L'observation d'au moins 10 carcasses de baleines noires depuis juin dans la partie ouest du golfe Saint-Laurent a incité Ottawa à instaurer des mesures de protection, valables jusqu'à nouvel ordre.

Ottawa réduit la vitesse dans le golfe pour protéger les baleines

Le ministère fédéral des Pêches et des Océans, de même que celui des Transports, instaurent un train de mesures de protection des baleines noires, dont la réduction à 10 noeuds de la vitesse des navires de plus de 20 mètres dans une large zone du golfe Saint-Laurent, englobant notamment presque toute l'île d'Anticosti.
L'impact se fera surtout sentir chez les compagnies exploitant des navires commerciaux, mesurant généralement plus de 100 mètres, puisqu'ils naviguent habituellement à une vitesse supérieure à 10 noeuds, l'équivalent d'environ 19 km/h.
L'observation d'au moins 10 carcasses de baleines noires depuis juin dans la partie ouest du golfe Saint-Laurent a incité les deux ministères à instaurer cette mesure, et d'autres, jusqu'à nouvel ordre. Les baleines noires restent minimalement jusqu'en septembre dans le golfe avant de migrer vers le sud.
Cette zone de protection englobe presque toute l'île d'Anticosti, à l'exception de son extrémité est, mais elle dépasse son extrémité ouest. Elle couvre une partie de la Basse-Côte-Nord, de l'ouest de Havre-Saint-Pierre à l'est de Natashquan. Le rectangle de protection descend au sud jusqu'à la pointe septentrionale de l'Île-du-Prince-Édouard et il frôle la côte est des Îles-de-la-Madeleine, sans l'englober.
Jusqu'au départ des baleines
Dans une déclaration commune, les ministres Dominic Leblanc et Marc Garneau indiquent qu'avec «l'aide des services de communication et de trafic maritime de la Garde côtière canadienne, les inspecteurs de Transports Canada appliqueront ces mesures préventives jusqu'à ce que les baleines aient quitté les secteurs préoccupants. Le non-respect de ces mesures entraînera une sanction administrative pécuniaire pouvant atteindre 25 000 $».
Ils collaboreront avec les chercheurs «afin de mieux comprendre la cause de la mort des baleines noires de l'Atlantique Nord. Pour ce faire, plusieurs nécropsies ont été effectuées sur le plus grand nombre de baleines possible».
Certaines de ces baleines avaient été frappées par des navires. D'autres ont été retrouvées empêtrées dans des engins fixes de pêche, soit des filets ou des lignes de casiers de crabe. Il reste toutefois à confirmer ces causes, ou à en identifier d'autres, avec les nécropsies, dont les résultats sont attendus dans quelques semaines.
Pêches et Océans Canada avait préalablement décrété la fermeture de la pêche au crabe dans le sud du golfe Saint-Laurent, mais à ce moment, les prises étaient à peu près complétées.
Le biologiste Robert Michaud, du Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins, croit que les mesures annoncées par le gouvernement fédéral sont «nécessaires», mais il souligne qu'il s'agit «de moyens temporaires et qu'il faudra, «à la lumière des travaux de recherche sur les causes de la mort de ces mammifères», déterminer s'il y a «à venir, des mesures permanentes qui s'imposent».
Tendance durable
Réservé dans son analyse, Robert Michaud croit, chiffres et avis de collègues du Canadian Whale Institute à l'appui, que la présence de baleines noires dans le golfe Saint-Laurent s'accentue et que la tendance pourrait être durable, sans doute parce qu'elles suivent leur nourriture.
«Il y a eu 45 observations de baleines noires différentes en 2015, 40 en 2016 et 80 jusqu'à maintenant en 2017. Ce qui est extraordinaire chez les baleines noires, c'est qu'on connaît presque tous les individus», ajoute M. Michaud, pour appuyer son impression que des mesures à long terme s'imposeront.
Les 500 baleines noires présentes dans la portion ouest de l'Atlantique ont ainsi presque toutes des noms et une fiche regroupant les incidents dans lesquels elles ont été impliquées. «On sait laquelle a survécu à un impact avec un bateau, ou ayant réussi à se dégager d'un empêtrement avec des engins de pêche», note M. Michaud.