Le maire de Ristigouche-Partie-Sud-Est, François Boulay (au centre) a reçu notamment l'appui du maire de Gaspé, Daniel Côté (à droite de M. Boulay) et du préfet d'Avignon, Guy Gallant (à gauche) lors du lancement de la campagne de financement. Aux extrémités : Mireile Chalifour, de l'Organisme de bassin versant Matapédia-Restigouche et Nicolas Guimont, auteur compositeur interprète.

Ristigouche Sud-Est demande 225 000 $ pour se défendre contre Gastem

La municipalité de Ristigouche-Partie-Sud-Est interpelle le public afin d'amasser 225 000 $ pour assurer sa défense. La firme d'exploration gazière et pétrolière Gastem réclame 1,5 million de dollars en dommages à la municipalité de 168 habitants, soit cinq fois et demie son budget annuel. 
En fin de journée mardi, la municipalité avait reçu près de 5000 $ de dons, indiquait le site Web Solidarité Ristigouche mis sur pied pour appuyer la campagne de souscription.
En mars 2013, la municipalité de 168 habitants a adopté un règlement qui interdit de forer à moins de deux kilomètres d'un puits artésien. Gastem se préparait alors à forer un puits stratigraphique à moins de 100 mètres d'un puits artésien et à 30 mètres de la rivière Kempt, un affluent de la rivière Ristigouche, indique le maire. La firme a répliqué par une poursuite. 
La municipalité gère un budget annuel de 275 000 $ et embauche une seule employée à l'année, soit sa directrice générale, qui travaille trois jours par semaine. «Avec 168 habitants, on n'a pas les capacités pour se défendre», dit le maire Boulay. Les sommes recueillies serviront à rembourser les dépenses de 80 000 $ engagées jusqu'ici et à payer les frais du procès prévu en 2015 ou en 2016. 
Une partie du montant financera un service de relations publiques. «Ça fait partie de notre défense, estime le maire Boulay. On veut faire connaître l'injustice et soulever la conscience de la population.»
«On ne peut pas se laisser intimider par des entreprises qui veulent faire passer leurs intérêts par-dessus le devoir des élus municipaux et le droit des citoyens à protéger leur eau potable», a ajouté M. Boulay.
En juin, le maire Boulay a demandé une audience au ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, afin «d'identifier des pistes de solution» pour Ristigouche. Par lettre le 24 juillet, le ministère a répondu qu'il «ne peut s'immiscer dans un dossier faisant l'objet d'une poursuite judiciaire». 
«Ça nous bafoue, lance M. Boulay. Soit qu'ils n'ont rien compris, soit qu'ils ne veulent pas m'entendre. Mais j'ai toujours le souhait que le gouvernement reprenne contact avec nous et je ne peux pas imaginer qu'il fera la sourde oreille.»
À la mi-juillet, Québec a adopté un règlement provincial sur l'eau potable qui fixe à 500 mètres la distance minimale entre un puits d'eau potable et un forage. En vertu de ce règlement, le forage de Gastem serait interdit aujourd'hui, fait remarquer le maire Boulay, qui se désole que Québec ait réagi «deux ans trop tard». 
Le règlement provincial rend caduc et remplace le règlement de Ristigouche ainsi que ceux d'une centaine d'autres municipalités québécoises.
Le ministre Moreau n'interviendra pas
«Il n'est pas approprié pour le gouvernement du Québec d'intervenir» dans le dossier de Ristigouche-Partie-Sud-Est, a réitéré le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, par communiqué mardi. Il ajoute toutefois qu'il pourrait rencontrer le maire François Boulay à la fin du mois d'août. Le ministre rappelle que les tribunaux n'ont pas jugé abusive la poursuite de Gastem contre Ristigouche.
Gastem persiste
Gastem maintient sa poursuite contre Ristigouche-Partie-Sud-Est, même si Québec a récemment adopté un règlement provincial qui rend caduc celui de la municipalité. «Ça ne modifie pas notre demande de remboursement» à Ristigouche, a réagi le président de Gastem, Raymond Savoie. Gastem avait engagé des dépenses «de bonne foi» pour préparer son forage, dit M. Savoie, un ancien ministre libéral entre 1985 et 1994. La firme ne prévoit plus forer à Ristigouche et a même cédé ses droits à Pétrolia.