À Québec et à Lévis, où des avertissements de smog ont été émis lundi, mardi et mercredi, on préfère encore miser sur la sensibilisation en recommandant aux citoyens d’éviter d’utiliser leur appareil de chauffage en période de smog.

Smog dans la région de Québec: les poêles à bois en cause

Avec le réchauffement planétaire, la région de Québec risque de connaître de plus en plus d’épisodes de smog hivernal comme ceux qu’elle connait depuis le début de la semaine avertit l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA). Le regroupement revient à charge en réclamant l’interdiction, pendant les périodes de smog, d’utiliser un poêle ou un foyer au bois, responsable de près de la moitié des émissions de particules fines au Québec en hiver.

Le chauffage au bois résidentiel constitue la principale source responsable des particules fines au Québec pendant la saison froide, avec 47 % du total des émissions estimées, comparativement à 32 % pour les industries et à 17 % pour le transport.

Plus de 95 % de ces particules, dont plusieurs sont reconnues comme cancérogènes, pénètrent dans les poumons. Si la majorité des personnes ne ressentent pas d’effets significatifs sur leur santé, les jeunes enfants, les personnes âgées et celles atteintes de problèmes respiratoires ou cardiaques y sont particulièrement sensibles. 

Montréal interdit depuis 2015 à ses citoyens d’utiliser un appareil au bois durant les avertissements au smog. À cette réglementation s’ajoutera à compter de l’automne prochain l’interdiction d’utiliser un poêle ou un foyer au bois qui émet plus de 2,5 g à l’heure de particules fines.

Prévention 

À Québec et à Lévis, où des avertissements de smog ont été émis par Environnement Canada lundi, mardi et mercredi (la qualité de l’air était également mauvaise en Beauce et dans le secteur de Montmagny), on préfère encore miser sur la prévention et la sensibilisation en recommandant notamment aux citoyens d’éviter d’utiliser leur appareil de chauffage en période de smog. 

«Elle n’est pas écoutée la recommandation. Il faut aller plus loin en interdisant l’usage de ces appareils en cas de smog, et donner des sanctions aux gens qui se font prendre. Même si ce sont seulement quelques sanctions qui sont données par année, le message finirait par rentrer», estime le président de l’AQLPA, André Bélisle. 

M. Bélisle fait un lien entre les épisodes de smog et le réchauffement planétaire. «Le fleuve Saint-Laurent se réchauffe, et avec le réchauffement, il y a beaucoup plus d’évaporation et donc d’humidité dans l’air. Et quand il y a beaucoup d’humidité dans l’air, chaque gouttelette devient une trappe à polluants», explique M. Bélisle. 

Un sol plus froid qu’en altitude, des vents inexistants et une faible circulation de l’air sont propices à la formation de smog en hiver, explique de son côté le météorologue d’Environnement Canada Alexandre Parent. «Les polluants se retrouvent alors pris dans les basses couches de l’atmosphère», précise-t-il.

Le ministère interpellé

Au Québec, le Règlement sur les appareils de chauffage au bois, entré en vigueur en 2009, interdit la fabrication, la vente et la distribution d’appareils de chauffage au bois non conformes aux normes environnementales. 

Mais le gouvernement doit faire plus pour contrer le smog hivernal, selon le président de l’AQLPA. Le ministère de l’Environnement, déplore-t-il, ne participe plus au programme Changez d’air, qui offrait un incitatif financier de 600 $ aux citoyens qui remplaçaient leur vieux poêle pour un modèle respectueux des normes environnementales. Financé par Québec, le programme, valide pendant environ deux ans, était administré par l’AQLPA. 

«Le ministère ne donne plus d’argent non plus pour le programme des vieilles voitures [Faites de l’air, qui offrait des récompenses aux gens qui se débarrassaient de leur bazou polluant]. Il finance par l’entremise du Fonds vert plein d’affaires discutables, comme des ailerons d’Air Canada, et à nous, il dit qu’il n’a plus d’argent», dénonce André Bélisle, selon qui le programme Changez d’air a permis de récupérer pas moins de 5600 vieux poêles à bois en seulement un an. 

«Non seulement on peut réduire de 90 % les émissions de particules fines en optant pour un poêle certifié EPA [pour Environmental Protection Agency], mais on va tirer plus de chaleur avec moins de bois, sans compter que ça améliore la qualité de l’air dans nos maisons», fait valoir M. Bélisle.