La carpe asiatique, qui pèse parfois jusqu’à 100 livres, mange 40 % de son poids chaque jour. Sa présence transforme l’écosystème, car elles ne laissent plus de nourriture pour les autres espèces.

Projet d’un milliard $ pour la lutte contre la carpe asiatique

Les maires des Grands Lacs et du Saint-Laurent ont demandé jeudi l’appui du Congrès américain dans un projet d’un milliard $ pour lutter contre la prolifération de la carpe asiatique, qui a déjà fait beaucoup de ravages dans l’écosystème du fleuve Mississippi et de la rivière Illinois et dont certains spécimens ont été détectés dans le fleuve Saint-Laurent ainsi que dans les lacs Michigan et Ontario.

Réunis à Sheboygan, Wisconsin, les membres de l’Alliance des villes des Grands Lacs et du Saint-Laurent ont insisté sur la nécessité d’agir rapidement et avec détermination dans leur «déclaration des maires pour arrêter la carpe asiatique». Ils demandent aux membres du congrès d’approuver un plan de plus d’un milliard $ développé par le corps des ingénieurs de l’armée des États-Unis à réaliser d’ici 2022.

«C’est un dossier que nous suivons activement depuis 15 ans parce que justement on connaît l’incidence de la présence des carpes asiatiques sur l’écosystème. Un système de barrières utilisant l’électricité a été installé à l’écluse de Brandon Road, qui relie le Mississippi au lac Michigan, mais il semblerait que ce système soit moins efficace contre les poissons de plus petite taille», explique Mme Michelle Morin-Doyle, mairesse suppléante de Québec et présidente de l’Alliance.

Nouvelles mesures

Mme Morin-Doyle explique que le corps des ingénieurs de l’armée des États-Unis a développé de nouvelles mesures qui font partie du plan d’un milliard $ déposé au congrès pour approbation. Ces mesures incluent l’installation d’autres barrières électriques sur la voie maritime pour empêcher les carpes de traverser l’écluse, des haut-parleurs sous-marins utilisés pour diffuser des sons à un niveau de décibels et à des fréquences suffisantes pour rendre les espèces de carpes asiatiques inconfortables et les inciter à rebrousser chemin ainsi qu’un «rideau de bulles d’air» semblable à ceux utilisés pour empêcher l’accumulation de glace dans les écluses et qui susciteraient un réflexe d’évitement chez les poissons.

«On sait maintenant que la carpe asiatique est à la porte des Grands Lacs. Heureusement, les spécimens retrouvés dans le Saint-Laurent et le lac Ontario sont des carpes de roseau, des espèces moins voraces. Cependant, on ne veut pas avoir à gérer des espèces comme la carpe à grosse tête et la carpe argentée dans le fleuve et les Grands Lacs», indique Mme Morin-Doyle. Des carpes argentées ont été identifiées en 2013 dans la baie de Sturgeon, au lac Michigan, près de Green Bay.

Fléau

«La carpe asiatique mange 40 % de son poids chaque jour et on parle de poissons qui font entre 80 et 100 livres et dont le taux de reproduction est impressionnant. Leur présence change l’écosystème au complet, car elles ne laissent plus de nourriture pour les autres espèces. Tout ça a une grosse incidence sur l’économie et la pêche. Ce serait une catastrophe alors que l’économie du fleuve et des Grands Lacs représente environ 7 milliards $», explique Mme Morin-Doyle.

Celle-ci ajoute que l’Alliance a reçu l’appui du gouverneur démocrate de l’Illinois, J.B. Pritzker, qui se fait le porteur du dossier, et de l’association des villes et villages du Mississippi. «Le temps presse, c’est maintenant qu’il faut agir et c’est pour ça que nous pressons le Congrès américain d’injecter les fonds nécessaires pour que le projet se fasse d’ici 2022», souligne-t-elle.

C’est dans les années 70 que la carpe asiatique a été importée de Chine vers les États-Unis par des éleveurs de poissons qui l’utilisaient pour nettoyer leurs étangs commerciaux. Différents facteurs, dont les inondations, ont cependant amené ces espèces envahissantes à aboutir dans le bassin du Mississippi et dans d’autres rivières, ce qui fait qu’elles s’approchent aujourd’hui dangereusement des Grands Lacs et du Saint-Laurent.