Mardi, les Beaucerons nettoyait les dégâts laissés par la crue de la rivière Chaudière.

Place au grand ménage en Beauce [PHOTOS]

SAINTE-MARIE — Les divans, le fauteuil et les meubles étaient empilés sur la galerie, prêts à prendre le chemin du dépotoir, comme les douze sacs de débris sur le bord de la rue.

«C’est mon salon, ça», dit Luce Faucher, 62 ans. «Tout est scrap

Mardi après-midi, comme des centaines de Beaucerons sinistrés après les pires inondations en un siècle dans la région, Mme Faucher nettoyait les dégâts laissés par la crue de la rivière Chaudière. 

Samedi soir, l’eau est montée dans son sous-sol. Luce Faucher et son mari se sont dit qu’ils seraient capables de limiter les dommages avec des pompes. Mais bien vite, la rivière est entrée par les portes et les fenêtres et a inondé le salon, la cuisine, la salle de bain et la véranda environ à la hauteur de trois marches d’escalier. 

La rivière a fendillé les pattes de la table de cuisine et des chaises, lessivé le frigo, le poêle, les armoires, la laveuse, la sécheuse, les divans et le piano jusqu’au clavier. Elle a aussi imbibé les murs, laissant une forte odeur de gypse mouillé. «Tout est passé à l’eau. Je n’ai plus rien. Rien, rien, rien de bon», dit Mme Faucher. 

Évacués samedi soir, Luce Faucher et son mari ont pu regagner leur maison lundi. La Chaudière avait cessé de couler dans leur logis, laissant la flotte régner au sous-sol et un cerne sur les murs du rez-de-chaussée en souvenir de son passage. 

Mme Faucher, technicienne retraitée de chez TELUS et récemment grand-mère, pensait vivre ici des jours tranquilles. Mais mardi, elle était en train de démolir ses murs détrempés pour éviter la moisissure, désemparée par la cruauté de la nature. 

Elle ne pourra pas faire de réclamations à ses assurances, qui ne couvrent pas les inondations. Elle croise les doigts pour que le gouvernement l’indemnise. «Sinon, nous autres, on perd tout.»

Mardi après-midi, comme des centaines de Beaucerons sinistrés après les pires inondations en un siècle dans la région, Luce Faucher nettoyait les dégâts laissés par la crue de la rivière Chaudière.

Dans les rues voisines, des commerçants s’étaient aussi lancés dans une grande corvée. À l’école de Karaté Kenpo Beauce, une chaîne humaine s’était formée pour sortir l’équipement mouillé et l’assécher dehors. Un peu plus tôt, les fidèles avaient gratté la vase sur le plancher avec des pelles. 

«On est quasiment une famille», dit le propriétaire, Keven Perreault. «Il y a du monde qui vient ici s’entraîner trois à cinq fois semaine. Ils sont venus nous aider à ramasser.»

Mais parfois, les dégâts sont si importants que même un nettoyage de fond en comble n’y peut rien. Sur l’avenue Saint-Patrice, le solage d’un triplex jaune s’est incliné vers l’arrière comme une chaise berçante.

Attente d’un ingénieur

La propriétaire, Corine Rousseau, affirme qu’elle attend l’évaluation d’un ingénieur avant de pouvoir autoriser les locataires à venir chercher leurs affaires dans leurs appartements. «Parce que là, ils ne peuvent pas réintégrer, dit-elle, c’est bien trop dangereux.»

Mme Rousseau avait payé cher pour un solage hydrofuge. Mais selon l’interprétation d’un voisin qui a été témoin de l’inondation, l’eau aurait pénétré sous le solage, le soulevant comme un bateau dans une cale. 

«Est-ce que c’est récupérable? On le sait pas», dit Corine Rousseau, propriétaire de nombreux immeubles près de la rivière Chaudière à Sainte-Marie, tous inondés.  

Corine Rousseau est la propriétaire d’un triplex jaune dont le solage s’est incliné vers l’arrière comme une chaise berçante.

Propriétaire d’un immeuble locatif sur la rue Notre-Dame, Jean Bilodeau a vu des fissures apparaître sur les fondations du bâtiment après l’inondation. Dans la zone où il est situé, affirme-t-il, le rez-de-chaussée est censé être inondé une fois aux 100 ans. Mais M. Bilodeau craint que l’eau remonte à nouveau dans un avenir rapproché. 

Ces jours-ci, il tend l’oreille quand il entend le premier ministre François Legault qui veut persuader des riverains de déménager en échange de compensations. «S’ils veulent raser ici pour faire un parc, il n’y a pas de problème.»

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PIED D'ALERTE À QUÉBEC

La pluie qui s’annonce dans les prochains jours incite la Ville de Québec à maintenir une surveillance étroite des cours d’eau qui pourraient déborder. Jusqu’à maintenant, les crues du lac Saint-Charles, des rivières Saint-Charles, Nelson et Jaune ont causé des inondations mineures. Dans la région de la Capitale-Nationale, le ministère de la Sécurité publique recense 32 résidences inondées et une personne évacuée. Des représentants de la Ville de Québec ont fait du porte-à-porte pendant le congé pascal afin d’informer les résidents à risque d’inondation. Deux centres d’opérations d’urgence ont été déployés près des rivières Nelson et Saint-Charles. Des équipes nautiques du Service de la protection contre l’incendie sont sur le terrain pour pouvoir réagir rapidement en cas d’évacuation et pour se rendre jusqu’aux résidences dont l’accès serait difficile.