La rivière York, réputée pour la pêche au saumon, reçoit le lixiviat issu du dépotoir de Gaspé, une fois traité.

Saumons de la rivière York: une maladie toujours mystérieuse

Pour la première fois depuis trois ans, les saumons qui remontent la rivière York à Gaspé semblent presque tous en bonne santé. La cause de la maladie dont ils souffraient depuis 2011 demeure un mystère, même si les biologistes s'entendent pour dire qu'elle ressemble à un syndrome appelé «nécrose ulcérative du derme» (NUD), qui a déjà sévi en Europe.
«Jusqu'ici, on a un cas de saumon avec une légère tache, alors que [ces trois dernières années], à ce temps-ci, on en voyait des dizaines», indique Benjamin Wadham Gagnon, directeur adjoint de la Société de gestion des rivières de Gaspé.
Les saumons morts étaient couverts de lésions blanchâtres, causées par un champignon présent dans les rivières, le Saprolegnia. Toutefois, ce champignon n'affecte que les saumons déjà atteints par une maladie, un stress ou des blessures. La cause première du problème reste donc à déterminer.
En 2013, 68 saumons morts ont été retrouvés sur la York. En 2012, ils étaient 35 et en 2011, 119. Au moins le double de poissons a été affecté, soit 15 % à 20 % des montaisons, estime la ZEC, puisque seule une partie des carcasses est retrouvée. La rivière Saint-Jean, aussi à Gaspé, avait souffert du même problème en 2009 et 2010.
«Ménage génétique»
Les symptômes ressemblent à ceux de la NUD, qui a tué des saumons du Royaume-Uni dans les années 1960 à 1980. «C'est une condition physique qui fait développer des nécroses au saumon, affaiblit son système immunitaire et le champignon infecte ces nécroses-là, décrit M. Gagnon. En Europe, ça semble arriver après quelques années de hautes montaisons. Ça fait penser à un genre de ménage génétique.»
Il s'agit «probablement» de la NUD, renchérit Valérie Bujold, biologiste au ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs. Mais la NUD «est une description de symptômes, elle ne s'attarde pas aux causes. Et ça nous fatigue : on veut savoir pourquoi ça se manifeste ici et maintenant.»
Cet été, les employés de la ZEC prélèvent à nouveau un morceau de nageoire des saumons capturés en vue d'analyses génétiques. Des appareils de mesure de la luminosité et de la température sont en place dans l'eau de la York. Si des saumons moribonds sont trouvés, ils seront envoyés en laboratoire pour repérer un possible virus.
«On a interpellé le ministère de l'Environnement, qui suit la qualité de l'eau, pour avoir ses données», ajoute Mme Bujold. L'hypothèse d'une substance toxique n'est pas éliminée, mais «plusieurs éléments font qu'on ne penche pas vers ça», dit-elle, notamment le fait que les saumons de la Saint-Jean aient aussi été atteints, et ceux d'autres rivières dans une moindre mesure. Dans le passé, le rejet dans la York de lixiviat du dépotoir de Gaspé, une fois traité, a suscité des inquiétudes.
Les pêcheurs peuvent conserver leurs prises sur la York. À la mi-juillet, la Société de gestion comptera les saumons et décidera si elle oblige ses clients à remettre leurs prises à l'eau. De 2008 à 2013, environ 1900 saumons par an ont remonté la York.