Pour le maire Arseneau, il faut s'interroger sur «les impacts potentiels, notamment sur l'industrie de la pêche et du tourisme, sur les milieux naturels et fragiles des Îles, sur la qualité de vie des Madelinots et, ultimement, sur les changements climatiques».

Pétrole sous le fleuve: les Madelinots rassurés, mais pas trop

La décision de soumettre l'exploration gazière et pétrolière dans le Saint-Laurent à une «évaluation environnementale stratégique» ne rassure pas tout le monde, au premier chef les Madelinots.
Mercredi, la ministre Nathalie Normandeau (Ressources naturelles) a lancé des appels d'offres pour des études qui cerneront les répercussions des travaux d'exploration ou d'exploitation d'éventuels gisements sous le fleuve. Le secteur le plus prometteur se trou­ve à 80 kilomètres au large des Îles-de-la-Madeleine, dans une structure géologique appelée Old Harry.
La veille, le 14 décembre, le maire de la municipalité des Îles, Joël Arseneau, a écrit à la ministre pour faire part des préoccupations des habitants de l'archipel. «L'éventualité d'une mise en valeur de ces ressources [...] suscite inévitablement de nombreuses questions.»
Pour le maire Arseneau, il faut s'interroger sur «les impacts potentiels, notamment sur l'industrie de la pêche et du tourisme, sur les milieux naturels et fragiles des Îles, sur la qualité de vie des Madelinots et, ultimement, sur les changements climatiques.»
Ces bouleversements du climat pourraient avoir des conséquences dramatiques sur l'archipel, par l'élévation du niveau des eaux dans l'océan et par l'érosion des berges. Ironiquement, ils sont provoqués par les gaz à effet de serre, dont une des principales sources est la combustion de pétrole ou de gaz naturel.
En entrevue, M. Arseneau a rappelé que les leaders des Îles ont participé à une rencontre avec la ministre, à la fin du mois d'octobre. «On ne peut pas dire que tous sont favorables» à l'opération que vient de déclencher Mme Normandeau. «Là où nous sommes rassurés, c'est lorsqu'elle nous demande notre avis» tout en indiquant publiquement qu'elle n'a pas l'intention «d'aller de l'avant à tout prix» dans la promotion d'une industrie québécoise des hydrocarbures.
La missive expédiée à la ministre laisse entendre que les Madelinots ne se satisferont pas de «l'évaluation environnementale stratégique».
À leur avis, le Bureau des audiences publiques sur l'environnement doit être mis à contribution.
De la méfiance
En outre, l'analyse doit tenir compte de l'ensemble des activités du golfe. Et l'évaluation doit intégrer «les données provenant non seulement des zones à l'étude», mais également «des expériences d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures ailleurs dans le monde».
Néanmoins, le maire Arseneau a insisté auprès du Soleil pour dire que «nous ne portons pas de jugement. Nous posons des questions. Nous ferons des recommandations et nous jugerons l'arbre à ses fruits». Lors d'une entrevue téléphonique, André Bélisle, le leader de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, n'a pas caché sa méfiance face au processus d'évaluation qui démarre. «À l'heure de Copenha­gue», la conférence internationale sur les changements climatiques, qui s'achève au Danemark, «nous devons réduire radicalement notre consommation de carburants fossiles», a-t-il souligné.
Si des gisements importants sont découverts sous le Saint-Laurent, a commenté l'environnementaliste, le Québec peut en théorie produire «de façon responsable», tendre vers l'indépendance énergétique tout en diminuant la consommation. «Mais c'est très risqué. Le contexte ne s'y prête pas», a indiqué M. Bélisle.