'étire jusqu'à Val-Bélair, où la Ville de Québec a condamné deux puits par précaution.
«C'est remis de 6 mois en 6 mois, d'année en année», se désole un des membres du Regroupement des citoyens de Shannon, Jean Bernier. Il doute même que l'eau polluée puisse être purifiée avant 2020.
«Diminution des concentrations»
Les travaux de «pompage et traitement» qui débuteront éventuellement ne permettront pas de nettoyer complètement la nappe phréatique, ajoute Mme Lamirande. Les militaires entendent diminuer la concentration du contaminant. «Les résultats escomptés sont une amélioration de la qualité de l'eau souterraine présente dans la portion de l'aquifère située sous le territoire de la municipalité de Shannon grâce à une diminution des concentrations de TCE qui s'y trouvent actuellement et une réduction conséquente des rejets de TCE à la rivière Jacques-Cartier.»
Mme Lamirande ajoute que l'Armée installera son système de décontamination près de la frontière entre ses terres et la municipalité de Shannon. Sauf que du TCE arrive aussi d'un lot de SNC-Lavalin, là où était installée une usine d'armement. Pour qu'une «solution permanente» soit trouvée afin d'assainir l'eau souterraine, il faudra que cette source soit également traitée.
Des millions $ de plus
Déjà, la Défense nationale a débloqué environ 100 millions $ pour financer sa croisade contre le TCE. Quelque 60 millions $ ont été dépensés afin de trouver des sources d'eau propre pour Shannon et la base militaire, afin de réaliser des études et pour tester des technologies d'assainissement. Plus ou moins 40 millions de plus sont réservés pour la réalisation du projet de «pompage et traitement» en cours.
Mais il faudra décaisser plus dans ce dossier. «Il est considéré que les sommes requises pourraient atteindre plusieurs millions de dollars, mais il est trop tôt dans le processus pour dire concrètement.»