L'eau de Beauport a eu pendant longtemps la réputation de sentir et de goûter le chlore.

Qualité de l'eau: passé trouble à Beauport

La construction de la nouvelle usine de traitement des eaux de Beauport, inaugurée l'été dernier, n'avait rien de superflu, pour dire le moins. D'après les travaux d'une doctorante de l'Université Laval, avant la mise en service de l'usine, l'eau potable a dépassé les normes sur les sous-produits du chlore pendant des années dans l'est de la ville et y a atteint des seuils pouvant, possiblement, poser un risque de cancer.
Étudiante à l'École d'aménagement du territoire et du développement régional, Christelle Legay a passé deux ans à échantillonner l'eau potable sur tout le territoire des villes de Québec et de Lévis, qu'elle avait divisées en 46 zones. Le but de l'exercice était de prouver que la qualité chimique de l'eau peut varier dans l'espace au sein d'un même réseau d'aqueduc en raison, notamment, de la durée du séjour dans les tuyaux et de la présence de stations de «rechloration». Elle a présenté ses résultats mardi, lors d'une conférence au Salon des technologies environnementales, qui se tient au Centre des congrès de Québec.
Utilisé comme agent désinfectant, le chlore laisse des «sous-produits du chlore» (SPC) dans l'eau en tuant les microbes, et ces composés peuvent avoir des effets indésirables sur la santé.
À partir des taux de SPC mesurés pendant son échantillonnage, Mme Legay a pu évaluer le risque de cancer associé à l'eau potable. De manière générale, les résultats sont plutôt flatteurs, le risque se classant, pour le plus clair des deux rives, dans la catégorie «tolérable - bas» d'une échelle mise au point par l'Environmental Protection Agency, aux États-Unis. Mais dans la plupart des zones de Beauport, le risque évalué par la candidate au doctorat arrivait plutôt dans le dernier échelon de cette grille, qui désigne un risque «intolérable» (soit plus de 10 par 100 000); les autres parties de l'ex-municipalité se classaient quant à elles dans l'échelon «tolérable - élevé».
«Mais il faut faire attention dans l'interprétation de ces données, a tenu à nuancer Mme Legay. Depuis la fin de mon échantillonnage [de 2006 à 2008], de nouvelles usines de traitement des eaux ont été construites, ce qui a fait diminuer les teneurs en SPC.»
Un employé de la Ville de Québec qui présidait l'atelier auquel participait Mme Legay, François Proulx, a d'ailleurs confirmé au Soleil que l'eau de Beauport respecte maintenant les normes par de larges marges.
En outre, au moins 80 % des composés chlorés trouvés à Beauport sont constitué de chloroforme, un produit dont le caractère cancérogène est encore débattu. Les États-Unis et le Canada le considèrent tous deux comme «possiblement cancérigène pour l'humain», mais les preuves définitives manquent. Si le chloroforme s'avérait sans danger, cela ramènerait l'eau de Beauport dans la catégorie des risques «tolérables - bas», souligne Mme Legay - mais notons tout de même que la carcérogénécité du chloroforme a été bien démontrée sur des animaux.
Au début des années 2000, la norme pour les SPC dans l'eau potable est passée de 350 à 80 microgrammes par litre, a expliqué M. Proulx. C'est à partir de ce moment que l'eau de Beauport est devenue hors norme. La Ville, poursuit-il, en avertissait la population et recommandait diverses mesures pour faire diminuer l'exposition aux SPC, comme laisser la fenêtre ouverte pour prendre sa douche et réfrigérer l'eau avant de la boire, pour laisser le temps aux composés chlorés de s'évaporer.
L'eau de Beauport a d'ailleurs eu pendant longtemps la réputation de sentir et de goûter le chlore.