Il faudrait 550 000 tonnes métriques additionnelles de papiers recyclés ou faits de résidus de cultures agricoles afin de répondre à la demande des 600 compagnies qui collaborent avec ÉcoInitiatives.

Papier recyclé: faire d'une pierre deux coups

Le Québec pourrait faire d'une pierre deux coups si la province augmentait sa capacité de production en papier recyclé de qualité : revigorer l'industrie des pâtes et papiers et assurer la sécurité financière des centres de tri.
C'est l'idée maîtresse d'un nouveau rapport d'ÉcoInitiatives, un organisme nord-américain de conservation de la forêt qui travaille avec des imprimeurs et des compagnies forestières. «On a tous les morceaux du casse-tête (au Québec), mais ils ne sont pas en place», estime Josée Breton, porte-parole québécoise d'ÉcoInitiatives, en entrevue au Soleil.
Plusieurs morceaux devront être déplacés pour compléter le casse-tête. En amont, on devra s'assurer de la qualité du papier dans les centres de tri en investissant dans le traitement. Mais il faudrait également, en aval, augmenter la capacité des installations de désencrage. «Les unités de désencrage fonctionnent à 97 % de leur capacité.» Ou il faudrait en ouvrir d'autres.
Au Québec, des moulins comme celui d'AbitibiBowater à Donnacona ferment de façon régulière, des milliers de travailleurs perdent leur emploi et il n'y a aucun leadership de la part de l'industrie ou du gouvernement pour répondre à la demande croissante pour des papiers écologiques, ce qui aiderait à repositionner l'industrie en difficulté, selon Josée Breton.
Il faudrait 550 000 tonnes métriques additionnelles de papiers recyclés ou faits de résidus de cultures agricoles afin de
répondre à la demande des 600 compagnies qui collaborent avec ÉcoInitiatives.
Mais pour s'assurer de la survie de l'initiative à moyen terme, Québec devrait «obliger les compagnies à utiliser un minimum de matériaux recyclés dans leurs produits, et pas seulement pour le papier. Ça assurerait une demande et on serait moins dépendant de l'importation», soutient Karel Ménard, du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets.
Et pour assurer un approvisionnement suffisant aux usines de désencrage, Québec devrait «obliger le secteur des industries, commerces et institutions (ICI) à recycler le papier». Seulement la moitié du papier est recyclée au Québec.
Bien sûr, l'idée peut paraître incongrue alors que les centres de tri sont incapables d'écouler leur papier en raison de l'effondrement de la demande chinoise. Mais c'est parce qu'il est de moindre qualité. Malgré la crise, la québécoise Cascades, par exemple, est obligée d'importer des États-Unis et de l'Ontario.
Un comité, sous l'égide de RECYC-QUÉBEC, a d'ailleurs été formé avec pour mandat de favoriser l'adéquation entre l'offre et la demande de matières recyclables au Québec.
Leader mondial
En bouclant la boucle du cycle de vie du papier, «le Québec deviendrait un leader mondial. Les plus importants éditeurs du monde nous répètent sans relâche qu'ils veulent davantage de papiers plus écologiques et de papiers recyclés. Pourquoi le Québec ne leur fournirait-il pas? Ce serait triste qu'on manque notre coup», croit Mme Breton.
Oui, mais doit-on investir autant dans le papier à l'heure d'Internet? «La demande décroît de 15 % par année, mais il va rester des magazines et des quotidiens. Et ceux qui vont rester devraient utiliser du papier recyclé et écologique.»
La Société nationale des journaux d'Irlande a par exemple adopté des objectifs ambitieux sur le plan environnemental : un taux de récupération du papier d'au moins 75 % et des journaux composés à 60 % de fibre recyclés d'ici 2011.
Dans ce contexte et en ajoutant l'appétit du secteur du livre pour du papier écologique, les besoins ne peuvent aller que croissant, croit-on. ÉcoInitiatives a convaincu ses partenaires, en majorité des imprimeurs et des éditeurs de magazines, de livres et de journaux, d'adopter une politique d'approvisionnement qui donne préférence au papier 100 % recyclé fabriqué localement. Un de ces partenaires est Transcontinental, le sixième imprimeur en importance an Amérique du Nord.
Transcontinental souhaite d'ailleurs que l'idée fasse son chemin «dans l'espoir que cela améliorera la disponibilité et assurera un prix compétitif,» affirme Jean Denault, vice-président à l'approvisionnement et aux technologies.
Le rapport Pour des modèles industriels viables est accessible au : www.ecoinitiatives.ca.