Daniel Green estime que depuis 10 ans, plus de 750 000 litres d'eau sale ont été déversés dans la rivière Jean-Noël.
Daniel Green estime que depuis 10 ans, plus de 750 000 litres d'eau sale ont été déversés dans la rivière Jean-Noël.

Rivière polluée à St-Irénée: un toxicologue fustige le ministère de l'Environnement

Sylvain Desmeules
Le Soleil
L'environnementaliste Daniel Green affirme que le ministère de l'Environnement du Québec a fait «preuve d'incompétence ou d'aveuglement volontaire» dans un dossier de pollution d'une rivière.        
Le toxicoloque Daniel Green, qui copréside la Société pour vaincre la pollution (SVC), a publié les résultats d'une enquête menée en décembre 2009 sur l'entreprise Sani-Charlevoix, gestionnaire de boues d'épuration. Comme l'avait exposé l'émission La facture en février dernier, la SVC conclut à «un acte de pollution».
M. Green estime que l'entreprise a notamment déversé en 10 ans, dans un affluent de la rivière Jean-Noël à Saint-Irénée, plus de 750 000 litres d'eau sale et d'excréments, résultats de débordements de bassins. Mais plus grave encore, il croit que le gouvernement a fermé les yeux : «Soit il est incompétent parce qu'il ne comprend pas, soit il est incompétent parce qu'il ne vérifie pas, mais dans les deux cas, c'est de l'incompétence», lance le coloré enquêteur environnemental.
Celui-ci craint pour la gestion des autres gestionnaires privés de boues provenant des fosses septiques. Il dit mener une enquête sur 14 d'entre eux. «Les pollueurs pourront polluer tant et aussi longtemps que le Ministère ne les arrêtera pas. Dans le cas de Sani-Charlevoix, il a pollué parce que le Ministère ne l'a pas suivi», dit-il.
Les échantillons de M. Green montrent notamment des taux d'azote et de nitrite 4,4 et 3,9 fois plus élevé que la norme prescrite. Des taux anormalement élevés de cuivre ont aussi été détectés sur les dépôts de boues. «Il fallait vraiment faire exprès pour ne rien voir, ajoute-t-il. Essentiellement, c'est le SVC qui a fait la job du Ministère.»
Une voix discordante
Une vingtaine de résidants de Saint-Irénée ont écouté l'exposé de M. Green mardi à Saint-Irénée, dont des membres du Comité du bassin versant de la rivière Jean-Noël. Ils reprochent à l'homme d'être alarmiste. «J'avais l'impression d'être revenu 20 ans en arrière quand les environnementalistes dénonçaient mais n'apportaient pas de solutions. Il amène certes des faits, mais aussi beaucoup d'allusions», disait le président, Claude Letarte.
Ce dernier préfère parler d'une étude du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, sur six mois, avec plus d'un prélèvement, qui montre que la rivière est en quasi parfaite santé. Cette étude devrait être rendue publique d'ici quelques semaines. M. Letarte ne nie pas les gestes reprochés à Sani-Charlevoix, mais rappelle que ce dernier investit 100 000 $ pour la mise aux normes d'un lieu vieux de 20 ans et travaille en collaboration avec l'organisme pour améliorer la situation.
Mais s'il y a un point sur lequel il est d'accord avec M. Green, c'est la timidité du ministère de l'Environnement. «Je ne comprends que le Ministère ne soit pas plus rigoureux dans ce dossier.»